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Billet de blog 19 mai 2022

Instruction En Famille

Les familles ont jusqu’au 31 mai 2022 pour déposer leur dossier auprès de l’académie dont elles dépendent pour l’Instruction En Famille. En 2021, la loi séparatisme était promulguée et suscitait l’indignation, car elle semblait cibler une partie de la population au motif de leur confession. Dans cette loi séparatisme, existe un volet sur l’Instruction En Famille.

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Les familles ont jusqu’au 31 mai 2022 pour déposer leur dossier auprès de l’académie dont elles dépendent pour l’Instruction En Famille.

En 2021, la loi séparatisme était promulguée et suscitait l’indignation, car elle semblait cibler une partie de la population au motif de leur confession.

La gauche exprima une colère légitime en pointant avec justesse cette discrimination. Sans succès.

Mais la gauche dénigra totalement les autres conséquences nocives pour d’autres populations et se rendit coupable de les abandonner par idéologie.

Dans cette loi séparatisme, existe un volet sur l’Instruction En Famille.

Pour faire simple, la loi stipule que les familles ont désormais l’obligation de faire une demande d’autorisation auprès de la DSDEN et, cette autorisation délivrée, leur permet d’effectuer les démarches pour mettre en place cet enseignement en famille. Auparavant, la DSDEN n’était pas compétente pour délivrer des autorisations et les familles n’avaient uniquement le devoir de déposer une déclaration d’Instruction En Famille. La différence est subtile mais réside dans le fait que la DSDEN n’était pas en responsabilité de décider quelles familles pouvaient choisir cette voie et quelles familles ne le pouvaient pas. Nous sommes passés d’un modèle déclaratif à un modèle d’autorisation.

Ce changement de disposition fut argumenté par le gouvernement dans un souci de lutter contre la forte augmentation de familles faisant le choix de l’Instruction En Famille selon le motif de la religion.

Pourtant, les chiffres ne mentent pas et si augmentation il y a, elle n’est pas causée par des motifs religieux.

En 2019-2020, 41 000 enfants sont en Instruction en Famille.

En 2020-2021 ils sont plus de 60 000. Depuis 2007 l’augmentation moyenne des déclarations est de 6000 par an.

Ce qui constitue une augmentation sans précédent mais qui ne s’explique pas par une radicalisation ou les motifs avancés par le gouvernement puisque le nombre de familles motivant leur démarche par le fait religieux ne concernerait que 3000 enfants.

Dans un même temps, l’école échoue à l’accueil des enfants en situation de handicap et ce motif est par contre le plus présent dans le choix de l’Instruction En Famille.

Le système PIAL, les problématiques des AESH, le système inadapté des ULIS, les mentalités au sein du système scolaire sont autant de causes qui expliquent que l’école échoue en ce qui concerne l’inclusion scolaire.

Ce constat contraste avec les interventions des députés de gauche lors des débats autour de la loi séparatisme où beaucoup ont défendu l’école obligatoire et ont totalement mis de côté les réelles considérations sur l’Instruction En Famille qui est encore vue sous un prisme réactionnaire voire catholique extrême. Dans un même temps la tradition de défense du service public au coeur de la gauche, faisait son office. Or, un mauvais service public ou du moins un service public inadapté, faisant plus de mal que de bien auprès d’enfants et de familles qui trouvent un équilibre autrement doit il être obligatoire ? Ne peut il pas être amélioré avant de devenir obligatoire ? Même au sein de Génération-s ce sujet fait débat, et ce sujet fait débat dans toutes les formations politiques de gauche et écologistes. Mais ce débat est inégal car les personnes concernées ne sont pas écoutées, et n’ont, lorsqu’elles sont écoutées, pas la même audience que les professeurs ou les pédagogues.

Les enfants en situation de handicap apprennent correctement quand les conditions sont adaptées à leurs spécificités. Sinon ils sont en souffrance puis exclus petit à petit du monde social. La gauche a oublié ce combat. Et le 31 mai, beaucoup de familles, souvent en souffrance elles-mêmes, devront croiser les doigts, espérer, que leur enfant, l’année prochaine, puisse avoir une scolarité qui lui permette d’apprendre correctement. Vouloir une école obligatoire, c’est renoncer à en avoir une analyse critique et l’améliorer, car ce qui est incontournable se suffit à lui-même. Ne pas tenter de comprendre l’Instruction En Famille, c’est ne pas vouloir améliorer l’école car le choix d’une école autrement, adaptée, s’illustre chez les parents qui décident de sacrifier leur mode de vie pour que leur enfant apprenne chez lui. N’oublions pas, l’Instruction En famille est un choix d’urgence qui nécessite un sacrifice professionnel, financier.

A titre personnel, j’ai un enfant qui suit l’enseignement du CNED. Parce qu’il est en situation de handicap. C’est la crise COVID qui fut un révélateur. Avant le confinement mon fils ne savait ni lire, ni écrire ni compter alors que l’adolescence survenait.

Depuis deux ans, il apprend à la maison. Il sait lire, écrire, compter, et plein d’autres choses encore. Et il est heureux. Il ne pleure plus, il ne hurle plus, il ne souffre plus, il ne survit pas, il vit.

Quand la gauche cessera de choisir quelles personnes elle défend, quelle situation elle met de côté, alors on pourra espérer que les combats de beaucoup de monde seront défendus.

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