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Billet de blog 3 oct. 2017

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A propos de Mélenchon, de « la rue » et « des nazis », ou de la nécessité de rigueur

« c’est la rue qui a abattu les nazis », ce propos de Mélenchon le 23 septembre a alimenté la polémique, et hélas il a plutôt obscurci qu’éclairé un débat pourtant indispensable sur la légitimité et l’utilité de la mobilisation populaire à tout moment.

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« c’est la rue qui a abattu les nazis », ce propos de Mélenchon le 23 septembre a alimenté la polémique, et hélas il a plutôt obscurci qu’éclairé un débat pourtant indispensable sur la légitimité et l’utilité de la mobilisation populaire à tout moment.

 Ce propos a été repris au vol par les macroniens pour faire diversion en affectant de croire, en s’en indignant, qu’ils avaient été traités de « nazis », ce qui n’est clairement pas le cas.

  • Il n’empêche (et c’est un sérieux problème), que le propos est factuellement et grossièrement faux : le nazisme a été « abattu » en avril et début mai 1945 et non, ce n’est pas la « rue » qui a pris Berlin mais l’armée rouge. Cette dernière opération militaire lui a fait engager la bagatelle de 22 000 pièces d’artillerie et lui a coûté 100 000 morts, on est bien loin de « la rue ».
  • Certains exégètes ont après coup indiqué que JLM avait fait référence à la libération de Paris (mais ce n‘est pas ce qu’il a dit et ce qui compte c’est ce qu’il a dit) et il est alors vrai que l’insurrection armée du 19 au 25 août 1944 a largement contribué à la libération de Paris, mais dans un contexte qu’il faut rappeler :
    •  Quand les chefs de l’insurrection parisienne, (en particulier le colonel Rol Tanguy, chef militaire des FFI en Ile de France, communiste et ancien des brigades internationales )l’ont déclenché, c’est en sachant très bien que les alliés étaient à 100 kms et que l’armée allemande n’avait pas grand-chose à leur opposer.
    • On pourrait ajouter que si ces mêmes alliés avaient pu débarqué le 6 juin, c’est grâce à l’offensive foudroyante à l’est de l’armée rouge(500 kms en quelques semaines) fixant les deux tiers au moins des divisions allemandes.
  • L’appréciation d’un moment historique suppose toujours un minimum de complexité pour apprécier véritablement les choses, et les envolées verbales n’y contribuent pas.
  • On pourra me dire que ma réaction est celle d’un historien (c’est vrai) mais la compréhension du présent exige de ne pas idéaliser, déformer ou caricaturer le passé, si l’on veut en tirer des enseignements utiles.
  • Surtout, la démarche de Mélenchon est complètement contre productive au regard de l’objectif affiché (et pertinent) de contrecarrer le discours de Macron : il était en effet tout à fait juste de rappeler tout ce qui a été obtenu par la mobilisation populaire de 1968 à l’échec du plan Juppé en 1995 ou à l’abandon du CPE en 2006, mais la polémique créée a concentré tout sur « les nazis », et a escamoté le reste, c’est dommage parce que cela ne fait pas  avancer le mouvement populaire, pourtant indispensable face à la déferlante libérale.
  • le souci de buzz médiatique sur fond de flou populiste est contradictoire avec une véritable lutte idéologique qui impose de recourir à la connaissance raisonnée, ce qui est bien sûr plus ardu mais indispensable.
  • de ce point de vue, il est aussi important de ne pas entretenir la confusion entre les diverses expressions du mouvement populaire : on peut chérir (comme moi) le souvenir des journées de la Révolution Française, ou de 1830,1848, ou 1871,mais aujourd’hui, ce n’est pas l’insurrection armée (dont la Résistance a été la dernière manifestation) qui est à l’ordre du jour.
  • aujourd’hui, ce qui importe est de bloquer les « reformes libérales » par la mobilisation de masse de « la rue » sous toutes ses formes (manifestations, grèves, occupations), et de montrer à ceux qui étaient trop jeunes (ou pas encore nés) pour connaître les expériences passées de la lutte et de ses acquis, ou qui ont tout oublié qu’il est légitime et efficace de se mobiliser en masse pour cela, que tout ce qui est positif dans notre société a été construit ainsi et que la démocratie ne se réduit pas, effectivement, à élire un roi tous les 5 ans.

 Dans une société atomisée, éclatée après 30 ans de libéralisme et de précarité croissante (merci Mitterrand ), il est difficile d’avancer sur les idées, comme sur les luttes, face un adversaire de classe habile à tout embrouiller. Il convient donc, de la part du camp du progrès social, d’éviter toute forme de confusion supplémentaire.

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