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Billet de blog 4 avr. 2019

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Pour sauver le climat, en finir avec le capitalisme mondialisé

Le réchauffement climatique menace les conditions de vie de toute l’humanité. Le grand public, en percevant maintenant cet enjeu majeur, éprouve une émotion légitime, renforcée par le sentiment justifié que les gouvernements du monde(et notamment le nôtre) se contentent trop de belles paroles en contradiction avec leurs actes.

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 Le réchauffement climatique menace les conditions de vie de toute l’humanité. Le grand public, en percevant maintenant cet enjeu majeur, éprouve une émotion légitime, renforcée par le sentiment justifié que les gouvernements du monde(et notamment le nôtre) se contentent trop de belles paroles en contradiction avec leurs actes.

  •  Mais on ne peut en rester à ce stade : affirmer « qu’il faut faire quelque chose » sans identifier des cibles claires ne mène à rien
  • On ne peut faire l’économie d’une analyse raisonnée du problème dans toute sa complexité. Le climat, en effet, peut être le prétexte à de nouvelles régressions économiques et sociales pour les populations, qui laisseront en l’état la question du réchauffement en préservant le cadre capitaliste. Ou à l’inverse l’urgence climatique peut déboucher sur une transformation inédite des rapports sociaux, seule à même de gagner cette bataille

I Le retour vers le passé,une solution ou une impasse?

1)le climat nouveau prétexte pour une austérité renforcée ?

  • Beaucoup mettent en cause de manière floue notre mode de vie et appellent à la « sobriété », qui peut être la meilleure ou la pire des choses.
  • Parle-t-on de celui qui fait 80 kms par jour pour aller au travail en voiture ou de ceux qui prennent régulièrement l’avion pour passer leurs vacances (ou un we) sous les tropiques ? Les seconds, qui occupent des logements hors de prix en centre ville incriminant volontiers le manque de conscience écologique des premiers relégués à la périphérie.
  • Ce débat a émergé à propos de l’augmentation de la taxe carbone, certains semblant ignorer que le salaire médian dans ce pays est à peine supérieur à 1700 €.
  • Est-ce cela « l’opulence » qui justifierait une nouvelle et inédite cure d’austérité qui frapperait toujours les mêmes (les classes populaires et moyennes inférieures) en épargnant bien sûr, les premiers de cordée et les classes moyennes supérieures.
  • Bref ; le retour de « Tina » sous une nouvelle forme, les mêmes devant être sacrifiés au nom de la mondialisation hier et maintenant de la planète.(cf annexe 3)

2) le grand retour en arrière au nom du climat

  • Certains vont plus loin et incriminent la société industrielle en ciblant son impact tout à fait réel sur l’environnement et proposent plus ou moins confusément comme solution de revenir en arrière. Vers 1800 ?1900 ?le retour à la terre ? la décroissance ?(cf annexe 2)
  • Faut il rappeler que l’espérance de vie en Europe occidentale était de 30 ans en 1800, que la population mondiale était alors de 1 milliard ?
  • On ne reviendra pas à ce passé là (ou même à celui des années 1900) tout simplement parce que les peuples n’accepteront jamais d’abandonner ce qui a été gagné en deux siècles en terme de santé, d’éducation, de logement, de moyens de transports, tout cela étant lié au développement des forces productives.
  • De telles théories sont une chimère, mais cela fournit un habillage idéologique à la régression sociale (« il faut bien que chacun fasse un effort ») et à la complaisance pour les délocalisations (« l’industrie c’est sale » et puis « ça touche des ouvriers »)

Pour le climat, le problème est ailleurs.

II pour le climat, pour les peuples, dépasser le capitalisme

Il y a un peu plus de deux siècles, le régime féodal arrivait à ses limites, la bourgeoisie l’a supplanté et dépassé. Aujourd’hui, c’est elle qui arrive à ses limites.

Le climat est un révélateur.

1)investir afin d’ endiguer le réchauffement,,

  • L’investissement est la clé .quand on constate que le chauffage consomme beaucoup d’énergie et émet beaucoup de CO2, une solution consiste à dire « ne vous chauffez plus », l’autre à investir pour isoler les bâtiments et passer à un mode de chauffage décarbonée (pompes à chaleur)
  • il est possible de limiter le réchauffement (réduire l’énergie consommée mais surtout l’énergie carbonée) sans porter atteinte au niveau de vie du plus grand nombre, au contraire
  • mais cela implique des investissements colossaux sur plusieurs décennies, investissements dont le retour financier sera du domaine du long terme (de 10 ans à 30 ans), cela exige d’engager des sommes énormes.
  • pour prendre un exemple l’isolation des bâtiments résidentiels, tourne autour de 600 milliards € sans doute sur trente ans
  • pour le chauffage (pompes à chaleur) ou pour l’électrification des transports routiers et le report d’usage sur le rail, les investissements à faire sont aussi très lourds.
  • la relocalisation au moins partielle de l’industrie, dans des usines utilisant une énergie décarbonée est indispensable pour fabriquer des produits plus durables.
  • cela implique de dégager des ressources budgétaires massives en prenant l’argent là ou il est (imposition du capital, nouvelles tranches sur les hauts revenus,) tout en luttant vraiment contre l’évasion fiscale.
  • cela demande aussi de recourir massivement au crédit, pour ces investissements et non plus pour la spéculation financière, en balayant la règle imbécile des 3 %

2) maîtrise collective au service de la transformation

  • un tel processus est évidemment impensable dans le cadre du marché pour un capitalisme financiarisé à outrance, qui veut du rendement à 6 mois et qui délocalise pour des pays à faibles salaires.
  • seule la puissance publique peut assumer des investissements aussi considérables et à un si long terme.
  • Pour éviter que ce processus soit récupéré par le capital, il faut retrouver en premier lieu la maîtrise publique sur les grandes banques et sur tout le secteur de l’énergie.
  • Faut-il observer que tout cela va à l’encontre de la politique suivie depuis 30 ans (délocalisations, laminage des services publics), Macron avec ses cars et son œuvre de démantèlement de la SNCF faisant exactement l’inverse de ce qui est nécessaire.
  • une telle politique est évidemment en rupture claire avec les fondements du capitalisme et les traités européens. Ceux qui prétendent que l’on peut réaliser la transition écologique sans toucher aux traités sont des charlatans.
  • faire cela, c’est s’attaquer à une puissance énorme, mais si nous voulons répondre au problème vital qui est devant nous, il n’y a pas d’autre voie. Cela s’appelle une révolution.

Annexe 1 une question planétaire

  • Ce serait une erreur grossière de considérer que l’issue de la bataille climatique dépend en premier lieu de la France,
  •  Émissions: France 0,9 % USA 14.4% Chine 29.8% Inde 6.8 %
  • ce qui se passera dans les grands pays émergents conditionne l’issue. La tendance logique, pour accéder à un niveau de vie meilleur les conduit à augmenter leur consommation d’énergie et leurs émissions. Pourront-ils trouver un mode de développement bas carbone ? quand à escompter qu’ils accepteraient de rester dans la misère, ils se passeront de notre consentement.
  • la responsabilité des pays riches (dont la France) est alors de trouver pour eux-mêmes un mode de développement qui réduisent les émissions et d’aider les autres pays à faire de même (transferts de technologie)

 Annexe 2 croissance ou décroissance

le concept de décroissance demande à être clarifié .

  • oui, on produit mal, avec des priorités qui ne sont pas les bonnes parce que le capitalisme privilégie les activités les plus « profitables » et pas les plus utiles : il faut changer tout cela. Mais c’est impossible si on ne se libère pas de « l’économie de marché »
  • Mais pour financer l’assurance maladie ou les retraites, ou encore pour financer la transition écologique, il faut bien des ressources accrues et pour cela, produire.
  • Entendu ce lundi matin Yannick Jadot affirmant que l’économie mondiale produit « deux fois trop » : visiblement, il ignore le dénuement où est encore la plus grande partie de l’humanité. .

Annexe 3 :scénarios « écologiques » miracles ou super austérité  

Les médias mettent volontiers en avant des scénarios qui prétendent que l’on peut sortir à la fois du nucléaire et des fossiles et cela dans l’état actuel des technologies

  • le scénario ADEME a trouvé la parade à l’intermittence de l’éolien et du photovoltaïque,( le stockage de masse de l’électricité, au stade actuel restant un rêve) par « l’effacement » de la demande, soit en terme clair des coupures de courant massives(jusqu’aux 2/3 de la puissance mobilisée en hiver ).  On peut facilement deviner les conséquences: arrêt des trains,des entreprises, les foyers sans chauffage,les serveurs informatiques à l’arrêt ? bref l’effondrement économique et social
  • le scénario Negawatt prévoit des restrictions massives, entre autres:
    • sur le logement : nombre de logements construits chaque année divisé par 3, surface moyenne baissée de 25 %,cela alors que des millions de français sont mal logés, et que les besoins sont et seront à la hausse(augmentation de la population, familles recomposées)
    •  la voiture : usage diminué de 50 % en campagne, supprimé en ville, alors que la répartition de la population sur le territoire ne peut bouger que lentement .
    • La décroissance prévue dans le secteur industriel signifie la poursuite des fermetures d’usines, et la non relocalisation des productions, qui est pourtant une condition nécessaire pour disposer de produits plus durables, avec une empreinte carbone faible
  • Dans les deux cas, la question du financement des investissements, et des inégalités n’est pas le sujet. Pourtant, avec des ressources plus faibles, comment financer la transition ?
  • Enfin, comme dans toutes les sociétés de pénurie, l’austérité ne serait sans doute pas pour tout le monde, et ceux qui pourront mettre le prix seraient comme toujours exonérés des privations.

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