Retraites: de Sarko en Hollande ; on achève bien les pensions!

 Une nouvelle baisse des pensions touchant à la fois les actifs et les retraités?

 La Commission Européenne  préconise«d’adapter les règles d’indexation, les âges minimum et de taux plein, la période de contribution et les régimes spéciaux, mais en évitant d’augmenter les contributions des employeurs aux régimes des retraites. »

 Yannick Moreau, présidente de la commission pour l’avenir des retraites, est une bonne élève qui s’applique: « Allonger la durée de cotisation, aligner la CSG des retraités sur celles des actifs, calculer les retraites des fonctionnaires sur les dix meilleures années : ce sont quelques-unes des pistes explosives du rapport de Yannick Moreau sur les retraites, »( Le Monde).

 Et le président de la République est aussi un bon élément :"Comme on vit plus longtemps, l'espérance de vie s'allonge. Il va falloir avoir des durées de cotisation plus longues. »

 Les actifs :le passage à des durées de cotisation passant de 41.5 à 43 ou 44-annuités signifierait, encore plus qu’aujourd’hui, que beaucoup (l’entrée dans la vie professionnelle est en moyenne à 21 ans)  partiront avec des retraites incomplètes, laminées par la décote.

 Les retraités :la désindexation des retraites sur les prix s’appliquant ensuite, cerise sur le gâteau, aux actifs quand ceux-ci accéderont à une retraite déjà amputée.

 Au programme une  nouvelle amputation des retraites déjà laminées par la réforme Sarkozy qui serait alors consolidée et amplifiée : le changement c’est maintenant ?

Les justifications avancées sont parfaitement fallacieuses

 L’espérance de vie :on a déjà donné !

 « on vit plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps »

 Les gouvernants successifs le ressassent et la Réforme Fillon en avait fait une règle (un partage de  la hausse de l’espérance de vie 2/3 prolongation activité 1/3 retraite).

 Seulement, les faits ne cadrent pas avec ces beaux discours : depuis 1994 (mise en œuvre de la 1ère réforme Balladur), la durée de cotisation a augmenté de 4 ans, et l’espérance de vie à 60 ans (celle qui compte !!!) de 2.9 ans pour les hommes, 2.2 pour les femmes (elle a d’ailleurs baissé légèrement de 2011 à 2012).

 En clair , la durée de cotisation a augmenté plus que l’espérance de vie.

 Et l’espérance de vie en bonne santé  baisse d’un an entre 2008 et 2010 (hommes 61.9 femmes 63.5).

 Et dans plusieurs pays européens, à force de rallonger la durée d’activité au nom de l’espérance de vie, on aboutit à une baisse de l’espérance de vie notamment en Allemagne pour les 25 % les plus pauvres et pour les Lander de l’ex RDA.

 On ne saurait donc trop conseiller à tous les « réformateurs en herbe de suivre un stage à l’Insee

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATnon02229

 et de corriger leur axiome : « quand on travaille plus longtemps, on vit moins longtemps ».

 La situation financière des retraites, un effet de la crise

 Le déficit annoncé justifierait une nouvelle réforme « urgente »amplifiant la Reforme Sarkozy, largement rejetée par la population (et un des principaux éléments de sa défaite électorale en 2012).

 Mais de nombreux économistes font valoir que la dérive actuelle des comptes sociaux, et notamment des régimes de retraite, est d'abord le produit de la crise économique historique dans laquelle l'Europe et la France sont plongées et du chômage de masse qu'elle a engendré.

 Ainsi Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE

 http://www.ofce.sciences-po.fr/blog/?p=3742

 « Les dépenses de retraites représentent 13,8 % du PIB, pour des ressources de 13,2 % du PIB. Si on y ajoute les dépenses de chômage, le déficit du système atteint 17,5 milliards, mais 23,5 milliards sont dus à la profondeur de la dépression (qui coûte environ 5 % d’emploi et donc de cotisations). Sans la crise, le système de prestation retraite et chômage serait excédentaire de 6 milliards. »

 Il n’ y a donc pas de déficit structurel mais un déficit provoqué par la crise : ceux qui, en France et en Europe, mènent la politique d’austérité, de réduction à marche forcée des déficits, qui se traduit par une montée massive du chômage, font mine de découvrir ensuite la chute des recettes sociales et les déficits aggravés des régimes sociaux (qu’ils ont provoqués) et clament donc qu’il faut une nouvelle réforme.

  Au-delà pour l’avenir des retraites, pour revenir sur la désastreuse reforme Sarkozy, il y  a des solutions autres que le rabotage perpétuel des pensions

Ø     l’augmentation des salaires qui mécaniquement amènera de nouvelles recettes

 Ø     la taxation des revenus financiers (cf sondage CSA pour humanité 64% favorables et 74 % des électeurs 1er tour de Hollande : à méditer)

 Ø     la modulation des cotisations patronales en fonction de la valeur ajoutée

 Une réforme qui va amplifier la crise

 les conséquences , dans le contexte actuel de récession sont évidentes

- l’amputation des retraites présentes et à venir

- la prolongation d’activité qui aboutira souvent à un chômage encore amplifié chez les jeunes ou chez les seniors. Avec pour conséquence, un nouveau déficit de l’assurance chômage !(dont la Commission exige déjà à grands cris la « Réforme »)

 Dans tous les cas , les dégradations de situation se répercuteront sur l’activité économique : nouvelle baisse de la consommation, amplification de la récession.

 Tout ce qui se profile est donc totalement inutile, totalement inefficace,  contraire à l’intérêt des actifs, des retraités et  du pays dans son ensemble.

 Un adversaire ou un compère pour la Finance ?

 Pourquoi alors lancer cette nouvelle reforme pour amplifier encore jusqu’à la nausée les dégâts de celles de Sarkozy, alors que de toute évidence Hollande va y perdre le peu de popularité qui lui reste?

 Que recherchent le CAC 40 et le MEDEF dans cette affaire ?

Ø     le  grand patronat essaie , grâce à la crise, de gagner  encore du terrain, dans le partage entre travail et capital ,et cela dans tous les domaines :offensive contre les salaires directs  à la faveur de l’Ani, mais aussi attaques sur les  retraites , qui sont en fait un salaire différé .Rallonger le temps consacré au travail , tout au long de la vie, pour le patronat c’est réduire le salaire à travers la réduction « des charges »( en fait un élément du salaire).

Ø     c’est aussi un domaine nouveau de profit : en laminant les retraites, on ouvre la voie à des solutions de retraites par capitalisation et le secteur des assurances salive déjà,

Ø     c’est aussi une nouvelle main d’œuvre à bon marché pour le patronat : en Allemagne 761000 retraités (dont120 000 ont plus de 75 ans ) occupent des mini jobs à moins de 450 €. Bel exemple.

 Hollande a tout accordé au grand patronat. Il a ratifié le TSCG , fait un cadeau de 20 milliards , gavé ses chers pigeons  , entériné un accord (l’Ani )qui pousse à la baisse des salaires et il obtient comme résultat la récession et la hausse massive du chômage.

 Avec les retraites, il continue.

"Mon véritable adversaire, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance",

 A moduler mais si peu :"Mon véritable compère, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. Ce compère, c'est le monde de la finance",

 A tous ceux qui ont voté pour virer l’autre (reconverti en conférencier de luxe de Goldmann Sachs !), après avoir lutté en 2010 contre la casse des retraites, il faut continuer le boulot en 2013 et stopper ce projet délétère en se mobilisant par millions dans la rue.

 

 

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