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Billet de blog 5 juin 2017

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Gauche, désastre politique engagé,dévastation sociale en vue : quel avenir ?

La situation politique à gauche n’est pas brillante, du fait principalement du quinquennat désastreux de François Hollande mais aussi des divisions qui s’exacerbent. Les conséquences (les mains libres pour Macron) vont être très lourdes. Qu’est-il possible d’envisager pour le très court terme (les législatives) et à plus long terme ?

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 La situation politique à gauche n’est pas brillante, du fait principalement du quinquennat désastreux de François Hollande mais aussi des divisions qui s’exacerbent. Les conséquences (les mains libres pour Macron) vont être très lourdes. Qu’est-il  possible d’envisager pour le très court terme (les législatives) et à plus long terme ?

Macron, un dispositif politique  inédit

  • sa politique en elle-même n’a rien d’inédit puisqu’elle consiste dans tous les domaines (droit du travail, services publics, fiscalité, protection sociale) à poursuivre et à aggraver la politique de Hollande qui lui-même a aggravé l’oeuvre de son prédécesseur. Le tout débouchant sur la démolition brutale de la société construite à partir de 1945, des acquis et des garanties arrachés par les travailleurs.
  • mais cela s’accomplissait depuis 30 ans par le biais des alternances : la droite menait cette politique, la « gauche »(le PS) s’opposait en paroles, puis, à la faveur des élections suivantes, on inversait les rôles.
  • l’émergence de Macron traduit l’abandon de ce système d’alternances : désormais la droite et la « gauche » (l’aile droite du PS) doivent gouverner ensemble et imposer une politique commune sur la durée, les échéances électorales devenant purement formelles. « Et de droite et de gauche » n’est pas un effet de tribune mais une réalité stratégique pour imposer une politique de droite.

Ce bloc central dominant, dans l’optique de ses initiateurs, n’aurait plus  que deux oppositions marginalisées, et sans perspective réelle d’accès au pouvoir à une échéance visible: à droite le FN, et à gauche la gauche véritable. Il serait donc en place pour longtemps, le temps nécessaire[1]  pour démolir notre système social.

Il est clair que ce dispositif politique, s’il réussissait, réduirait à néant l’exercice réel de la démocratie. La gauche peut-elle, à plus ou moins long terme mettre ce scénario en échec ? 

L’état de la gauche le soir du 23 avril, faiblesse et espoirs

Préalable :

  • Le terme de « gauche » a certes été trahi et usurpé, en particulier dans la dernière période mais il reflète toujours une aspiration et un combat historiques pour le progrès social.
  • Mais cette référence doit s’appuyer sur les enjeux concrets de l’heure. Aujourd’hui est de gauche quiconque s’oppose à la politique de Macron pour défendre le progrès social, et en particulier pour l’immédiat à ses ordonnances de démolition  du code du travail. Et quiconque soutient Macron, ou ne sait pas s’il le soutient ou le combat, n’est pas de gauche.
  • l’état de la gauche  trahit une grande faiblesse : avec un potentiel total de 25 % des voix, il est totalement illusoire d’espérer une victoire aux prochaines législatives
  • il était par contre parfaitement envisageable, à partir du résultat du 1er tour de la présidentielle, où aucune force ne l’emportait clairement sur les autres, de faire élire un grand nombre de députés de gauche à l’assemblée et d’empêcher Macron d’avoir une majorité absolue. Le potentiel de JLM à la présidentielle ouvrait la perspective pour la 1ère fois depuis 1981 d’un rééquilibrage bienvenu au bénéfice d’une gauche de rupture. Cela aurait fortement gêné Macron et constitué un point d’appui solide pour le mouvement social, hélas ! 

Une perspective galvaudée : la dynamique unitaire évacuée

  • la France Insoumise, contre toute réalité, a fait mine de considérer que les 19.6% de la présidentielle lui appartenaient et que l’apport de tous les autres (communistes, socialistes, verts) à ce résultat était de l’ordre du « néant ».
  • sur cette base, JLM a considéré que tout rapprochement pour les législatives ne pouvait se faire que sur la base d’un ralliement inconditionnel en terme de programme, d’organisation, de ligne politique, la FI prétendant représenter l’intégralité des forces à gauche.
  • dans de telles conditions, la démobilisation générée et l’effet mécanique du système électoral ne peuvent que déboucher  sur l’élection de bien peu de députés PCF ou FI ; quant à l’objectif affiché d’une majorité FI et JLM premier ministre, il est surréaliste.
  • cette théorisation de la division sur le modèle « qui n’est pas avec nous est contre nous » s’est concrétisée par une concentration des attaques sur les communistes et les socialistes de gauche, c’est à dire les plus proches de FI, beaucoup plus que sur les émules de Macron, LR ou le FN. Cela ne peut s’expliquer que par la tentation folle de faire table rase à gauche au profit de FI en ignorant totalement  les conséquences  pourtant évidentes sur le combat essentiel contre Macron.
  • Macron, du fait de tout cela, et alors que sa position initiale était celle d’un élu par défaut, ne peut qu’avoir les coudées franches faute d’alternative sérieuse en face. Une gauche affaiblie et surtout émiettée, voilà qui conforte sa démarche  de recomposition d’un bloc dominant central.
  • Les travailleurs qui vont subir dans leurs emplois, leurs salaires, leurs conditions de travail l’effet des ordonnances qui seront concoctées cet été apprécieront le résultat de tout cela.
  • Certes, dans certains cas[2], bien trop peu nombreux, il a été possible de construire localement les rapprochements qui étaient refusés nationalement, tant mieux !

 Le bilan global reste marqué par une division mortifère du fait d’un sectarisme hors d’âge, et d’une démarche politique de FI complètement insérée (et piégée) dans le moule présidentialiste de la 5ème République,  à l’inverse du discours sur la nécessité d’une 6ème République.

Que Faire ?

  • Il reste important dans ce contexte très défavorable de sauver ce qui peut encore l’être, sans illusion  mais sans céder à la tentation de l’abstention : c’est pourquoi je voterai au premier tour dans ma localité pour la candidate communiste, mon vote aura le sens d’une opposition totale à Macron et d’un refus de la division.
  • Au second tour, là où il restera un candidat de gauche (FI, PCF, Vert, Socialiste de gauche), il faudra voter pour lui sans hésitation. Plus les députés qui seront disposés à relayer le mouvement social seront nombreux, mieux cela vaudra.
  • le mouvement social aura un rôle vital pour l’avenir, sans qu’il faille se cacher que cela sera difficile et il faudra bien au-delà des clivages actuels que tous y contribuent au mieux de leurs possibilités,
  •  il nous faut reposer autrement la question de la monarchie présidentielle : elle pervertit toute notre vie politique, pousse à l’hégémonie, au refus de prise en compte des divergences, à des choix par défaut, la dernière élection en est la preuve éclatante. Pour en sortir, il ne suffit pas  de lui opposer un projet institutionnel alternatif, la 6ème république, mais il faut surtout mettre en œuvre  dans la pratique  et en commençant par le bas une démarche politique de construction  citoyenne.
  • il faudra bien reconstruire à gauche, dans le respect du pluralisme et de la démocratie interne. cela se fera parce que cela sera indispensable, et parce qu’à gauche, par le passé, on a surmonté des contentieux bien plus graves[3].Alors les raisons des divisions actuelles apparaîtront pour ce qu’elles sont, dérisoires et infantiles.

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[1] Le rapport de la commission Attali, dont le jeune Macron a été le secrétaire général, a insisté lourdement sur cette question du temps nécessaire, bien au-delà d’un quinquennat pour « réformer ».

[2] cela a été le cas parfois quand un débat véritable a pu se mettre en place en bas : voir notamment https://www.mediapart.fr/journal/france/310517/allier-terre-de-sourire-communiste

[3] l’Union de la gauche dans les années 70, quoi que l’on puisse en penser par ailleurs, s’est faite avec Mitterrand qui avait eu pendant les guerres coloniales une attitude criminelle, notamment en tant que Garde des sceaux en 1956 quand il avait, avec d’autres, couvert la torture et les exécutions. Quelles que  soient les divergences actuelles, personne dans les protagonistes à gauche aujourd’hui n’a ce pedigree.

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