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Billet de blog 11 avr. 2018

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Concurrence ? Potion magique pour sortir la SNCF de ses difficultés ?

Les dysfonctionnements très réels de la SNCF tiennent à un manque d’investissement prolongé et à une insuffisance des effectifs (25 000 postes supprimés en 10 ans). Pour ne citer que la région parisienne, des rails qui ont parfois 80 ans, des trains parfois vétustes, et une insuffisance de moyens à l’entretien. Tout cela est le résultat de la politique des gouvernements successifs

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Les dysfonctionnements très réels de la SNCF tiennent à un manque d’investissement prolongé et à une insuffisance des effectifs (25 000 postes supprimés en 10 ans). Pour ne citer que la région parisienne, des rails qui ont parfois 80 ans, des trains parfois vétustes, et une insuffisance de moyens à l’entretien.

Tout cela est le résultat de la politique des gouvernements successifs mise en œuvre par les dirigeants de la SNCF, à savoir M. Pepy et ….Mme Borne directrice de la stratégie de 2002 à 2007.Ce sont les mêmes qui en bons pompiers pyromanes clament maintenant que la situation est « désastreuse » que la réforme est « impérative », et que l’ouverture à la concurrence est la potion magique.

 L’effet à attendre de la concurrence

 Si des « investisseurs » veulent prendre des morceaux de la SNCF, il faudra que pour eux, ce soit rentable, comment ?

  1. des tarifs en forte hausse ?après tout une bonne partie des usagers n’ont pas le choix pour aller au travail.
  2. rogner sur la maintenance avec quel impact sur la fiabilité et la sécurité ?
  3. rogner sur les coûts salariaux comment alors recruter et fidéliser un personnel qualifié qui accepte des contraintes lourdes
  4. fermer les lignes « non rentables ». Si on retire à la SNCF une partie des lignes les plus rentables pour les donner au privé, elle n’aura plus les moyens pour faire fonctionner les petites lignes.
  5. faire toujours autant appel à l’argent public mais pour alimenter les profits du privé

 On retrouve un mix de ces ingrédients dans tous les pays qui ont ouvert à la concurrence, notamment en Angleterre et en Allemagne. Le fret en France est, lui, ouvert à la concurrence depuis plus de 10 ans, et les résultats sont désastreux

  • Les 46 milliards de dette ferroviaire : vous pensez que les nouveaux « entrants » vont casquer ? ils exigeront au contraire que l’état reprenne la dette (comme en Allemagne)
  • Privé ou public, l’état sera bien obligé d’assumer cette dette (ce qui est bien normal pour des investissements qu’il a décidés).
  • La concurrence ne peut être qu’un artifice : le chemin de fer est un monopole naturel , ou alors les futurs entrants construisent leurs lignes à côté de celles qui existent !
  • Et il y a bien par contre une concurrence « non libre et faussée » …. avec la route. Il serait scandaleux que l’état paie pour l’infrastructure ferroviaire, mais par contre pour les routes, rien de plus normal !

 Alors pourquoi la concurrence ?

  • cela permet d’offrir à certains « amis » des segments rentables à un prix « intéressant », comme hier les autoroutes[1], ou l’aéroport de Toulouse, ou demain l’aéroport de Paris. Et pour le reste, pas rentable, on le laissera à un service public en déshérence. L’ouverture à la concurrence ne réglera rien pour le transport ferroviaire, bien au contraire, mais elle remplira encore plus certaines poches.
  • Le même processus a déjà été mis en œuvre pour l’électricité et le gaz : transformation de l’établissement public (EDF GDF) en société par actions avec un capital qui devait rester public (promis juré) puis ouverture du capital, puis privatisation (GDF) : les prix du gaz et de l’électricité ont fortement augmenté. A noter que la simple transformation d’établissement public en société par actions fait perdre la garantie de l’état et augmente de ce fait les intérêts des emprunts. Mais puisqu’on nous dit que c’est fait pour améliorer la situation financière de la SNCF !

 Droit dans ses bottes

 Édouard Philippe Interview Parisien Libéré « Dès le 26 février, lors de ma première déclaration sur la SNCF, j’ai dit qu’il y avait des sujets qui n’étaient pas négociables : l’ouverture à la concurrence, la réorganisation de l’entreprise et la fin du recrutement au statut. »Quand aux arguments de fond sur la nécessité de la concurrence et de la fin du statut, on attend toujours. Édouard Philippe devrait en parler avec son mentor en politique, Alain Juppé, dont l’expérience sur ce sujet lui serait utile.

Pour un regard très complet sur le sujet

http://www.ugict.cgt.fr/articles/references/decryptage-sncf-avril-2018

[1] le prix de vente des autoroutes (14.8 milliards) aurait été sous estimé de 10 milliards(Cour des comptes) . Les acheteurs, Vinci en tête, encaissent désormais des profits faramineux. L’actuel ministre Bruno Lemaire affiche son souci des comptes publics, qu’en pense  Lemaire Bruno dircab de Villepin au moment de la privatisation ?

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