Contre l’Europe du capital, l’Europe des gens

Pour un avenir de progrès en France et en Europe, comment agir contre l’Europe du capital, telle qu’elle est aujourd’hui, et pour construire autre chose ? Cela me conduit à un choix pour le prochain vote, celui de la liste PCF conduite par Ian Brossat

I Union européenne, un triste bilan

  • Dumping social et fiscal, démantèlement des services publics, austérité généralisée : la construction de l’Europe a surtout été la déconstruction du modèle social édifié après 1945.
  • Les institutions européennes, en synergie avec les gouvernements nationaux, ont été, pour le plus grand profit des multinationales, un point d’appui essentiel pour cette régression.
  • Cette politique s’inscrit dans un carcan institutionnel qui prétend la pérenniser à l’infini, du fait de la quasi impossibilité de modifier les traités et les directives, d’où la phrase de Juncker[1] à propos de la Grèce : « il n’y a pas de choix démocratique contre les traités européens ».
  • Or la démocratie, c’est d’abord le droit pour tout peuple de revenir sur un choix passé et de défaire par une nouvelle loi une loi qui ne lui convient plus.
  • La construction européenne a prétendu servir l’amitié entre les peuples, la coopération entre les nations, la paix, mais elle aboutit à l’inverse. Par la mise en concurrence sans limite qui est son ADN, elle nourrit les tensions identitaires, le nationalisme, le racisme.

 L’Europe présente donc un triste constat d’échec. Tous ceux, en particulier à gauche, qui ont soutenu les traités européens portent une lourde responsabilité (faut-il rappeler que Maastricht est passé avec 1% de marge !).

Faut-il rappeler que le parti communiste a été la seule force politique depuis le début à s’opposer à ces traités ? D’autres sont revenus ensuite, et tant mieux, de leurs illusions mais elles nous coûtent cher.

Quelle perspective opposer à cette Europe là ?

II Transformer l’Europe ?

La stratégie possible pour y parvenir sera examinée dans la 3ème partie. Il s’agit ici de fixer un horizon.

  • Une construction volontaire de coopérations multiples mettant fin à l’Europe autoritaire où tout part du haut (le conseil européen, la commission).
  • Une géométrie choisie : sortir de l’alternative les 28 états ou rien. Sur chaque domaine précis des accords peuvent être passés par les états qui le veulent, à 3, à 5, à 10 . Les accords à 28 doivent seulement fixer un cadre minimal
  • Clause de non régression sociale[2] permettant à un état de ne pas appliquer un traité, une directive, s’il juge que cela constitue une régression pour les droits sociaux, pour ses services publics. Par exemple, refuser la privatisation des barrages, refuser la mise en concurrence du ferroviaire.
  • Droit à la réversibilité, c'est-à-dire pour un état revenir sur un traité passé.

III Quelle stratégie ?

 Ce qui est avancé en II est une perspective antagoniste avec l’Europe présente.

Il faut examiner comment agir pour transformer (de fond en comble) les choses

1) Deux illusions

  • Le fédéralisme supranational (c'est-à-dire la surenchère sur le système actuel) est une impasse. Il n’y a pas de peuple européen, il ne peut donc y avoir une volonté commune à ce niveau. Comme les élections précédentes, ces élections vont se faire sur des rapports de force nationaux, en fonction d’une histoire qui n’est pas la même, de situations, de préoccupations qui divergent.
  • Le Frexit, sous sa forme brute, est aussi une impasse, comme le montre ce qui se passe avec le Brexit. Le choix juridique est important, mais le rapport de forces politique et économique l’est encore plus et toute résistance à Bruxelles n’a de sens que sur la base d’un projet politique de progrès , et, au delà des urnes, d’une intense mobilisation populaire .

Cela exclut absolument toute convergence, même tactique avec une droite « souverainiste » ou une extrême droite qui veulent tout le contraire. L’exemple anglais le confirme, les dirigeants conservateurs, comme Boris Johnson, qui ont conduit au Brexit sont ceux qui ont institué les contrats zéro heure[3]et sont ceux qui veulent faire de l’Angleterre un paradis fiscal.

 2) La résistance

  • Imposer des avancées sociales, empêcher des régressions sociales, cela doit être l’objet de la lutte aujourd’hui et demain de l’action d’un futur gouvernement.
  • La privatisation des barrages doit être refusée, que cela plaise ou non à Bruxelles. (D’ailleurs les allemands ne le font pas.)
  • La libération du rail doit être refusée. La commission sera furieuse, tant pis.
  • La règle imbécile des 3% ne doit pas être respectée, traité ou pas, parce qu’il y a des urgences sociales, parce qu’il faut investir pour la transition écologique. D’ailleurs, elle ne l’a pas été à plusieurs reprises, notamment au cours de la crise financière de 2008. et la BCE rachète massivement des obligations d’état, contrairement à la lettre des traités.

 Quand un peuple, quand un gouvernement résiste, ce qui compte c’est le rapport de forces, la puissance économique, la balance commerciale. La Grèce a été écrasée parce qu’elle était faible, et dans une situation financière désastreuse. Cela serait différent avec une France, seconde puissance européenne, mobilisée sur des enjeux concrets en convergence avec d’autres forces de progrès en Europe.

En conclusion, un choix pour le 26 mai

  • Pas question de choisir le PS, EELV, ou Hamon tous impliqués dans les traités européens et qui ne proposent rien d’autre que la fuite en avant fédéraliste, dont, de toute façon, les peuples ne veulent pas.
  • Les positions du PCF et de LFI se sont rapprochées sur le fond suite aux évolutions récentes de Mélenchon sur cette question. Le seul choix raisonnable est donc à ce niveau.

Très nettement je préfère le PCF, même si son positionnement, à mon sens doit encore être précisé

  • Le PCF a le mérite de la constance, dans une opposition claire aux traités depuis le début. Pour Mélenchon, on est passé du soutien enthousiaste à Maastricht en 1992 à une prise de conscience, notamment en 2005, puis à une tentation pour le frexit, puis à un retour à une position plus équilibrée. Et ensuite ?
  • La mobilisation populaire est essentielle, bien au-delà des professions de foi  électorales. Le réinvestissement des classes populaires dans la politique est alors une clé majeure de l’avenir. Le PCF a avancé dans ce sens : c’est le seul parti qui présente 50 % d’ouvriers et d’employés.
  • Mélenchon a clairement affiché une orientation qui repose sur un suivisme total envers sa personne (« la clé de voûte »), d’où ses multiples virages stratégiques et la tentation hégémonique envers tout ce qui, à gauche, diverge un peu de lui. Le refus de la « tambouille » masque mal celui de tout rapprochement unitaire, même partiel. Dans une situation aussi grave que celle d’aujourd’hui, une telle attitude n’est plus possible.
  • Plus au fond, le PCF réaffirme l’horizon du dépassement du capitalisme, du communisme. Ce n’est pas le cas de LFI (même si çà l’est pour certains de ses militants) qui est en gros sur une ligne keynésienne d’aménagement du capitalisme (envisageable à court terme mais  seulement comme étape dans une transformation beaucoup plus profonde).

 

 

[1] Président de la commission

[2] Géométrie choisie et clause de non régression sociale sont des propositions du PCF et de sa tête de liste Ian Brossat

[3] Contrat zéro heure le travailleur doit être disponible et travailler sur appel du patron, aux heures voulues par ce dernier ; seules les heures travaillées sont payées. Si un travailleur n’est pas appelé , il aura attendu près de son téléphone mais ne touchera rien.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.