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Billet de blog 1 févr. 2011

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Octobre 2010 au Sahara occidental

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Le Camp de Gdeim Izik : Que s’est-il passé en octobre-novembre à El Aïoun ?

La situation en Tunisie et le départ de son Président Ben Ali, pas vraiment anticipé par les capitales occidentales, nous a fait revivre l’exaltation d’octobre 2010, quand dans la salle du Palais des Congrès du Mans, où se tenait la 36e Conférence européenne du soutien au peuple sahraoui, des images internet nous ont montré pour la première fois, les milliers de tentes dressées à 20 km d’El Aïoun et les paroles de liberté et de dignité qui s’y exprimaient.Encore plus qu’en Tunisie, le grand élan qui a poussé les familles sahraouies à participer à cet exil volontaire, en se retirant de la ville coloniale, n’a pas été compris ni évalué à sa juste mesure, les journaux n’ayant vraiment couvert l’événement qu’au moment du démantèlement du camp, le 8 novembre, alors qu’il s’était installé peu à peu dès la mi- octobre et qu’aucun écho dans les médias télévisuels n’en avait fait état.Les débats menés depuis le départ de Ben Ali par les médias français sur le trop faible intérêt manifesté par les médias et les politiques sur la situation tunisienne, la dictature Ben Ali et le système familial mettant en coupe réglée les ressources du pays, sont utiles mais décalés. Peu est dit, par exemple sur l’engagement des associations, partis qui ont aidé les opposants tunisiens. Mais surtout pourquoi ne pas plutôt anticiper et se poser des questions sur la manière dont l’actualité marocaine, par exemple, est traitée en France. Régime autoritaire ? Mise en coupe réglée des ressources marocaines par la royauté ? 600 Sahraouis disparus et jamais retrouvés morts ou vifs ? 160 prisonniers d’opinion sahraouis au Maroc suite au démantèlement brutal du camp de Gdeim Izik? La question de la « contagion » du mouvement populaire tunisien vers d’autres pays du Maghreb ou du Machrek regarde les peuples concernés, par contre la manière dont nos médias ou nos politiques traitent des pouvoirs dans ces pays, voilà ce qui nous semble de leur responsabilité. Responsabilité qui requiert sérieux, recherche des contextes et des expressions qui peuvent sembler minoritaires …et sans doute une vision de ce que pourrait être un monde plus humain !Dans le cas du Maroc et de l’occupation du Sahara occidental, le sujet est à la fois éloigné dans le temps et dans l’espace et ne peut se satisfaire de traitements rapides. Un aller-retour à El Aïoun, forcément piloté par les autorités marocaines bien rompues à ce genre d’exercice ne suffit pas pour comprendre.Au Sahara occidental, une très longue patience.Pour comprendre, il est d’abord nécessaire de remonter le temps et mesurer la longue patience des Sahraouis qui vivent depuis 1976 sous « la botte marocaine ». Un territoire étendu, mais peu peuplé, isolé, à l’écart des enjeux géostratégiques, encore colonisé par l’Espagne en 1975, qui fut une proie facile pour ses deux voisins, celui du Sud, la Mauritanie qui s’en retira assez vite en 1979, celui du Nord, le Maroc qui occupe les 3/4 de l’ancien Sahara espagnol ou Sahara occidental depuis 35 ans.La guerre et l’occupation du territoire provoquèrent l’exil et la séparation de la population. Les uns partirent vers l’Est pour se mettre à l’abri de l’armée marocaine et s’installèrent en Algérie qui ouvrit ses frontières, alors que les autres restaient dans le territoire soumis à l’occupation marocaine. Séparations brutales qui firent éclater chaque famille.Depuis 35 ans cette situation est bloquée. En Algérie, les camps de réfugiés abritent les institutions d’un Etat en exil, la République Arabe Sahraouie Démocratique. Au Sahara occidental, le territoire est divisé par un mur de défense de 2400 km construit par l’armée marocaine pour se protéger jusqu’en 1991 (date du cessez-le-feu) des attaques de l’armée sahraouie. Ce mur marque la division et l’occupation. A l’Est les territoires libérés, sous le contrôle et l’administration des Sahraouis, à l’Ouest les territoires occupés par le Maroc, où se trouvent ressources et villes, dans lesquels les Sahraouis sont devenus minoritaires. De 1976 à la mort d’Hassan II en 1999, la situation des Sahraouis, restés au Sahara occidental fut très difficile. Isolés, rapport ASVDH, rapport présenté à El Aïoun le 4 janvier 2011)Les deux rapports, l’un émanant d’une association marocaine, l’autre sahraouie indiquent la bonne organisation du camp qui à mesure de son développement s’est doté de moyens en hommes et structures pour gérer au mieux l’installation des tentes et la vie quotidienne et en créant « un comité de dialogue ». L’ASVDH dont les militants étaient sur place indique en détail l’engagement de la police et de l’armée marocaine qui tentent d’empêcher l’arrivée de nouvelles tentes puis au moins de les contrôler de manière très sévère (postes de contrôle entre El Aïoun et le camp, voitures, camions et hélicoptères de l’armée et construction de murs de sable autour du camp à l’exception d’un passage au Nord menant à El Aïoun, brouillage des lignes téléphoniques).Elle remarque que cet important dispositif contraste avec les premières déclarations du porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri, qui déclare le 21 octobre que « leurs revendications sont sociales et économiques, que le dialogue est engagé et qu’il sympathise avec leurs causes légitimes ». Le décès de l’enfant Najim Elghari, le 24 octobre, impose aux autorités de prendre davantage au sérieux le problème. Le Ministère de l’Intérieur dépêche trois gouverneurs sur place chargés d’examiner les demandes sociales des personnes déplacées. Plusieurs réunions se tiennent alors avec ces autorités dont une avec le ministre et le comité de dialogue. Le 4 novembre, un accord de principe est conclu (selon l’ASVDH et l’AMDH) suivant lequel l’Etat marocain s’engageait à répondre par étapes aux demandes relatives au logement et au travail, cet accord débutant le 8 novembre.L’ASVDH souligne alors : « De nombreux témoignages déclarent ne pas comprendre la volte-face brusque de la position des autorités qui ont annoncé l’échec du dialogue, la séquestration des femmes et des enfants et qui ont qualifié les négociateurs d’assassins ».En conclusion, ce 8 novembre les familles sont plutôt rassurées attendant des résultats du dialogue réussi avec les autorités, et à la place c’est le démantèlement brutal du camp avec bombes lacrymogènes, canons à eau, intrusions brutales de militaires en 4X4, femmes et enfants terrifiés et tentes détruites sans vérifier si elles avaient encore des occupants.Pourquoi une telle volte-face et l’habituel cynisme des autorités marocaines ?La publicité faite à ce mouvement massif à l’échelle de la population sahraouie d’El Aïoun, en particulier en Espagne, et le succès remporté qui ne se démentait pas au bout d’un mois a sans doute semblé de plus en plus dangereux au pouvoir colonial. Pour lui il s’agissait à la fois d’arrêter le plus rapidement possible un mouvement de plus en plus populaire et d’isoler de la population, les responsables et les leaders du mouvement en les arrêtant. Isoler, faire peur, casser les personnes et les associations, voilà un programme qui d’année en année depuis 1976 se répète ! restera-t-il toujours efficace ? Les affrontements se déplacent à El Aïoun et désignent les symboles de la présence marocaineSuivant le témoignage de l’ASVDH, les services de sécurité marocains, police, armée et gendarmerie étaient quasiment absents du centre d’El Aïoun n’anticipant pas de réaction de la part des Sahraouis restés en ville. Bien au contraire ! dès la connaissance de l’assaut indique l’ASVDH « des masses de Sahraouis, les jeunes en particulier se sont lancés dans une vague de colère extrême sans précédent dans la ville, scandant les slogans demandant le droit à l’autodétermination et le départ de l’Etat marocain » . Cette violence s’exprime clairement contre tout ce que représente la présence marocaine : incendies de la TV, de centres de l’administration régionale, de banques et magasins de quelques Sahraouis enrichis.Une fois « le travail fait » à Gdeim Izik, les forces de l’armée ont rejoint El Aïoun dans l’après-midi pour « ramener le calme ». L’armée ne s’est pas contentée d’intervenir avec ses moyens mais elle a encouragé et s’est fait accompagner efficacement par des civils marocains qui ont semble-t-il participé à cette violence, s’attaquant aux gens aux maisons sahraouies avec énergie.Cette situation on la retrouve de plus en plus au moment de la tenue des procès des prisonniers d’opinion sahraouis. Viennent désormais aux procès pour intimider les familles sahraouies et les observateurs étrangers, des dizaines d’avocats et de civils présents au tribunal pour faire « la claque ». Le témoignage de l’avocate française Aline Chanu, observatrice au procès des 7 de Salé en décembre dernier, l’indique avec une certaine émotion.L’AMDH note de son coté : « De nombreuses victimes et témoins ont affirmé à la commission d’enquête que les agents de police ont embrigadé de jeunes civils (du Nord) pour piller les biens et rechercher les suspects. Les perquisitions ont duré des jours suivant les évènements et les arrestations n’ont pas cessé».L’ASVDH a recueilli le témoignage de plusieurs témoins faisant état de tirs à balle réelle contre des civils et des maisons. Par exemple la mère de Brahim Ekhalil Zine affirme : « J’ai visité mon fils le mercredi 24 novembre, après avoir passé plus de 16 jours à le chercher, auprès de l’hôpital, de l’administration pénitentiaire ou du tribunal. Il m’a dit qu’il a été blessé par balle à l’épaule gauche à partir d’un hélicoptère alors qu’il conduisait sa voiture ».Le constat de l’Association « Human Rights Watch », qui a pu dépêcher sur place deux chercheurs.A cette date, HRW, reconnaît ne pas avoir de chiffre confirmé de morts et de blessés. Les autorités marocaines indiquent 11 morts dans les rangs des forces de sécurité et aucun parmi les Sahraouis ? ce que les associations sahraouies démentent. Le 12 novembre, ils dénombraient 11 morts, 723 blessés et 159 disparus ( correspondant aux prisonniers retrouvés plus tard par leurs proches).HRW a interrogé 7 Sahraouis détenus après le 8 novembre puis libérés : « tous ont affirmé que la police ou les gendarmes les avaient maltraités en détention, les passant à tabac jusqu’à ce qu’ils perdent conscience, leur jetant l’urine sur eux et les menaçant de viol ».Un témoin raconte : « dans la salle d’interrogatoire, il y avait 6 gendarmes, mais d’autres ne cessaient d’entrer et de sortir. Il n’y avait pas de chaise pour s’asseoir et chaque question était accompagnée d’un coup de pied ou d’une gifle. Ils posaient beaucoup de questions, ce que je faisais à l’intérieur du camp, pour quelle raison nous voulions un Etat à nous ».Les témoignages recueillis sont nombreux mais tous identiques.Chacun des 19 prisonniers politiques en prison à Salé a également via les avocats témoigné, textes en annexe avec les recommandations de l’AMDH.Le risque de l’abandon et du silence !Et maintenant ? les Sahraouis les plus déterminés sont en majorité en prison. L’accès au territoire reste difficile et filtrée. Les médias sont passés à d’autres actualités…La mobilisation de nous tous est de plus en plus nécessaire, il faut s’appuyer sur ce que nous avons déjà mis en place, missions civiles, observation des procès, coordination des initiatives au niveau européen pour alerter, organiser un plaidoyer auprès des institutions incontournables : Conseil des droits de l’Homme de Genève, Parlement Européen, Conseil de l’Europe et ne jamais laisser en paix les autorités marocaines liberticides.Le prochain rendez-vous : avril et la réunion du Conseil de sécurité qui doit absolument doter la Mission de paix de l’ONU, la MINURSO, d’un mandat élargi au contrôle du respect des droits de l’homme, mandat minima pour assurer la protection des Sahraouis qui sont désormais prêts à prendre tous les risques.Nous y veillerons particulièrement !Régine VillemontLe Mans le 24/01/2011

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