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Billet de blog 4 avr. 2016

Adieux debout (la 700e et dernière révérence)

Trop souvent, les unes de la rédaction Médiapart escamotent les mouvements populaires ; le rôle de ses blogueurs s’est peu à peu réduit à la partie honteuse du journal ; l’attitude décidément mondaine de sa direction pour la Nuit Debout, à qui ses chroniqueurs n’accordent qu’un intérêt de fait divers sans perspective politique, confirment ma décision de quitter une revue faussement participative.

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Adieu debout © Sophie LL

Déjà devant le journaliste d'investigation Denis Robert malmené par Claerstraem, Edwy Plenel s'était défaussé sous couvert de désaccord professionnel et ses réponses à ce sujet cachaient mal le manque de solidarité avec un confrère en difficulté.

D’autres temps ont passé. En mai 2011, Mediapart se fend d'une trop prudente réserve à propos de l'affaire DSK, puissant homme d'affaire d'envergure internationale, directeur du FMI, candidat à la présidence, auteur d'un viol que la justice américaine ne poursuivra pas pour cause d'un vice de forme dans la plainte, mais en matière de dénonciation d'une puissance impunie ce sera à peine plus courageux à propos du même sinistre politicard maltraitant, traîné quelque temps plus tard devant la cour de Lille au sujet des viols agravés en société au Carlton.

La rédaction médiapartienne avait, entretemps, complaisamment relayé, sans commentaire, l’appel de Stéphane Hessel en avril 2012 qui appelait à voter dès le premier tour pour François Hollande. Ce qui est d’autant plus ignoble que le vieux diplomate de la FrançAfrique se plaçait d’emblée comme « le père des Indignés » (sic ! car il faut remonter jusqu'à la facilité des articles de presse pour avoir appelé « Indignés » les mouvements de révoltes tunisiennes puis égyptiennes, moyen orientales et espagnoles). Bah ! la rigueur des analyses politiques n'est pas toujours présente, non plus quand de jeunes comédiens athéniens courent le risque d'un procès populaire de la Troïka, et qu'ils ont besoin de soutiens que me refuse vertement le directeur de la revue se préparant à une soirée en présence d’Angelique Ionatos.

Idem  quand les mineurs d’Asturies souhaitent faire connaître leurs luttes contre un pays secoué par Goldman Sachs, ce sont leurs succès et leurs résistances qui sont étouffés. Et Mediapart ne donne pas de la voix pour faire entendre la leur.

Voilà, pas davantage d'investissement pour dénoncer au moins factuellement les persécutions contre les Syriens dans leur pays, ou des Rroms et des ZADistes en fRance, et ce seront pendant plusieurs années les blogueurs eux-mêmes qui devront se charger de relayer les persécutions de la police et les mensonges de la région ou de l'État. Quelques billets de Jade Lindgaardt sauvent les apparences, sinon l'honneur.

Pas davantage sur le sort des copains « migrants », « réfugiés », « soutiens », « bénévoles » à Calais, à Vintimille ou sur les plages de Melilla, en Crête, en Grèce, ou en Turquie. Comme si les accords de Schengen de 1985 et 90, le traité scélérat de Libonne 20017 ou la convention Dublin 2013 ne méritaient pas quelques précisions sur le vieillissement des populations occidentales européocentrées et le refus criminel des jeunes générations venues des pays en guerre.

Les professionnels de la maison préfèrent largement débusquer les corruptions financières. Les scandales sont-ils le fond de commerce d'un journalisme incapable de réfléchir aux moyens d'en finir une fois pour toutes avec la confiscation des ressources, le pillage des populations et la corruption des élus de la république ?

Bref, avec ce qui est en train de se jouer à République où des milliers de personnes se relaient jour après jour pour lancer des assemblées populaires, je ne lis sur ce journal que des billets courts et anecdotiques, rien sur la vague de fond lancée par des groupes déterminés à ne rien revendiquer mais à prendre ce que de droit, et en finir une fois pour toutes avec l'exploitation des personnes.

Rien à faire, je me suis trompé en venant avec ce journal. Je n'ai plus qu'à partir.

Pancarte sur le site de la "Nuit Debout", place de la République à Paris, le 31 mars 2016 © REVELLI-BEAUMONT / SIPA

Oui, je pourrais rejoindre le mouvement DEBOUT, oui... pourvu que nous puissions ne pas se contenter de selfies et pourvu que nous nous mettions très vite à investir pour de bon, concrètement, les organes et les lieux de pouvoirs pour changer les décisions politiques :

  • – 1. rendre aux habitants les services publics, l'eau, le chauffage, l'électricité, la poste, les communications, l'information, les transports...
  • – 2. ouvrir les frontières, libre circulation et installation des personnes et des idées, accueil et accompagnement des migrants et des réfugiés ;
  • – 3. établir le salaire universel de base à 1 500 € mensuel, plafonner les hauts revenus, mettre un terme définitif aux fuites de capitaux, réquisitionner les domaines et logements vides pour loger les plus démunis ;
  • – 4. refuser une fois pour toutes le TAFTA-TTIP au besoin en quittant l’UE si l’UE continuait de maintenir cette politique catastrophique ;
  • – 5. fermer les emplois de la grande distribution de masse qu'on appelle très improprement au singulier (industries "du disque", "du livre", "du cinéma", etc.), ouvrir des emplois d'artistes et d'artisans indépendants, autonomes, libres, sans aucune condition aux subventions ni au mécénat ;
  • – 6. fermer les emplois de la fabrication du nucléaire et ouvrir ceux du traitement des déchets ;
  • – 7. fermer les recherches OGM et pesticides de l'industrie pharmaceutique et de la grande production d'agro-alimentaire intensif...

Oui, je pourrais rejoindre le mouvement DEBOUT si on se met en très grand nombre à renverser les signatures de sorte qu'il n'y ait plus de commandes d'armes et que les habitants puissent vivre d'activités qui ne font du mal à personne et soutiennent la vie et les êtres vivants, oui, je suis prêt à participer au mouvement DEBOUT pour sensibiliser et informer les couches moyennes de l'immense propagande et bourrage d'idées de l'idéologie dominante ultra libérale.

Mais, bon, si les assemblées populaires se limitent au happening, si elles préfèrent les grandes sensations, les bisounours et les émotions de mani-festives, plutôt que de se bouger réellement concrètement en direction des pouvoirs à prendre et à renverser, alors, non, non, merci beaucoup, pas la peine, très peu pour moi, les gens peuvent très bien faire leurs catharsis sans moi, car je suis pour de vrai trop fatigué de mes luttes inutiles et trop en deuil de mes échecs passés, j'ai trop morflé de mes désillusions et des trahisons annoncées comme "révolutionnaires" (voire "indignées" ou "démocratiques") pour me joindre une fois de plus à des gens inconsistants et immatures politiquement (s'ils ne sont pas calculateurs ou récupérateurs), des gens qui pensent d'abord à leur carrière ou des irréalistes, des irresponsables qui ne pensent qu'à passer de bons moments. Bon, sérieux, ça va faire mal, il va y avoir des dégâts inévitables, on ne va pas se faire croire que ceux qui détiennent le pouvoir aujourd'hui cèderont si facilement leurs avantages.

Je rejoindrai le mouvement s'il est en mouvement, en marche, pas s'il fait du sur-place face aux autorités dominantes. Ce ne sera pas un pique-nique de placer des représentants révocables avec mandats impératifs. Renverser les pouvoirs, ce ne sera pas si facile, et il faudra s'affronter à de terribles bagarres. La presse aurait pu nous aider. Manifestement, Mediapart a choisi de composer avec un pouvoir plutôt que de faciliter les moyens de sauver les populations en favorisant les rencontres et la convergence des luttes.

à Gourdon (Lot), le 35 mars 2016

Jean-Jacques M’µ

L'expression en assemblée populaire © Réelle démocratie maintenant, Paris

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