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Billet de blog 4 nov. 2010

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8. La borne (ce qui nous resterait à dépasser ?)

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Quand nos émotions aident à mieux comprendre nos fonctionnements sociétaux : l'équipe de « la Borne » joue du sens que prend de longue date la mécanique entre course aux profits des techniques nucléaires, d'un côté, et lutte acharnée pour la survie des individus, de l'autre... (de fait, il s'agit de saynètes préparant un nouveau spectacle qu'on pressent de grande qualité sur le thème de l'informatisation de nos recherches – autant dire sur la destruction de nos dernières illusions –, avec le non moins talentueux Denis Podalydès).

Un rire provocateur, qui force à réfléchir au sens (à la direction) de ce que nous entreprenons.

“La Borne s'amuse”, nous méditons. Si nous le voulons bien. L'anecdote de cette découverte mérite d'être racontée, je crois. Elle commence, comme souvent dans nos familles, par des envois de liens. Mon fils (19 ans) a reçu et transmis cette vidéo satirique sur sa liste :

www.la-borne.org

Il commente :

Les métiers bidons qu'on nous fait faire, nous, les jeunes, ces postes de régulateurs de flux, de techniciens de surface, d'assistants du sommeil, c'est pour nous occuper, pour qu'on ne soit pas fichés dans les chiffres du chômage (pas chiffrés dans les fiches du chômage)...

Même si c'est une partie des motivations possibles de nos dirigeants (qui sont nos dirigeants, au fait ?...) ce n'est tout de même pas ce que dit la vidéo.

Et nous la regardons alors ensemble. Après quoi, je me sens autorisé à lui répondre :

Tu vois, c'est plutôt une vision pessimiste de notre monde. Sous couvert de rire de ces situations où l'art se trouve de plus en plus placé sous la tutelle des affaires industrielles et financières, les auteurs de ces saynètes nous alarment sur ce qui menace nos contemporains.

Et nous parlons du monde tel qu'il va. La mondialisation. Les déplacements de populations. La sur-exploitation des pays sous-développés (pardon, il ne faut pas dire ça en public, mais on était entre nous). Bref, toutes ces sortes de chôzes qui font que nous en sommes où nous en sommes :

Le monde riche produit de plus en plus de richesses en exploitant le nucléaire (la peur de la bombe qui anéantira tout ?... L'Iran ?... Israël ?..).

– Ça, c'est la vision apocalyptique passablement fidelcastrienne, dont l'actuelle presse se rit un peu au passage, en traitant de sénilités les traumatismes venus droit de la crise des fusées.

– Mais, non, plus sérieusement, c'est plus sourd, moins visible, moins apocalyptique et plus sordide : le nucléaire, ça oblige surtout à recycler les déchets. Eh oui !... Plus il y a de nucléaire, et plus il faudra retraiter les déchets.

– Seulement : qui donc voudrait aller recycler ces déchets-là ?... Les esclaves ?... c'est un statut qui n'existe plus.

– Les salariés, alors ?... Mais quels salariés ?... Ceux qui ont le moins, ceux qui ont le moins de qualifications, ceux qu'on a laissés dans l'ignorance, ceux qu'on aura eu dépossédés de toute confiance, en eux, aux autres et en l'avenir... Les précaires. Jeunes ou vieux.

Le salaire de nos peurs ?...

– C'est ce que j'entends de toutes ces petites saynète, dans La Borne : chacun se démêne sottement, au fond, pour éviter de tomber à ce rôle de retraitement de déchets : quel pays, quels hommes seraient volontaires pour recycler les déchets nucléaires ?...

– On en a envoyés sans se soucier sur les îles océaniennes, sur le Sahara, en Afrique... Et d'ailleurs, le Niger, à y bien penser... Après tout, c'est là-bas que les Occidentaux ont installé AREVA usine d'uranium enrichi, et dont les ingénieurs enlevés passent pour de malheureux otages de dangereux terroristes, alors que ces ingénieurs-là participent de la stérilité de régions entières déjà soumises par l'endettement... au nom d'un développement plus que douteux et, en tout cas, dangereux, durable ou pas.

– Cette vidéo et le travail qu'il prépare nous montre nos gesticulations, tous, chacun, chacune, à avaler des épines durant nos tentatives désespérées à vouloir échapper à l'exclusion, pardon au renvoi vers le macabre.

– Seul, on n'y échappera pas. On ne peut qur retarder le processus pour soi, c'est tout.

– La planète a des soucis à se faire, elle, avec l'isolement des individus...

– Les mêmes individus peuvent aussi se laisser à penser que nous serions tombés dans l'individualisme.

– Nous sommes des milliards à se sentir seuls. À l'être, de fait.

– Le monde d'Occident a besoin de précaires pour culpabiliser chacun, chacune d'entre nous, et au moins nous menacer de nous soumettre aux boulots sordides.

Attention, prenez garde, si vous ne faites pas selon nos règles, voyez ce qui vous attend : petits boulots, précarisations, et puis, le grand saut vers le recyclage !... Tenez vous tranquilles, à exécuter les règles de l'ordre social établi, c'est de plus en plus ça, se bien comporter...

– Mais ce pouvoir-là a également besoin, sur le plan international, de régimes comme autrefois ceux du Shah d'Iran, ou de la Lybie aujourd'hui, qui répercutent une image archaïque de la société si terribles que l'écœurement vient contre eux (d'une manière générale, bien sûr, car les opinions ne s'élèvent pas contre les régimes, ce qui serait légitime, mais contre les populations opprimées elles-mêmes, pourtant, comme on peut le voir à travers des exemples aussi significatifs que celui de Sakineh, où l'attaque contre les musulmans peut prendre la figure pourtant légitime de la défense d'une femme réellement victime, parmi d'autres, de systèmes rigidifiés)...

– Le monde qui dirige a-t-il donc à ce point besoin de fabriquer et d'entretenir des peurs et des colères entre les peuples ?...

– Oui, pour préserver leurs privilèges. Et, pour y parvenir, ce monde-là a un outil formidable : l'administration qui n'entend rien que les règles, verrouillées, des compétences et des techniques. C'est cette technicité-là qui, depuis nos guichets jusqu'à l’échelle planétaire, continue de protéger les nantis et d'envoyer les plus démunis en enfer : en les pénalisant ou en les médicalisant.

– Sinon, en les tourmentant, en attendant, qu'immanquablement, les plus désespérés faillissent aux règles de bienséances que la morale réprouve (la morale est universelle, ça va de soi, on a tout de même les Droits de l'Homme et les Nations unies, n'est-ce pas ?). Et malheur à qui déroge aux règles !...

Bon, cette vidéo a du bon. La pièce de théâtre qui en sortira, le film sans doute, et son succès sont prévisibles. Et nous, citoyens ?... que faisons-nous, à part discuter ?..

Que fait-on pour la paix dans ce monde ?... demandent encore et toujours les comédiens du Living theatre.

Les satiristes (et ceux dont ils rient) ont de beaux jours devant eux. En sera-t-il de même pour les populations qui frappent comme des papillons sur les vitres en voulant échapper au pire et à l'écrasement qui les menace ?...

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