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Billet de blog 12 mars 2016

Dénoncer les atteintes aux droits humains de nos gouvernements

Inspiré des appels d’Amnesty International, de la CIMADE, de MSF, des réflexions de Patrick Cahez, de Jean Monod, de Denis Lemasson, des travaux de Badiou, de Morin, Deneault, je réclame un large mouvement de citoyens pour dénoncer devant les cours de justice internationale l’indéniable inhumanité des pouvoirs qui nous gouvernent au nom d’un libéralisme totalement destructeur.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

NOS ÉTATS DEVANT LA JUSTICE DES DROITS HUMAINS

« Plus que jamais, les accords des jours derniers entre l’UE, la Turquie et la Grèce confirment la logique de nos administrations : les centres de rétentions et les prisons fonctionnent comme une poubelle dont les rescapés sont les détritus. Quand les déchets débordent, il faut vider, les derniers arrivés sont les premiers sortis... On enferme et on rejette. Des centaines et des milliers d’étrangers, par groupes, Iraniens, Pakistanais, Indiens, Chinois, Afghans, Africains... Un trafic pareil implique une logistique colossale : des barbelés, des barrières, des centaines de militaires, des milliers de policiers, des centaines de milliers de fonctionnaires, des chauffeurs, des techniciens, des administrateurs, des terrains, des bâtiments, des fourgons, des camions, des trains... Toute une économie verrouille les portes de l’Europe. Car le monstre sue le fric. Rien d’extraordinaire : l’ordonnancement de toute cette misère entretient sans le reconnaître des passeurs, des trafics, des mafias, des réseaux proxénètes, des marchands d’armes jusqu’aux plus hauts niveaux de tous les États. Épuisés par leurs échecs à lutter pour la liberté, les êtres ne survivent plus que par et que pour l’argent. L’Europe, forteresse gardée, vieillit en faisant la guerre aux jeunes qui frappent à ses portes.... »

(D’après Denis Lemasson : Nous traverserons ensemble, roman, Plon, 2016)

Contenu :

D’insupportables transferts de charge vers les populations

En même temps qu’ils cassent le Code du Travail, nos dirigeants préparent l’expulsion des migrants vers les ateliers de main d’œuvre gréco-turcs.

Et ce temps passe à entretenir les populations sur les questions posées comme des urgences humanitaires à partir du camp de Calais qu'ils viennent de vider et celui de La Grand Synthe qu'ils se préparent à vider également.

En acceptant de se substituer aux pouvoirs publics défaillants et d’assumer des responsabilités qui ne leur reviennent pas, les associations caritatives ont permis à l’État de se comporter comme MSF le dénonce maintenant à La Grande Synthe où la mairie a accompli un formidable travail d’accueil que la préfecture de Dunkerque se prépare à démolir avant de rejeter dans l’invisibilité, l’opacité et l’indignité des milliers de personnes en détresse.

La question est moins de donner à manger (un temps) aux exilés que d’interpeller immédiatement, y compris devant les tribunaux., nos gouvernants sur leurs financements, leurs persécutions et leurs violences.

Sur les façons de faire de nos dirigeants : – 1er temps, ils donnent des ordres pour démolir d’abord les gens et leurs espoirs, leurs vies, puis, – 2e temps, nous demandent ensuite de les réparer, les nourrir, les assister, les rassurer (ça s’appelle passer la patate chaude sans considération aucune pour les personnes humaines concernées), et, 3e temps : ils recommencent à donner des instructions pour persécuter les rescapés, les virer, les frapper, les expulser ailleurs, sans jamais rendre de compte à personne.

Expulsions © Large + Renaud

Le constat est prévisible en ce qui concerne leurs intentions autoritaires anti-populaires : Les menaces des traités transatlantiques TAFTA ou TTIP contre les solidarités sociales, la santé publique, le code du travail, la sécurité énergétique, l’indépendance des peuples, l’égalité des personnes, la liberté de travailler, celle d’étudier, et de circuler librement soumettent toutes les conditions d’existence aux seuls choix des seuls actionnaires en bourse.

Le problème des populations qui protestent, pourtant de plus en plus nombreuses et de plus en plus véhémentes, c’est qu’elles ne bénéficient du soutien véritable, sérieux et tenu d’aucune organisation syndicale et d'aucun des partis dits de gauche, chacun se cantonnant à la défense des intérêts strictement corporatistes. 

La solution est prévisible. Une prise de pouvoir militaire et policière. Sauf si les populations s’organisent très vite. Un renversement radical de tendance, sans production de masse ni consommation de masse. Une ouverture des frontières selon les articles 9 à 21 de la Déclaration universelle des Droits humains de 1948.. Un soulèvement populaire dans le pays et au-delà de tous nos pays. Se concerter pour la convergence des luttes, là est le primordial. Commencer par atteindre le monstre sur son point faible : la monnaie, qui n’est que fictive, reposant sur la seule confiance des boursicotueurs. Boycotter les multinationales cotées au CAC40, refuser de se rendre aux pompes à essence et dans la grande distribution, faisant baisser les cours des affaires jusqu'à les effondrer toutes, une à une, et mettre en fonctionnement des instances de décision limitées au local.

En attendant, nos jours de colère désespèrent.

L’AFFOLEMENT DE TOUS

Ces contraintes paradoxales et les dérégulations qu’elles imposent sont en train de rendre fous tous les habitants, tous les citoyens, toutes les instances de nos pays.

Il y a maltraitance physique et psychique de chacun face aux situations devant lesquelles nous nous trouvons placés de fait par les pouvoirs publics ALORS QUE CE N’EST NI NOTRE FAIT NI NOTRE VOLONTÉ, nous n’avons à titre personnel pas voulu cette politique de fermeture des frontières nocive pour tous, sauf pour les capitaux. Nous ne sommes pas responsables et encore moins coupables des forfaits de nos États. Ils se comportent avec nous comme en matière financière pour ce qui est de la dette, odieuse et illégitime, que nous n’avons pas signée mais que nous devons payer (les fonds accordés à la Turquie et à la Grèce pour barrer la route aux migrants sont les fonds prélevés sur nos impôts.

Patrick Cahez le dit : « L’État, comme pour la loi sur le travail, pratique l’inversion normative en faisant échec à des droits fondamentaux par l’invocation d’une argumentation ajuridique parfaitement contraire au droit et aux promesses de campagne.

IMPORTANT !... Le défaut de traitement efficace des demandes d’asile est sanctionné. La Cour de Strasbourg a condamné l’État qui y a fait obstacle. Voir par exemple  : Affaire Gebremedhin contre France »

ILLUSIONS SUICIDAIRES ET CRIMINELLES

La violence de l’État se tourne inévitablement sur nous tous, soit que nous la subissions de manière passive, par la folie, la drogue ou la culpabilisation, soit que nous l’exercions contre les autres (racismes, enrôlement dans les entreprises de surveillances, de répressions, de destruction...).

Patrick Cahez poursuit : "D’autre part, il ne faut pas inverser les rôles ni croire qu’on est en mesure de le faire alors que c’est l’État qui dispose de la sécurité civile et de procédures comme le plan ORSEC. Ce sont les préfectures qui peuvent financer le logement, la santé, les soins, l’alphabétisation, l’instruction des dossiers, la communication, les fluides, l’alimentation et les loisirs de toutes les personnes de passage sur son sol, et prioritairement les femmes et les enfants.

"Personne n’a à se substituer à un État de mauvaise foi refusant de remplir ses engagements internationaux ; mais nous pouvons et devons dénoncer ce comportement internationalement illicite, exiger l’exécution des obligations positives de cet État et saisir si besoin le HCR, qui exprime d’ailleurs un doute très sérieux sur le comportement des États de l’UE : Le plan d’action UE-Turquie inquiète le HCR

Tout cela est bien triste pour les réfugiés dont le respect de la dignité est bafoué manifestement et sont victimes d’un cynisme politique que dénoncent des eurodéputés : http://www.rfi.fr/europe/20160308-le-parlement-europeen-critique-ebauche-accord-entre-ue-turquie"

IL EXISTE DES VOIES DE DROIT POSSIBLES

Nous pouvons exiger à cette occasion de les mettre en œuvre, enfin, une fois pour toutes.

Il y a lieu de s’interroger...

... Quand l’État installe les demandeurs d’asile dans une grande zone de Calais et l’inonde aussitôt afin que les gens ne puissent plus y séjourner que dans la boue et la pourriture pendant de très nombreux mois,

... Quand l’État utilise la Brigade anti-criminalité pour déloger les résidents inoffensifs, désarmés et pacifiques,  de « la Jungle » de Calais, qu’il achète de nouvelles armes de tir, en rafale et au coup par coup, qu’il utilise la force pour faire sortir ceux qui ne le veulent pas et détruit toutes leurs affaires fournies par les soutiens et les bénévoles...

... Quand on voit, à propos du bombardement de l’hôpital de Kunduz, que MSF n’a pas poursuivi les USA pour crimes de guerre alors que l’Afghanistan est membre de la CPI. L’absence de poursuite ne peut que favoriser d’autres bombardements d’hôpitaux.

Il nous faut absolument demander aux instances qui osent nous demander la charité pour des êtres humains, pourquoi ont-elles à ce point déshumanisé les êtres et nos propres solidarités réciproques ?...

LES RECOURS

Pratiquement, l’intenable, c’est que quoi qu’on fasse on ne fera jamais assez bien, et pour cause, nous ne sommes pas l’État et nous n’avons pas ses moyens :

  • qui a les moyens d’organiser les secours ?
  • qui a les moyens d’affecter un personnel qualifié, psy et médical, pour soigner psychiquement et physiquement des personnes dont le parcours de vie a été brisé de mille et une manières, toutes plus iniques les unes que les autres ?
  • qui a les moyens de former des enseignants de français langue étrangère et les mettre à disposition des demandeurs ?
  • qui a les moyens de réquisitionner des locaux libres dotés d’électricité et d’eau potable pour satisfaire aux besoins d’hygiène, de communication et d’abri des personnes ?
  • qui a les moyens d’informer équitablement les habitants sur la situation ?... au lieu de communiquer en termes de quotas et de chiffres officiels qui n’expliquent et ne règlent jamais rien, rien de rien ?
  • qui a les moyens de mettre ses services administratifs, sa justice et sa police au service de l’accueil et non pas (et non plus) à la répression, à la persécution, à l’enfermement, à l’exclusion ? (et non plus à la démolition du peu qu’arrivent malgré tout à construire les soutiens).
  • ... qui peut financer la seule aide possible AVOCATS/TRADUCTEURS/MÉDECINS dont ont avant tout besoin les personnes accueillies.

SOLIDARITÉS DES PEUPLES SANS FRONTIÈRES

Toutes nos bonnes volontés ensemble ne suffiront jamais sans une réelle politique d’accueil PRATIQUÉE par toutes les instances du pays à tous les échelons.

À défaut, nos petites pratiques quotidiennes ne peuvent servir que de baume sur une jambe de bois.

Je demande à ce que nous interpellions en masse l’État (ministère de l’Intérieur, préfecture...) selon les procédures de l’urgence humanitaire et que nous refusions de cautionner la moindre tentative d’expulsion des personnes qui ne cessent se réfugier des guerres.

SE DÉBARRASSER DU RACISME INSCRIT DANS NOS PROPRES MODES DE VIE

Les maires sont les premiers magistrats de nos communes. C'est à eux de rappeler la loi positive qui réclame liberté, égalité et fraternité, quand les racistes se permettent de menacer. Les appels à la haine sont des délits.

racisme-delit

Et puis, pour chacun de nous... Aussi... Chaque fois penser « Comment ai-je été “migrant” arrivant ici ou là ? ». Toutes les mesures qui ne sont de fait pas ÉGALES À CE QUE NOUS AVONS CONNU, nous autres, personnes occidentales, sont des mesures racistes, qu’on le reconnaisse ou pas : l’accueil digne, discret et convivial qui a été celui de chacun de nous reçu en terre étrangère doit être le paradigme premier de toute pensée qui se veut humaine (le reste est propagande) : car personne parmi nous n’a été repoussé dans des zones insalubres pour y construire de bric et de broc des bidonvilles de cartons, de tôles et de bois, personne n’a mangé à la gamelle au terme d’une file d’attente, personne n’a été signifié en conseil municipal lors de son arrivée dans une ville, personne n’a été mis de force dans l’autobus sous les yeux impuissants des bénévoles et des soutiens.

Ni eux, ni nous, ni personne au monde ne peut être reçu de cette façon, c’est indigne. Et méfions-nous du sentiment d’orgueil, sinon de puissance ou de pouvoir, qu’il y a à « aider » en termes charitables ou caritatifs, et non pas en termes solidaires.

INTERROGER LES INTENTIONS DE NOS ADMINISTRATIONS  

Leur opacité est menaçante pour toutes nos libertés, les leurs comme les nôtres.

La première des choses à faire est d’interpeller nos autorités sur le sort des « migrants » (normalement, un migrant, c’est quelqu’un qui migre, qui voyage, qui passe).

Je le dis clairement, et fermement, tout ce que nous ferons avec les « migrants » (sic) ne sera que pure bonne conscience tant qu’on n’aura pas obtenu du gouvernement les garanties pour leur accueil réellement sérieux et profond, et non pas pour un répit avant de partir vers le pire ailleurs, dans l’inconnu.

Parce que nous voulons des conditions dignes pour les personnes qui ont été arrachées de leurs vies, nous ne pouvons nous contenter de laisser les pouvoirs occultes décider pour elles sans elles.

Pour sauver une société il la faut d’abord HUMAINE AVANT TOUT

Avant toute chose nous devons avoir des garanties de la part des plus hautes autorités de l’État que ceux que nous voulons aider seront :

– ou bien inclus dans nos régions ;

– ou bien autorisés à se rendre en Angleterre,

et surtout, surtout surtout qu’ils ne seront pas envoyés en main d’œuvre bon marché (esclavagisés, disons le mot) en Turquie selon les accords qui viennent d’être signés.

Réfléchir aux moyens et aux conséquences réelles de nos actions, c’est ne pas servir de caution à l’inacceptable, et, partout, partout, partout, sortir du malaise qui nous affole et interpeller nos autorités :

Quels sont les financements accordés par le ministère et la préfecture pour instaurer dans notre commune les permanences régulières avocats-traducteurs-médecins avec les principaux intéressés ?

Jean-Jacques M’µ

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