Menaces sur l’information : le casse-tête hongkongais

La capitale financière chinoise avait reçu en juin 2013 Edouard Snowden que les USA poursuivaient pour avoir diffusé des données « Top Secret ». En automne 2014, les manifestations étudiantes « des parapluies » étaient sévèrement réprimées par le régime de Pékin en dépit du principe “Un pays, deux systèmes”. Depuis octobre 2015, ce sont des éditeurs qui sont enlevés quand ils dénoncent...

Plateforme économique des capitaux américains et européens, Honk Kong se trouve sous autorité chinoise depuis 1997, date de sa « rétrocession » (oh le joli mot, non dénué d’un légalisme à la fois servile et arrogant pour signifier une opération qui n'en reste pas moins diplomatico-économique à visées néo-coloniales et impérialistes). Près de vingt ans après, emporté par le maelström des rivalités entre différentes formes d'entreprises capitalistes, les habitants essaient toujours de concevoir de bric et de broc un commencement de liberté d'opinion qui ne parvient pas, quoi qu'il en soit, à sortir des stéréotypes formés de toutes pièces par les propagandes où ne cessent de balancer le marteau asiatique et l'enclume occidentale.

D'un côté, un pouvoir de plus en plus omniprésent, puissant, menaçant, terriblement policier, et, de l'autre côté, une puissance diffuse, larvée, mais non moins destructive, basée sur des préjugés de mœurs et des pratiques manipulatoires malsaines liées à la fascination du sexe. Au lieu d'attaquer le pouvoir chinois sur la base de ses prévarications, de l'enfermement des opposants, du trafic des corps humains, les oppositions, du moins depuis les bases occidentales, préfèrent attaquer à partir de coups bas.

En dessous de la ceinture.

En cinq mois, cinq membres d'une équipe éditoriale ont disparu, manifestement enlevés par les services secrets chinois

Le stupre et le luxe sont les deux mamelles d'une littérature abondante qui vit richement des frustrations des populations. « Important aujourd’hui » pourrait être l'une des traductions de la maison d'édition « Mighty Current » dont le chiffre d'affaire repose principalement sur la révélation des relations sulfureuses concernant la sexualité, souvent débridée, des dirigeants de Pékin. Le rocher est donc de fait la base de lancement d'un sensationalisme nettement préjudiciable à l'image des dirigeants du PCF à la tête du pays. Une forme de perversion qui libère davantage un sexisme véreux plutôt qu'une conscience démocratique, il faut bien l'admettre.

Depuis l'été, l'entreprise se préparait à enfoncer le clou avec la publication d'un ouvrage mettant en cause le président de la république chinoise lui-même.

Sexe, pouvoir et dépendance

Dans de pareilles affaires, chacun joue sa partition avec ses instruments. Le scandale dont vivaient ces éditeurs contre les méthodes musclées des services de l'État.

En dépit des démarches du ministère de la culture chinoise, la maison d'édition trouvait plus lucratif de persévérer dans le déballage des ébats du président avec une de ses anciennes aventures. Du point de vue gouvernemental, la réputation et la poursuite de la politique chinoise ne peuvent se laisser miner par un quelconque scandale. La censure et l'intimidation montent donc d'un cran, et prennent alors des allures de véritables menaces physiques à peine voilées auxquelles des siècles de tyrannies nous ont préparés et qui ne sont hélas pas l'apanage exclusif des mafias. En décembre le co-propriétaire de la maison d'édition était enlevé. Il était le cinquième de l'entreprise. Quoi qu'il en soit, ces pressions sont suffisamment explicites pour qu'à leur tour les libraires se mettent à retirer de leur fond les ouvrages incriminés, mais les menaces restent occultes, bien entendu, elles ne se disent même pas, et se révèlent à l'examen trop (c)ouvertes pour que le gouvernement hongkongais ni qui que ce soit d'autre puisse aujourd'hui se trouver en mesure de protéger le droit d'expression.

Le contenu et les pratiques d'éditions ne sont jamais si contestables que cela puisse justifier la mise à l’écart (ou à mort) des intéressés

La solidarité impose de soutenir la liberté d'opinion pour qui que ce soit.

Il nous faudrait cependant ne pas appeler « opinion » ce qui relève de la diffamation. Peu de protestations de la part des thuriféraires de la liberté quand la Chine fait interdire où que ce soit dans le monde les drapeaux pro-Tibet. Même les anti-nucléaires sont peu relayés par la presse, les medias ou l'édition libraire, le cinéma, quand les autorités chinoises déclarent à la COP21 que l'énergie nucléaire serait « propre  » (sic !) et qu'elles s'apprêtent à accélérer la création de nouvelles centrales, comme elles sont en train de stériliser trois provinces entières d'Uruguay pour imposer des mines d'or.

Un cynisme bien ancré dans les institutions permet d'affirmer sans honte que nos pays entretiennent de « bonnes relations » (re-sic) avec tous les régimes qui, pourtant, persécutent et massacrent les populations civiles. Il est de l'intérêt des populations de défendre les droits humains plus que d'entretenir des racismes et des appels à la haine, des voyeurismes sexistes et malsains.

Éléments du crime

Comme la presse à scandale, les éditions de mêmes objectifs et de mêmes méthodes sont très très loin de défendre quelque position politique qui soit dans le monde, ni morale ni sociale en faveur de l'intérêt véritable des populations. Ces éditeurs ne visent rien d'autre que leurs seuls gains financiers, qui sont loin d'être négligeables. Et, sauf mal informés, nous ne savons pas qu'aucun d'eux ait jamais défendu une information nettement plus engagée politiquement – avec des risques au moins aussi graves que ceux que les cinq collaborateurs de Mighty Current subissent depuis octobre. Les assassinats de journalistes au Mexique, au Paraguay, au Guatémala n'ont jamais connu le soutien d'aucun de ceux qui exposent la sexualité des puissants, où que ce soit dans le monde. Partout avec ce type de productions, la fascination fait office de désacralisation des pouvoirs en place, ce qui n'est certainement pas négligeable, soit, mais qui reste cependant très très loin d'une philosophie propre à construire des règles plus justes pour vivre en société.

Puissances de destructions contre possibilités de vivre

Exemple avec l'affaire Ursula Gauthier. Quand cette journaliste française, correspondante permanente du Nouvel Obs en Chine, atténue la portée d'un pogrom anti-mineurs pourtant cause directe de la  mort violente, par armes, d'une trentaine de Han au cours d'une véritable chasse à l'homme commencée le 15 septembre par des extrémistes Ouïgours à Bascheing, et que cette journaliste se cantonne à ne discréditer que la politique chinoise, on peut cependant comprendre au moins en partie l'émotion et les raisons de son renvoi par les autorités chinoises.

La responsabilité des systèmes financiers reposant sur l'essentialisme

Il y a de par le monde et dans notre pays même des censures au moins implicites, de fait, par les cordons de la bourse, comme on dit vulgairement, qui interdisent les auteurs bien informés de dénoncer sans de très sérieux risques les abus de nos pouvoirs. Nul ne pourra chanter les louanges du rock and roll, de David Bowie, de l'homosexualité ou de Lady Chatterley en Iran ou en Arabie saoudite ; non plus qu'en fRance ou en Europe, personne n'osera dénoncer les corruptions de conseils municipaux en faveur du nucléaire, de l'agro-alimentaire intensif ou du fracking, toujours présentés sous l'angle du gain économique et de la création d'emplois (et quel emploi, facteur de stérilisation des sols, de pollution des airs et de l'eau, destructeur de faune et de flore, accapareur de terres, pilleur de ressources, chasseur de populations !).

Ambassadeurs du paillasson

La diplomatie de nos pays se garde bien de signaler les entorses aux droits humains qui se commettent tous les jours contre les individus et contre ce(ux) qui tente(nt) de s'organiser pour proposer des alternatives de vie aux systèmes criminogènes actuels. Le choix n'est pas entre le capitalisme d'ici ou d'ailleurs, la tyrannie de tel ou tel autre pays. Le choix est de se placer résolument en être humain, soucieux du bien-être de tous. Et c'est un choix quotidien, qui ne se satisfait pas des urnes. Surtout quand elles sont aussi pipées que dans ce qu'on appelle improprement des « démocraties » alors que la médiocrité remplace le pouvoir souverain du peuple par le peuple lui-même. Au fait vous avez lu la protestation contre la non reconduction de sa carte de journaliste à Ursula Gauthier, correspondante du Nouvel Obs en Chine ?... C'est un sous-fifre qui l'a signée, en date du dernier jour de l'année dernière. Nous avons là toute l'étendue du pseudo-courage de la diplomatie de nos pays.

Jean-Jacques M’µ

 

 

6 000 manifestants pour les éditeurs enlevés © Keistone 6 000 manifestants pour les éditeurs enlevés © Keistone

http://www.hebdo.ch/news/politique/manifestation-suite-%C3%A0-la-disparition-d%C3%A9diteurs-%C3%A0-hong-kong

 

Ursula Gauthier escamote la réalité d’un terrorisme ouïgour. Les autorités chinoises, en butte à une minorité de Ouïgours musulmans contaminés par les propagandistes d’Al Qaida à travers leurs centaines de kilomètres de frontière poreuse avec le Pakistan (et une autre, plus courte, avec l’Afghanistan) doivent faire face à un terrorisme réel, sanglant, appuyé depuis l’étranger. Les USA déploient (financent), via la National Endowment for Democracy (NED) plusieurs programmes en direction du Xinjiang (comme en direction du Tibet d’ailleurs, ces deux régions voisines étant chacune un talon d’Achille de la Chine). La plupart des figures historiques de la CIA ont siégé un jour ou l’autre au Conseil d’administration ou à la direction de la NED, dont John Negroponte, nommé ensuite ambassadeur en Irak occupé, puis, de retour aux USA, big chief de tous les services de renseignements US (à ce titre, c’est lui qui avait la charge de nommer le directeur de la CIA).

  • La responsabilité d’un commando ouïgour est établie dans l’attaque d’un poste de police le 4 août 2008 au moment des jeux Olympiques de Pékin dans le Xinjiang : 16 morts.
  •  Le 28 octobre 2013, un commando ouïgour commet un attentat sur la place Tian’anmen à Pékin : 5 morts et 40 blessés.
  • Le 1er mars 2014, un commando ouïgour commet un attentat à la gare de Kunming, capitale du Yunnan : 29 tués au couteau et 130 blessés.
  • Le 18 septembre 2015 donc, c’est l’assassinat d’une cinquantaine de mineurs.

Maxime Vivas dans Le Grand Soir, 30 décembre 2015 : http://www.legrandsoir.info/pourquoi-ursula-gauthier-de-l-obs-a-du-quitter-la-chine-et-pourquoi-on-s-en-f.html

 

HONG KONG (AFP) - L'affaire Edward Snowden, cet ancien consultant qui a révélé des programmes de surveillance massive des communications aux Etats-Unis, met à l'épreuve les relations entre Pékin et Hong Kong, petit territoire chinois jaloux de son autonomie et de ses libertés civiques.

En se réfugiant à Hong Kong où il entend s'opposer farouchement à toute tentative d'extradition vers les Etats-Unis, le jeune Américain de 29 ans se lance comme un chien dans un jeu de quilles chinois et place la mégapole financière en position délicate: est-elle ou non capable d'agir dans l'interférence de Pékin ?

L'OBS 17 juin 2013 : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130617.AFP6483/affaire-snowden-les-relations-entre-pekin-et-hong-kong-mises-a-l-epreuve.html

 

Si l'enlèvement de Lee Bo se vérifiait, « cela serait le signe fort que le gouvernement central ne veut plus rien tolérer qui puisse le mettre dans l'embarras », analyse le député prodémocratie Kwok Ka-ki. Certaines librairies ont déjà si peur qu'elles retirent les livres des rayons. Par exemple, les magasins de la chaîne Page One ont déjà passé par pertes et profits des ouvrages politiques controversés. « Nous ne les vendons plus. On en a reçu l'ordre », explique une source au sein de Page One.

(Le Télégramme - Le 6 janvier 2016 : http://www.letelegramme.fr/monde/hong-kong-pekin-effraie-les-libraires-08-01-2016-10911782.php)

 

VIDEO - Cinq éditeurs de Hong Kong mystérieusement disparus, Pékin soupçonné d’enlèvements politiques 

Pékin a-t-il fait enlever cinq éditeurs de Hong Kong ? C’est ce qu’affirme en tout cas le député prodémocratie Albert Ho, après la disparition de Lee Bo, 65 ans. Le co-propriétaire de « Causeway Bay Books » et de Mighty Current, une maison d'édition connue pour ses publications critiques à l’égard du régime chinois, n’est pas rentré chez lui le 30 décembre dernier. Après avoir signalé sa disparition aux autorités, Sophie Choi, son épouse a demandé à la police « d’annuler son signalement ». Alors qu'elle s'étonnait il y a quelques jours encore que son mari lui passe un coup de fil en mandarin pour l'avertir qu'il "aidait à une enquête", elle affirme désormais que ce dernier s'est rendu volontairement en Chine pour régler "une affaire urgente". Le résultat de pressions exercées par Pékin sur les familles selon Amnesty International.

(Florence Morin, Le Petit Journal du 6 janvier 2016 : http://www.lepetitjournal.com/hong-kong/accueil/actualite/234489-video-cinq-editeurs-de-hong-kong-mysterieusement-disparus-pekin-soupconne)

 

Gui Minhai n’est pourtant pas le premier éditeur venu. Il a bâti une confortable fortune en publiant plus de 200 livres qui évoquent essentiellement la vie privée des dignitaires du régime chinois. Ces ouvrages connaissent un véritable succès auprès des touristes chinois qui se rendent à Hong Kong, souligne le “New York Times”. L’un de ces livres s’intéresse, par exemple, à la vie sexuelle “débridée” de Bo Xilai, la star déchue du Parti communiste qui a été condamnée à la prison à vie pour “corruption et abus de pouvoir” en 2013. Un autre s’en prend à Zhou Yongkang, l’ancien tout puissant ministre de l’Intérieur qui, à son tour, est tombé en disgrâce l’an dernier.

(Sébastian Seibt dans : http://www.france24.com/fr/20160105-hong-kong-disparition-editeur-mighty-current-librairie-causeway-books-chine-)

 

La disparition et le probable enlèvement de Lee Bo, 65 ans, sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Quatre autres figures du monde de l’édition se sont volatilisées dans la nature depuis le mois d’octobre à Hongkong. Une étrange malédiction semble frapper tous ceux qui publient ou s’apprêtent à publier des ouvrages critiques sur le régime de Pékin. Les Hongkongais sont persuadés que les services secrets chinois sont derrière ces disparitions. Les derniers événements semblent leur donner raison. L’épouse de Lee Bo, qui avait donné l’alerte et sollicité l’aide de la police pour retrouver son mari disparu, s’est soudainement ravisée. Le 5 janvier, elle a demandé à la police «d’annuler son signalement» pour disparition inquiétante. Elle assure que son mari se trouve en Chine «de son plein gré», pour «s’occuper d’une affaire urgente».

Pressions

(Alain Jourdan : Tribune de Genève, 6 janvier 2016 : http://www.tdg.ch/monde/editeurs-enleves-hongkong-soupconne-pekin/story/31615321)

 

Mainmise grandissante de Pékin

 

Cette affaire survient dans un contexte de craintes accrues pour les libertés dans l’ancienne colonie britannique revenue dans le giron de la Chine en 1997. « Je suis très préoccupé, comme l’ensemble des ministères concernés », a déclaré Leung Chun-ying à la presse. « Le gouvernement se sent très concerné par la sécurité et les droits des habitants de Hongkong », a ajouté le chef de l’exécutif, soulignant que la liberté de la presse, d’édition et d’expression était protégée par la loi hongkongaise. « Seuls les services de sécurité hongkongais ont le droit de faire respecter la loi à Hongkong », a-t-il ajouté.

(non signé, en date du 4 janvier 2016 :  http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/01/04/hongkong-mysterieuse-disparition-de-cinq-employes-de-l-edition_4841270_3216.html)

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.