Deux évènements marquent ce premier tour des élections législatives et conditionnent l’analyse que l’on peut faire de l’ensemble des résultats obtenus par les formations politiques et leurs candidats.
- L’abstention atteint un record avec 42.77%.
- Une présidentialisation de la vie politique Française au détriment du parlement national.
Le référendum sur le quinquennat présidentiel qui avait été adopté le 24 septembre 2000 par 73% de oui Mais avec une abstention record, 70%, a bouleversé la vie politique Française en profondeur.
Le couplage élection présidentielle puis élections législatives a institutionnalisé un présidentialisme au détriment du parlement national.
Les conséquences électorales ont été en premier lieu une explosion de l’abstention aux élections législatives.
En 2002 l’abstention s’élevait à 35.58%, en 2007 à 39.54% et en 2012 à 42.77% soit une progression de 7.19 points en 10 ans.
Les médias, les sondages ont accompagné ce présidentialisme, les électeurs étant « dirigés » vers la seule élection importante et déterminante : l’élection présidentielle.
Les élections législatives sont devenues secondaires pour une majorité d électeurs au sens où « le vrai choix » se fait lors de l’élection présidentielle.
L’abstention progressive et continue depuis 10 ans aux élections législatives liée à ce présidentialisme institutionnalisé, a eu pour conséquence une bipolarisation autour du choix « il faut donner une majorité au président nouvellement élu » et ou « une opposition à la future majorité parlementaire ».
Le mode de scrutin où les députés sont élus au suffrage universel direct, au scrutin uninominal majoritaire à deux tours accompagne cette bipolarisation de la vie politique : on vote au premier tour pour celle ou celui dont « ont dit » qu’il sera qualifié pour le second tour et qui représente la future majorité du nouveau président ou l’opposition lié à l’ancien président.
Les conséquences de ce bouleversement institutionnel sont un affaiblissement considérable de la vie démocratique dans notre pays et de la représentation politique.
Le PS et l’UMP totalisent 56,47% des suffrages exprimés, mais ils devraient obtenir 92% des sièges dans la future assemblée nationale.
Le nombre de sièges obtenus a l’issue du second tour de scrutin ne reflètera donc absolument pas le rapport des forces politiques réel, ni une adhésion au programme de la future majorité.
Ce que nous pouvons tirer comme enseignements principaux des résultats du premier tour des élections législatives sont les suivants :
- Il n’y a pas eu du tout de vague rose. Le PS progresse de 5.4 points par rapport à 2007. Le front de gauche de 2.62 points.
- L’UMP perd 12.49 sur 2007 (élection de Nicolas Sarkozy) et 6.18 par rapport à 2002.
- Le FN progresse de 9.31 par rapport à 2007 où son électorat avait voté pour Sarkozy, mais seulement 2.26 par rapport à 2002. On peut vérifier à la lecture des évolutions des résultats de l’UMP et du FN, combien les appels à la recomposition politique entre la droite populaire et le FN de marine le Pen sont dangereux car possibles.
D’autre part, la progression du PS est à mettre en parallèle avec l’effondrement du MODEM succédant à l’appel de François Bayrou à voter pour François Hollande. Une recomposition politique PS/ centre est toujours à l’ordre du jour ( appel de Jean-Luc Bennahmias) ce qui implique de stopper le front de gauche…
Une action politique urgente s’impose pour toutes celles et ceux qui aspirent à changer la société par une implication toujours plus grande des citoyens dans tous les lieux de pouvoirs et de décisions : débattre et agir en lien avec les préoccupations populaires de la nécessité d’une 6è république.
C’est une question politique majeure qui doit être au cœur de nos réflexions et actions avec nos concitoyens dans les semaines à venir.
Jean pierre Pinon
Animateur du serment des amis du front de gauche et de Jean-Luc Mélenchon.