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Billet de blog 15 sept. 2012

Adresse aux ressortissants de mon pays et à la gauche qui se déchire devant la situation en Syrie

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© InfoDeLaSyrie2011
La ville et les sanguinaires, bain de sang à Homs, acrylique sur papier, 55 X 50 cm, juillet 2011 © Ibrahim Jalal

Moi, Jean-Jacques Masot-Urpi, citoyen, je constate qu’aucun régime en place n’a jamais permis en son sein l’auto-organisation de sa propre société civile.

Je considère que la répression sanglante qui s’abat depuis 18 mois en Syrie contre les manifestants pacifiques et les bombardements du régime baassiste contre son propre peuple sont de la même nature que les grands massacres de l’histoire des peuples : – contre les soviets anarchistes de Cronstadt en 1921, et au-delà avec les purges staliniennes ; – contre les républicains espagnols en 1936-1939 et au-delà avec le franquisme ; – contre les socialistes chiliens en 1973 et au-delà durant la période Pinochet ; – contre les Sahraouis au Maroc et au-delà au Sahara Occidental de nos jours encore… – et, de nos jours encore, contre les syndicalistes en Colombie et au-delà contre les populations natives d’Amérique jusqu’à nos jours – contre les paysans du Chiapas au Mexique, contre les indigènes de Cajamarca au Pérou, contre les Indiens Mapuches au Chili, contre les Yanomamis au Brésil, contre les Guaranis au Paraguay... et contre les femmes en Amérique centrale !... Sans oublier : contre les enfants enrôlés soldats de force dans certains pays d’Afrique, ou esclavagisés dans d’autres pays en Asie.

C’est dans le même état d’esprit d’anéantissement des peuples que les Nations Unies n’ont toujours pas reconnu leur souveraineté aux Kurdes, aux Arméniens, aux Tamouls, aux Kosovars, aux Tibétains, aux Rroms...  Et la marginalisation des populations relève de cette terrifiante logique de privation des droits humains où, en Europe, l’exemple de la Grèce est en train de révéler ce que toutes les nations du monde préparent contre leurs propres populations : – (1°) d’abord stigmatiser les étrangers par des lois xénophobes qui les interdisent de droits, et les déclarent hors-la-loi, pour mieux les poursuivre et les expulser en toute légalité, en toute impunité en dépit des droits humains ; – et (2°) ensuite asservir la population obligée de travailler à moindre coût au seul bénéfice des pouvoirs financiers. Pendant qu’ils précarisent, appauvrissent et asservissent leurs peuples, les États polluent l’air, l’eau et la terre, et surarment leurs systèmes de surveillance et de défense pour en faire des instruments de contrôle et d’élimination des populations. Que l’on en soit conscients ou non, nous sommes tous aujourd’hui en très grand danger avec le nucléaire, le gaz de schiste, l’agriculture intensive, les organismes génétiquement modifiés, la grande distribution... En nous isolant individuellement, coupés de ressources propres, obligés de consommer à travers la monnaie, nous sommes chacun livrés à nos nations, qui, elles, parce qu'elles sont essentiellement policières et militaires, renforcent en les perfectionnant très rapidement leurs systèmes oppressifs et tout leur arsenal répressif.

Et c’est à ce régime de très haute surveillance que les populations arabes étaient soumises, notamment depuis deux générations en Syrie avec le père de Bachar Al-Assad...

Ainsi, hors de chez nous, mais tout comme nous, des êtres se sont soulevés, qui veulent vivre de leurs ressources, sous un toit, avec ceux qu’ils aiment et qu’ils peuvent soigner, éduquer et cultiver, et, en réponse, les régimes utilisent leurs polices pour les réprimer, torturer leurs enfants, emprisonner leurs jeunesses, asservir les plus démunis. La libre circulation des personnes et des idées est pourtant garantie par les articles 9 à 20 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 que nos pays ont signée et... que les accords de Schengen de 1985 et 1990 ont restreinte à l’espace européen sous des prétextes commerciaux et de sécurité internationale, fermant de la sorte les frontières au reste du monde(*). Alors que rôle des États est bien, constitionnellement, d’assurer l’équilibre et le bien-être de chaque personne née dans leur sol, c’est pourtant ce que refusent de prendre en considération les institutions qui dirigent nos pays. Les massacres que nous laissons autoriser nous menacent tous. En Syrie, depuis la mi-mars 2011, voilà 18 mois que la troupe tirait et tuait des manifestants pacifiques et sans armes. Voilà 18 mois que nous nous laissons dire que ces massacres quotidiens des populations ne seraient que des guerres civiles ou religieuses.

Nous laisserons-nous tromper longtemps encore ?

Avant de s’inquiéter même des profits futurs éventuels des intérêts extérieurs, n’avons-nous pas davantage intérêt à ne plus perdre de temps pour prendre conscience des causes communes qui nous solidarisent avec les peuples persécutés qui tiennent dans des conditions de survie extrêmes !...

Protéger la très grande majorité d’individus, de familles et d’enfants dans leur propre terre, ça part d’une prise de conscience. Chacun, en soi, mais pas que pour soi. Personne ne peut rien tout seul. La prise de conscience est collective à tous les sens de ce mot : qui rassemble les forces en une seule masse potentiellement puissante, et qui acte en commun les envies, les colères, les intérêts de chacun à l’intérieur de ces groupes.

Aujourd’hui plus que jamais, soutenir ensemble les forces vives de propositions en Syrie contre les systèmes mortifères et meurtriers, c’est une urgence qui nous place tous, de fait, aux côtés de ceux qui préservent la vie. Sinon notre indifférence, en les laissant tuer, tuera les derniers espoirs d’une réelle démocratie maintenant dans le monde. Notre nombre sera décisif, et historique.

En conséquence, je refuse d’abandonner nos semblables en danger de mort parce qu’ils ne font que défendre des formes de démocratie ouvertes à tous, hommes et femmes, toutes croyances et toutes opinions confondues. Je mesure les risques de la répression et du silence des nations.

Je me tiens donc prêt à accompagner un convoi pacifique, rempli de vivres, de couvertures, de vêtements et de médicaments à destination des villes saccagées de Syrie.

J’appelle la communauté à soutenir les peuples en danger, à travers ce cheminement pour la vie à destination de la Syrie, et de se déprendre des propagandes complotistes qui renvoient dos-à-dos les responsables des tueries et leurs victimes alors que celles-ci ne font que résister avec les maigres moyens à leur disposition.

J’appelle au soutien immédiat toute personne et toute organisation qui reconnaît la légitimité de la résistance des habitants et des citoyens syriens : par des dons en nature et en argent, par des actions concrètes, par la diffusion des messages de paix, par l’information des réalités sur place. Ils sont nos semblables. Leurs réussites et leurs échecs importent à la poursuite de nos propres existences. Serons-nous dociles et passifs pendant que sont massacrés des gens qui revendiquent les mêmes droits que nous défendons ?.. Si spécifiques que soient leurs luttes, elles ressemblent à notre propre volonté de vivre libres et solidaires ensemble, avec nos différences.

Je me tiens prêt à ma modeste mesure pour écouter les besoins qui sont exprimés. En tant qu’éditeur d’ABC’éditions, je collecterai à des fins de publication sur la Toile et sous forme de livre multilingue tout texte récent d’origine arabe dénonçant les propagandes : poésies, théâtre, témoignages, analyses...

Je réclame que les autorités internationales compétentes mettent tout en œuvre pour arrêter au plus tôt les responsables des massacres des populations civiles et les juger aux motifs de leurs crimes contre l’humanité.

Jean-Jacques M’µ

(*) Droits de l’homme et Humanité. En Égypte, à Haggana, banlieue du Caire, un million de personnes sont abandonnées dans un tel dénuement qu’elles ne peuvent pas même déclarer les naissances à l’État civil qui est un service payant dans ce pays : un million de sans droits, sans aucune existence légale !... Rebuts de l’humanité !... Ainsi, dans le monde, dans tous les pays, comme en France avec les Rroms, d’innombrables couches de population vivent au quotidien l’humiliation et le désespoir, en survivant à toutes les violences avec des situations aussi désastreuses qu’au sein des fameuses favelas au Brésil.

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Appel à la constitution d’un collectif de secours à la population syrienne

à la fête de l’Humanité - (عيد الإنسانية)
Stand de la Syrie - Association de Souria Houria (Syrie Liberté)
20, Avenue Hô CHI MINH
VILLAGE DU MONDE

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