Ne nous laissons pas piéger par les mots. PEUPLE ou POPULAIRE sont des mots qui renvoient à la collectivité de gens pourtant très divers. En se réclamant du peuple, des militants pourtant sincères croient pouvoir parler au nom de tous ou encore défendre l'intérêt de tous. Or, ce terme de peuple ne peut se résoudre à quelque singulier qui soit, car le peuple est tout sauf unique ; il est composé de toutes sortes de gens qu'aucun inventaire ne saurait réduire jamais.
Non seulement, dans le peuple, il y a aussi bien des gens populistes que des gens populaires ou des gens impopulaires, mais, de plus, aucun peuple ne saurait rester figé : l'individu populiste d'un temps peut évoluer, et inversement pour toute autre personne, parce qu'inévitablement avec l'âge chacun se transforme, qu'on le veuille ou non, en provoquant d'incalculables incidences sur nos entourages respectifs. S'il était possible d'arrêter en une photo le moment où l'on dirait « Tel peuple est riche (ou pauvre), tel autre est jeune (ou vieux), etc. » celà ne vaudrait que pour un moment. Et ce même moment pourrait tout aussi bien, d'ailleurs, donner lieu à une infinité d'interprétations diverses selon différents points de vue.
Qu'un parti ou une personne dise ce mot de "peuple" en le restreignant à une entité, c'est un abus de langage. Bien sûr, une langue ou une monnaie peuvent spécifier une des caractéristiques principales d'un peuple, oui, mais... utilise-t-on cette langue et cette monnaie tous de la même façon ? – non !... avec les mêmes valeurs ? – non !...pour les mêmes utilisations ? – non, non, non, certainement pas.
Qu'on se souvienne : il y a à peine un an, le mouvement qui s'est rétrospectivement fait appeler « des Indignés » lançait en Espagne cette déclaration :
- Nous sommes des personnes simples et ordinaires. Nous sommes comme toi. Des gens qui se lèvent chaque matin pour étudier, pour travailler ou pour chercher du boulot ; des gens qui ont une famille et des amis. Des gens qui travaillent dur tous les jours pour vivre et offrir un meilleur futur à ceux qui les entourent. Parmi nous, certains se considèrent progressistes, d'autres plutôt conservatreurs, conservatrices, certains croyants, d'autres pas, certains ont des idéologies affirmées, d'autres sont apolitiques. Mais nous sommes tous préoccupé,e,s et indigné,e,s par la situation politique, économique et sociale actuelle...
Ce n'était pas pour qu'un parti récupère une telle variété. Même si l'inverse a eu lieu : ce thème de l'ordinaire aura influencé la fameuse “normalité” du candidat Hollande dans un QG de campagne à 40 000 € par mois dans le 7e arrondissement, et nous pouvons en dire autant des slogans sur l'humain d'abord, ou de la revendication d'une Constituante populaire, etc.
Pourtant, si sympathiques que puissent être le Front de Gauche, le NPA, LO et leurs militants, ni eux ni personne ne peuvent prétendre parler au nom du peuple, dont ils ne sont qu'une des formes de proposition, à prendre en considération bien entendu, mais non exclusive de toutes les autres formes. Pas plus que chacun de nous, ils ne peuvent dire représenter l'intérêt du peuple entier, car le peuple est multiforme, on n'en peut saisir que des tendances globales dont il faut admettre que les populistes sont aussi. Le parti "socialiste" n'est pas plus le socialisme que le parti populaire espagnol n'est populaire ou le front de gauche la gauche entière. D'ailleurs, le Parti Pirate n'est pas plus pirate que vous et moi.
Il ne faut pas réduire les mots aux qualificatifs que s'arrogent les communiquants.
Les partis ont à mettre en œuvre les conditions légales pour satisfaire aux besoins légitimes du plus grand nombre dans le souci constant du bien commun de tous et non de l'intérêt de quelques-uns, c'est la tâche des partis, des syndicats, des organisations et des associations d'idées. Mais qu'on ne s'y laisse pas tromper : à chacun, chacune sa liberté personnelle, de dire et de faire autrement que la majorité (si la majorité du peuple adore consommer ou manifester ou aller au cinéma ou regarder la télé, c'est le droit de chacun, et chacun peut ne pas nécessairement se mettre en conformité avec les modes de vivre de la majorité. Faire partie d'une minorité, c'est aussi être du peuple, une autre part du peuple !...)
Le peuple souverain est la décision majoritaire, autonome et libre, prise en toute connaissance de cause au terme d'une consultation de grande ampleur, jusqu'à présent circonscrite aux frontières des nations... Si le peuple souverain avance, c'est contre n'importe quelle tyrannie... y compris celles instituées fallacieusement, au nom du "peuple" !...
Jean-Jacques M’µ