Intox, pressions et manipulations

Il est important de bien cerner en les distinguant chacun des énoncés que nous entendons, que nous formulons ou que nous divulguons.

L'INTOX
C'est une information fausse (en langage informatique on dit aussi « HOAX »). Dire par exemple que les auteurs des attentats seraient des fanatiques religieux est une intox. Nous savons très peu de choses sur les tueurs et leurs commanditaires. À peine sait-on que ce sont des gens armés, au service d'une puissance dont le moteur de rassemblement est essentiellement religieux et dogmatique. Certains tueurs du massacre du vendredi 13 novembre n'avaient rien de religieux. Prétendre qu'ils seraient islamistes est bien au-delà des certitudes policières en cours.

D'autre part, rien ne préjuge avec certitude de leurs réelles intentions, car s'ils avaient vraiment voulu faire des carnages, les assassins avec le matériel trouvé sur eux auraient pu dézinguer facilement parmi les 80 000 personnes rassemblées au Stade de France ce soir-là. S'ils ne l'ont pas fait c'est que leurs objectifs étaient autres que les objectifs religieux, non ?... En tout cas, bien plus en relation avec la population en terrasse ailleurs, notamment dans le 11e arrondissement... Bref, ces simples faits éloignent toute perspective de terroristes fanatiques ou religieux, c'est une tout autre nature qui les guide, de tout autre ordre que celui de la religion et du fanatique.

Maintenant, nous n'en sommes qu'aux suppositions, et rien rien rien ne permet d'affirmer sérieusement une telle contre-vérité, un tel contre-sens. Les dirigeants du pays s'accordent par cette pirouette le droit de rendre militaire ce qui vraisemblablement n'est que d'ordre policier. C'est aussi que ce tour de passe-passe trompant notre vigilance intellectuelle leur permet ainsi de nous mettre tous sous surveillance avec notre propre consentement. Voilà pourquoi ils nous rendent infantiles et muets.

 © http://www.metronews.fr/info/intox-rumeurs-fakes-attention-aux-fausses-infos-qui-circulent-sur-internet-apres-les-attentats-de-p © http://www.metronews.fr/info/intox-rumeurs-fakes-attention-aux-fausses-infos-qui-circulent-sur-internet-apres-les-attentats-de-p


Se dire « EN GUERRE » quand on a des charges gouvernementales et étatiques, c'est une intox, au moins au sens juridique, puisqu'il n'y a aucun réel État reconnu, en face (sauf à donner à Daesh une reconnaissance de fait mettant à mal toutes les postures diplomatiques actuellement en cours à l'ONU), d'une part, et, d'autre part, il faut noter avec les meilleurs juristes du pays que l'impression personnelle de chacun de nous à se sentir effectivement attaqué par des puissances qui nous dépassent, ce ne peut pas être une parole institutionnelle, ce doit rester de l'ordre de la déclaration personnelle, morale, individuelle, qui a le droit d'être partisane, mais c'est une déclaration univoque, à sens unique, qui outrepasse bien largement le rôle et les attributions que notre Constitution attribue aux représentants de la nation française sensés représenter le peuple.


PRESSION
C'est un chantage indirect.
Souvent basé sur la volonté d'appartenance sociale de chacun pour son groupe, c'est une intimidation implicite, qui ne dit pas son nom, mais culpabilise et inquiète, où l'autorité menace de rompre des liens si vous ne lui prêtez pas allégeance sur des données émotionnelles, affectives, morales, subjectives et non fondées, ni en droit ni dans les faits, même les plus avérés...
Exemple : les projets gouvernementaux de renforcement des mesures de l'état d'urgence préconisent la dissolution des associations soupçonnées « d'atteintes graves à l'ordre public ». Ces notions restant volontairement vagues, elles sont laissées à l'appréciation du légiste de l'état d'exception. Bonjour l'ambiance dans les associations, maintenant, quand on va demander à Tel ou Tel Autre de démissionner de son poste pour ne pas mettre la structure en délicatesse avec les décisions préfectorales qui, déjà passablement imprévisibles, se trouvent soudain dotées des pleins pouvoirs avec l'établissement de l'état d'urgence.

 © .gouv.fr © .gouv.fr

 

 

Conclusion : Le climat de peur est ainsi institué de fait par les pouvoirs eux-mêmes qui prétendent pourtant à qui leur accordent encore crédit vouloir « défendre et protéger nos libertés fondamentales » (sic).

 

LA MANIPULATION
C'est l'information (vraie) qui ne vous est donnée que pour ne vous donner aucun autre choix que de faire quoi qu'il en soit le jeu de ceux qui décident à votre place en tirant toutes les ficelles d'un jeu largement institué par eux-mêmes.

Premier exemple de manipulation. (mois d'août 2014) Laisser sans protection des journalistes menacés de fatwa + relâcher la surveillance de suspects de terrorisme => massacres de cux-là par ceux-ci le 7 janvier 2015. Et 4 millions de personnes à défiler partout derrière les tyrans de la planète en appelant à la liberté d'expression, la belle affaire !...

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Deuxième exemple de manipulation. Que les informations gouvernementales nous informent qu'il peut y avoir une attaque chimique est une réalité, ce n'est ni une intox ni une pression, c'est seulement induire un comportement qui le sert dans tous les cas, car il est à la fois porteur et facteur d'angoisse (ou de panique) qui, quoi qu'il en soit, fera inévitablement la fortune des laboratoires militaires du pays.

Une remarque en passant entre gens qui réfléchissent un peu (les autres peuvent ne pas lire, ce n'est pas grave, ça ne changera rien, les jeux sont faits et les dés sont pipés, quoi que nous fassions) :

Le massacre à l'arme a une portée spectaculaire que n'a pas l'attaque chimique (l'EI a largement les moyens de financer de pareilles attaques, si elle ne le fait pas, c'est tout simplement qu'il veut traumatiser les esprits et atteindre les populations civiles en les déroutant, en créant le climat de peur dans lequel le gouvernement entre de plein pied, ce qui fait ses affaires militaro-financières avec l'Arabie saoudite et avec le Qatar pourtant pourvoyeurs de l'EI).

 

Voili voilou voilà... Dire, derrière des personnes bien intentionnées « La plus grande des misères ne vous autorise pas à tuer » est une argutie (écrite avant tout pour les personnes bien pensantes qui liront, car les tueurs et leurs commanditaires se moquent bien de pareils énoncés, tout le monde le sait bien) une déclaration de foi qui cède au victimat ambiant et se joint à la doxa de l'idéologie dominante, dont on sait qu'elle est belligérante, sinon bélliqueuse, en tout cas, encadrée par les propagandes des rédactions de radios, de télés et de journaux appartenant avant tout à Dassault et à Lagardère, à la fois marchands d'armes et grands maîtres des medias. C'est de l'endoctrinement qui ne dit pas son nom derrière les maîtres à penser du moment.

 Il y a aussi NOUS.

Nous, nous qui raisonnons et pensons, qui ressentons. Et il se trouve que parfois nous avons de l'empathie (émotion pour n'importe qui dans des situations semblables) et parfois nous éprouvons de l'identification (émotion pour quelqu'un pour lequel nous nous sentons des similitudes : Moi, père, moi mère, moi enfant, etc.). Et il se trouve que l'empathie est très très mal portée de nos jours pour n'importe qui, les étrangers, les roms, ceux qu'on appelle improprement les gens du voyage, les nomades, les sans domiciles fixes, les migrants, les réfugiés, etc. l'éprouvent hélas tous les jours, il n'y a que très peu d'empathie pour leur sort de la part des populations qui refusent de les insérer, de les inclure dans la cité. Par contre, les propagandes ne cessent de jouer la carte de l'identification : les victimes nous ressemblent, et pas leurs assassins.

Cela dit, je joins ci après des informations tout à fait fiables dont je crains fort qu'elles n'auront aucune portée tant l'hystérie collective se retranche derrière l'affolement général, la crainte de se sentir stigmatisé, la colère de sentir venir une guerre qu'aucun de nous ne veut, mais qui se fera hors de notre volonté, avec nos ressources et contre nos propres libertés de plus en plus muselées.

Afficher l'image d'origineLa guerre véritable – Un second éditorial
https://lundi.am/La-guerre-veritable
« Communicants et gouvernants, qui ne peuvent plus sérieusement vendre la « sécurité » qu’ils sont si manifestement incapables d’assurer à aucun de leurs sujets, se sont donc jetés sur les derniers massacres parisiens pour refondre leur rhétorique. « Nous sommes en guerre », ne se lassent-ils pas de répéter, avec la légère extase qui accompagne toujours le maniement d’un nouveau jouet. [...] »


Afficher l'image d'origineComment j’ai appris que j’étais fiché « S »
https://paris-luttes.info/comment-j-ai-appris-que-j-etais-4173

« Une fiche S ça n’est pas une preuve. Une fiche S ça peut cibler votre pote supporter de foot ultra, votre ami-e militant-e, votre vendeur de Kebab kurde qui aime bien le PKK...
Une fiche S c’est juste la permanence de l’état policier, c’est juste le résultat d’années de surveillance. »


Afficher l'image d'origine“Les Français doivent se battre contre le projet d’une énième loi antiterroriste”, Giorgio Agamben
http://www.telerama.fr/medias/les-francais-doivent-se-battre-contre-le-projet-d-une-enieme-loi-contre-le-terrorisme-giorgio-agamben,121729.php#td0jse5i3zHsPft3.01

« La France a voté quinze lois antiterroristes depuis 1986, certains appellent déjà de leurs vœux un « Patriot Act à la française », et pourtant, nous n'avons pu empêcher ni Merah, ni les frères Kouachi, ni Coulibaly. Comment expliquer la faillibilité de ces dispositifs... »


Afficher l'image d'origine« Monsieur le Président, vous êtes tombé dans le piège ! »
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/11/16/monsieur-le-president-vous-etes-tombe-dans-le-piege_4810996_3212.html

« Il existe d’autres formes de fermeté que le langage de la guerre. Immédiatement après les attentats en Norvège, le premier ministre Jens Stoltenberg a plaidé dans détours pour « plus de démocratie, plus d’ouverture, plus de participation ». Votre discours fait référence à la liberté. Il aurait aussi pu parler des deux autres valeurs de la République française : l’égalité et la fraternité. Il me semble que nous en avons plus besoin en ce moment que de votre douteuse rhétorique de guerre. »
Traduit du néerlandais par Monique Nagielkopf

 

 

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