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Billet de blog 21 nov. 2014

La répression policière dans tous ses États : Mexique, fRance, Grèce, Espagne, Syrie, Ukraine...

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Place de la république à Paris. Ce 20 novembre, qui célèbre le déclenchement de la révolution de 1910 au Mexique, donne au peuple mexicain l’occasion de dénoncer partout dans le monde ce qu’on finit par appeler le « narco-gouvernement » d’Enrique Peña-Nieto dont plusieurs pétitions réclament la démission intégrale après l’élimination physique des 43 étudiants normaliens d'Ayotzinapa, un scandale de trop depuis 2006, après les 49 enfants morts brûlés à la garderie ABC, les 20 adultes pris dans le piège des flammes dans un casino, les enlèvement des opposants à l'aéroport d'Atenco, les meurtres de journalistes et des militants syndicalistes, ouvriers ou indigènes, les déplacements de populations au Chiapas, les vagues de répressions à Oaxaca, les batailles rangées au Michoacàn, à Veracruz et dans tout l'État de Guerrero, les quelques 25 000 disparus, dont plus des trois quarts sont des femmes, notamment à Ciudad-Juarez, zone frontière avec les États-Unis...

Solidarités sans frontières contre les répressions policières © ABC’éditions Ah Bienvenus Clandestins !

Là-bas, au Mexique, bravant l’interdiction de manifester en ce jour de commémoration, et en dépit de plusieurs dizaines d’arrestations, la foule des gens exaspérés n’a cessé de croître jusqu’à se rendre par milliers place Zócalo devant les portes du palais présidentiel brûler l'effigie géante de leur président.

Ici comme ailleurs, les organismes civils, associations, syndicats, petits partis d’opposition dite de gauche et d’extrême gauche défilent au micro pour réclamer le retrait des ambassadeurs, la rupture de tout échange technico-commercial, la démission des élus convaincus de corruption, et la traduction devant la justice des responsables de tous ces innombrables crimes érigés en véritable système de gouvernement tant la collusion est avérée entre les forces de police et les clans mafieux à tous les niveaux du pays, ce qui incite à se poser quelques questions.

Ceux qui dirigent depuis toujours l’État, en fRance, ont, comme partout ailleurs, toujours renforcé la répression policière au détriment de leurs populations, et, toujours encore, ils ont encouragé de leur complicité active les violences contre les peuples des autres pays 

La grande règle de toutes les règles des États, c’est le refus des autonomies. Pour qui accède au gouvernement, il ne faut surtout permettre aucun mouvement autonome où que ce soit dans le monde. La grande règle de toutes les règles, c’est d’étouffer les exemples qui pourraient proliférer ; il faut aux gouvernements n’autoriser en aucun cas des modèles d’autogestion et d’autosuffisance alimentaire. Il ne manquerait plus que ça : que les populations se passent des institutions !...

Le premier leurre sur lequel reposent les appels c’est dire « démocratie » ou « démocratique » sans jamais définir la nature et le lieu des décisions prises (dans les conseils municipaux, de quartier ou parlementaire ?...à mains levées ou par suffrages anonymes ?...ou bien encore au contraire dans le cercle étroit et secret d’un cabinet fermé qui envoie des circulaires officielles à ses différents corps administratifs ?... .

Le deuxième leurre qui noie les protestations est d’évoquer sous le même nom ce qui peut indiquer confusément aussi bien la direction politique d’une nation dans ses frontières que la complexe variation de toutes ses oppositions populaires (de qui parlent en effet les slogans comme « Mexique = État criminel » côte à côte des slogans qui disent « Le Mexique dit Basta ! » ?...).. Cette confusion terminologique, cet amalgame lexical, cette polyvalence imprécise nuisent gravement à la clarification des discussions.

Le troisième leurre, c’est de vouloir distinguer la violence éclatante manifeste de la violence diffuse non encore déclarée ou manifestée... alors que les moteurs sont les mêmes, ce ne sont là que les degrés différents, les étapes franchies d’une même démarche qui va de l’oppression sourde aux répressions sanglantes. Les sanglantes horreurs perpétrées par les forces armées au Mexique, en Syrie, en Palestine, en Colombie ou en Afghanistan d’un côté, sont le point culminant de la violence nettement plus insidieuse, sourde, diffuse, étouffée, hypocrite, retenue, dont sont témoins nos contemporains du Maroc, d’Israël, d’Espagne, de Grèce et de fRance qui depuis le meurtre de Vital Michalon en 1977 à Creys-Malville, sont aveuglés, sinon sidérés par une presse qui détourne constamment l’attention, privilégie les déclarations officielles et discrédite a priori les victimes ou les opposants, en les traitant d’anarchistes, de terroristes ou de repris de justice.

C’est donc une vaine incantation de lancer LE PEUPLE UNI NE SERA JAMAIS VAINCU tant que les militants ne nous mettront pas en relation directe avec les luttes de chacun des peuples entre eux, ceux du Japon, de l’Ukraine, du Tibet, de Hong Kong, du Sahara occidental, du Kurdistan, de Palestine, d’Irlande, du pays basque, etc. Car nous aurons toutes les chances de défiler un à un devant le peloton d’exécution et se faire éliminer chacun son tour tant que nous ne ferons pas passerelle entre nos semblables Rroms, sans papiers, migrants, réguliers ou pas, indigènes, classes défavorisées, ici ou ailleurs, en dépit de toutes les nuances et les différences de statuts créées par les administrations de nos pays respectifs.

LES PEUPLES UNIS NE SERONT JAMAIS VAINCUS (au pluriel !)

Tant que nous ne ferons pas la relation entre Rémi Fraisse et les blessés par la police lors des manifestations qui ont précédé ou suivi ; tant que nous ne ferons pas la relation entre les centaines de tués en Syrie et les disparus du Mexique ; tant que nous ne mettrons pas en relation les arbitraires policiers contre le Sahara occidental et la colonisation forcée en Palestine par Israël ; tant que nous ne mettrons pas en relation les luttes des autochtones d’Australie, d’Amérique ou d’Afrique et les droits des Rroms à circuler librement et s’installer où ils veulent s’ils le veulent ; tant que nous ne mettrons pas en relation les centres de rétention administrative et les géôles de Guantanamo ; tant que nous ne nous soulèverons pas ensemble, chacun où que nous soyons, contre le pouvoir policier d’en face, nous n’avons à parler ni de démocratie ni de révolution ; tant que nous ne serons pas unis avec les luttes d’autres camarades, sans frontières, nous ne serons que des victimes potentielles, des martyres chair à récits romanesques, lesquels récits feront le fond de commerce des écrits et des films à succès, avec des héros positifs et charismatiques qui feront la fortune d'écrivains et de comédiens protégés plusieurs dizaines d’années après notre disparition violente.

Jean-Jacques M’µ

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