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Billet de blog 23 mai 2012

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Travail et richesses : bien distinguer le particulier du général.

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Idée répandue : « Le travail participe des richesses »

Parce que nos systèmes actuellement en place conditionnent les richesses individuelles au travail personnel, personne ne se rend compte qu'aux niveaux nationaux et internationaux, les PIB (c'est-à-dire les richesses du produit intérieur brut de chaque État) augmentent, même si le nombre de chômeurs augmente. Ce qui veut dire que les richesses (qui devraient être collectives, mais accaparées dans les mains des actionnaires des grandes banques d'affaires) sont entièrement indépendantes de la main d'œuvre. La vison marxiste de la fameuse plus-value du capital est à réactualiser en fonction des données de la mondialisation.

Voici le texte intégral du film. Pour ma part, c'est le tout dernier paragraphe qui vaut la peine d'un débat sociétal. Tout ce qui précède est le recensement des constats et des idées toutes faites sur le travail.

Jean-Jacques M’µ

Le travail : pourquoi ?

Aujourd’hui nous allons aborder la question du travail. Depuis les années 80, on ne cesse de prédire la fin du travail. L’humanité était devenue si productive que les sociologues s’attendaient tous, à voir le temps de travail diminué, jusqu’à disparaître. Pourquoi nous retrouvons-nous dans la situation inverse ? A devoir travailler plus pour gagner plus. Avant tout, qu’est-ce que le travail ? Le travail est un concept moderne issu du productivisme qui fera de notre civilisation la plus travailliste de toute l’histoire de l’humanité. Le mot travail vient du mot latin tribalium, un instrument de torture. Dans l’antiquité le travail était mal considéré et réservé aux pauvres et aux esclaves. Le non travail, l’ossium était quant à lui, vu comme une source de liberté et de bonheur. Au moyen âge l’idéologie chrétienne a inversé les valeurs et fait du travail, un moyen de plaire à Dieu. Malgré la forte soumission au pouvoir, on ne travaillait à l’époque qu’un jour sur 3. C’est avec la révolution industrielle et le développement du capitalisme que l’homme va se mettre à travailler comme jamais auparavant. Produire des richesses devient une finalité en soi. Grâce à la lumière et à la maitrise du temps, on peut enfin travailler en dehors des heures naturelles. Le fordisme, le tellurisme et enfin le toyotisme, les nouvelles organisations du travail, n’ont qu’un objectif : produire plus en abusant de la force humaine couplée à celle de la machine. La productivité explose, les capitaux s’envolent et les travailleurs entrent dans l’ère de la consommation. Alors que le travail était, depuis 10 000 ans, un effort physique ou intellectuel dans le but de répondre à un besoin, il est insidieusement devenu un emploi, c'est-à-dire la soumission d’un individu à un autre, en échange d’argent. Cet argent permet à l’individu d’acheter des objets que d’autres vont produire. Au début, ce fut positif : les pauvres vont soudainement avoir accès à des biens de consommation et les plus riches, gonfler leurs capitaux. La production a continué d’augmenter chaque année et les besoins ont été peu à peu remplacés par des envies. Les quantités produites furent telles que deux solutions étaient possibles : soit diminuer le temps de travail, soit créé une société basée sur la consommation. C’est ce dernier choix que les syndicaux feront. Chacun commence à rêver de vivre dans le luxe, un peu comme son patron. Juste après la guerre, patrons et ouvriers s’accordent sur le pacte social qui veut concilier productivisme, croissance, travail et consommation. En échange d’un certain nombre de droits sociaux. Consommer devient à la fois un mode de vie et la condition même de la survie de l’emploi.

En quoi le travail est-il un problème aujourd’hui ?

Tout d’abord, qui dit travail dit consommation, dit besoin de ressources naturelles. Or, nos ressources ne sont pas éternelles. Il existe une empreinte écologique et sociale que l’occident dépasse largement. Aux USA, elle est dépassée de six fois, ce qui signifie qu’il nous faudrait six planètes pour vivre tous comme eux. Par conséquent, être trop productif c’est prendre dans la bouche des plus pauvres leurs ressources. Or, la croissance nous oblige à toujours être plus productifs chaque année. Non seulement les ressources se font rares mais elles proviennent en majorité de pays éloignés du nôtre. Le productivisme qui se nourrit du travail de chacun, rencontre sa première limite matérielle. Deuxièmement, le travail est une étape primordiale de l’économie matérielle. Elle transforme la nature en produits utilisables. Lors du cycle de vie d’un objet, d’énormes quantités de pollution sont produites, cela va des intrants chimiques de l’agriculture aux conservateurs dans nos aliments, à la déforestation en passant par la pollution pétrolière, la destruction des déchets ou le changement climatique. L’activité humaine crée cette pollution et l’activité c’est notre travail à tous. Ainsi de nombreux boulots au prétexte qu’ils sont économiquement rentables, sont inutiles, voire nuisibles pour la société. Il est tout de même curieux que les secteurs les plus rentables soient aussi les plus critiquables. L’industrie pétrolière par exemple, la publicité, la pornographie, la finance, les médias et l’armement. Alors que l’éducation, la santé, l’aide sociale sont de plus en plus privatisés, englobés par la nécessaire rentabilité. Le développement durable apparait également dans l’incapacité de rendre propre l’ensemble de notre système, car la croissance ne cesse d’accentuer nos problèmes.

Ensuite le travail doit être considéré en termes de pouvoir.

Contre votre travail, vous gagnez un pouvoir d’achat qui vous permet de profiter du travail des autres. Le problème c’est que dans une situation de grande inégalité sociale, le pouvoir d’achat est une manière de soumettre chaque classe sociale à celle au-dessus de soi ; en achetant une télévision, vous utilisez votre pouvoir de faire travailler deux cent personnes à sa fabrication, de la faire parvenir au magasin par avion et livrée à votre domicile par un sous-traitant d’un grand magasin. Tout est jeu de pouvoir à travers différents niveaux hiérarchiques, du plus riche au plus pauvre. L’inégalité sociale est fondamentale dans ce système et doit même être préservée, car plus le fossé entre les riches et les pauvres est grand, plus la soumission des faibles est forte, plus nous devons travailler pour soutenir la pyramide de la consommation. Le pire, c’est que nous n’avons même pas vraiment le choix. Ainsi, un français moyen est à la fois victime et bourreau.

Ensuite, vient la conformité : évidemment il serait si simple de moins travailler, en consommant moins.

C’est ici que la propagande des médias intervient : le matérialisme doit être la norme du bonheur, la seule religion possible. Pas moins de 500 milliards d’euros sont dépensées en campagne publicitaires chaque année, pour créer le manque, là où il n’existe pas. Et ça marche. L’imaginaire collectif est totalement soumis aux envies matérielles, en tout cas, pour bon nombre d’entre nous. Nous existons car nous possédons des choses. La soif de l’or devient le corollaire de cette frénésie consumériste. Evidemment c’est aux uSA qu’est née cette propagande mais grâce à la mondialisation, les médias dominants n’ont pas tardés à s’aligner. Les divers acteurs économiques savent pertinemment que pour perpétuer ce rêve, il faut créer une population docile, dont l’objet premier est celui d’acheter des produits, les leurs. Rappelez-vous de ce bon vieux Picsou, parti de rien, travaillant dur pour devenir le plus puissant, alors que son neveu Donald est exploité pour un salaire misérable. La doctrine capitaliste est enseignée aux enfants, à leur insu. Et ce pauvre Donald, pauvre, obligé de travailler, c’est vous, c’est nous. Nous aspirons tous à atteindre un mode de vie Babylonnien, détachés de la pauvreté, de nos angoisses, des autres humains, voire de la mort elle-même. En réalité, ce rêve tourne court, car le nombre de suicides de dépressions de prises de drogues ou de médicaments est en augmentation constante en occident. Plus les médias amplifient nos envies, plus nous sommes malheureux. Et pourtant, nous nous perpétuons à croire que notre bonheur réside dans la taille de notre compte en banque, dans le nombre de pouces de notre téléviseur ou dans les capacités de nos smart phones… La publicité est un mirage sur un château de cartes, un mirage qui alimente nos fantasmes et dont le pilier, qui nous aliène, est invisible. Cette folie collective qui s’est emparée de nous, nous empêche d’imaginer la vie dans notre société, autrement que par la compétition, la réussite professionnelle et l’accès à l’argent. Même l’éducation est construite selon ce schéma, ceux qui se risquent à en sortir, sont stigmatisés et vus comme des marginaux ou des fainéants. Etonnant de constater que chez les personnes riches, le fait de ne pas travailler est gratifiant. C’est une marque de réussite, de prestige, glorifié à travers les médias. Par contre, vivre proche du revenu de pauvreté, est perçu, à l’inverse, comme avilissant, sale et source de dépendance. Ces perceptions sont en totale contradiction avec la réalité. En effet, les personnes riches sont totalement dépendantes de ce qu’elles consomment, donc de tous les travailleurs, vous et moi, qui créons ce dont ils ont besoin contre rémunération, dans l’espoir de rejoindre à notre tour le top de la pyramide. Le rejet du consumérisme matérialiste est ainsi vu très négativement par la société, car il représente un déni de la société toute entière.

Voyons à présent, comment l’Occident est devenu dépendant de la mondialisation et du travail des plus faibles.

Malgré que nous soyons les plus grands consommateurs de matières premières, nous possédons également la plus grande économie immatérielle. Grace à la mondialisation et au pétrole bon marché, l’économie matérielle s’est délocalisée, au point ou la presque totalité des objets présents dans nos domiciles viennent d’ailleurs, généralement d’Asie. Une grande partie de l’économie du Nord est donc devenue immatérielle. On parle d’une économie d’intelligence ou de service. Certains secteurs de cette économie sont indispensables, comme l’éducation, la santé ou l’aide sociale. D’autres par contre, le sont beaucoup moins. Prenons le cas de Wall Street qui versera quelques 144 milliards de dollars de rémunérations diverses cette année à brasser du vent. Bien sûr, nous produisons encore certains biens matériels chez nous. Il est des secteurs comme l’agriculture dont le rôle est vital pour la survie de l’humanité, sont en crise et résistent mal à la concurrence mondiale. De plus, les métiers manuels sont très mal perçus en société, les paysans sont vus comme stupides, sales, arriérés. L’économie immatérielle, quant à elle, ne cesse de croître au fur et à mesure que les villes se remplissent. Ce qui accentue nos dépendances invisibles vis-à-vis du reste du monde productif. Ainsi, une quantité faramineuse d’emplois ne servent strictement à rien, si ce n’est à perpétuer le système lui-même et à combler un chômage potentiellement astronomique. Malheureusement la population ignore souvent à quel point sa survie est dépendante des autres secteurs très éloignés, trop éloignés. En île de France la dépendance alimentaire est 4 jours seulement. En cas de pénurie de pétrole, par exemple, ce qui est envisageable d’ici 40 ans et sans énergie pour le remplacer, tous les transports aériens et motorisés seront bloqués et toutes les grandes villes seraient plongées soudainement dans l’anarchie, faute de nourriture, faute de pouvoir se déplacer. Les néo libéraux estiment que l’homme survivra, par un effort soudain d’adaptation ou par l’apparition miraculeuse d’une technologie. Mais pourquoi attendre d’être au pied du mur ? L’économie et la production de biens de nécessités doit indéniablement se relocaliser, afin que chaque zone géographique puisse acquérir sa souveraineté alimentaire. Enfin nous savons également que l’argent est créé à partir d’une dette envers du capital. Vous pensiez que les banques prêtaient de l’argent des petits épargnants ? Grave erreur. A partir d’un euro réel, les banques peuvent distribuer plusieurs milliers d’euros, sous forme de dette. Et d’où vient votre salaire ? De cette dette ou d’un capital privé. Pour combler la dette et l’intérêt de celle-ci, tous les agents économiques doivent être en compétition, croître sans cesse et in fine engendrer d’avantage d’argent dette pour résorber la dette existante. Il faut travailler plus pour gagner plus mais surtout pour empêcher la faillite totale du système. C’est une course sans fin savamment orchestrée pour enfermer les hommes dans le cycle travail/consommation. Lors d’une catastrophe, comme le tremblement de terre en Haïti, il s’est passé la même chose. La banque mondiale a prêté des centaines de millions, le pays s’est endetté, les entreprises étrangères se sont installées et la population locale travaille pour rembourser la dette. Le tout est possible grâce à la croissance économique ininterrompue et à la confiance des acteurs en cette croissance. Or, mathématiquement et matériellement, la croissance sans limite est impossible : premièrement, car nous sommes dépendants de la terre et de ses ressources, deuxièmement : car l’homme ne peut pas être pressé indéfiniment et troisièmement, car la croissance tend vers l’infini, ce qui la rend de plus en plus insoutenable chaque année. Concrètement, le développement des pays du Sud se fait par leur endettement vis-à-vis du Nord, obligeant ainsi les pays émergeants à adopter l’économie occidentale tout en exploitant leurs ressources au bénéfice de l’occident. C’est une manière d’acquérir des ressources par la ruse, sans recourir à la violence. Or, nous savons qu’il est strictement impossible que ces pays consomment comme nous sans une baisse de consommation volontaire ou forcée, de notre part. La Chine est d’ailleurs l’un des rares pays du Sud à envisager ce problème. Le pays dépense des fortunes pour l’achat de terrains en Afrique afin d’y produire de la nourriture qu’elle puisse importer plus tard. Cette pratique démontre que pour atteindre un niveau de vie occidental un pays doit nécessairement exploiter la force de travail et les ressources d’autres peuples. Cette situation est paradoxale, car seule une poignée d’individus profitent réellement de la situation. Chez nous, non seulement notre mode de vie nous endette envers des institutions financières invisibles mais nos chefs d’état sont forcés de se soumettre à elles, en adoptant des politiques d’austérité. La société de consommation ne fait que renforcer notre endettement, notre soumission au travail, notre dépendance aux ressources du Sud et par la même occasion, la crise écologique et sanitaire.

Comment arrivent-ils à vous convaincre de travailler plus ?

Alors qu’en deux semaines à peine, un homme produit autant de richesses aujourd’hui que pendant toute l’année 1900. nous savons également que dans les sociétés primitives, deux jours par semaine suffisaient à offrir un toit, à manger et à répondre aux besoins de la communauté. Sans glorifier le passé, imaginez ce qui serait possible avec nos techniques modernes, des milliers de fois plus productives. Grace aux nouvelles technologies, aux gains de productivité et à l’effort collectif, nous aurions du évoluer naturellement vers une société moins travailleuse, axée sur le partage de ce qui est produit en surplus par une réduction générale du temps de travail. Se libérer du travail, ce que nous appelons le chômage, était une fatalité. Un aboutissement de l’évolution. nous en avons fait un tabou. Comme ce fut le cas tout au long de l’histoire humaine, un système en remplace un autre quand il atteint ses limites. Ce dont nous avons besoin ce n’est pas seulement d’une révolution économique mais également d’une révolution psychologique, d’un basculement des valeurs qui mènera à un changement de paradigme vers une société où l’égalité prendra un sens réel. Cela ne signifie pas que le travail va cesser d’exister. Une société sans activité ne peut pas être viable. Nous avons besoin localement d’une activité humaine mais qui ne soit pas basée sur l’endettement. La croissance a tout pris ou le consumérisme. L’activité humaine, est essentielle mais il semble évident qu’une partie de cette activité aujourd’hui est contreproductive en raison de la pression sociale et environnementale qu’elle occasionne. S’il y a une leçon à retenir de cette histoire, c’est de ne pas stigmatiser les individus en marge de la société de consommation, comme les pauvres ou les inactifs, car pragmatiquement, leur impact social et environnemental est bien moindre qu’un consommateur lambda. Il faut aussi comprendre que pour chaque emploi inutile ou nuisible que nous exerçons, c’est la collectivité qui en supporte le coût indirect. Les modes de vie simples et locaux, collectifs ou non ne doivent pas être stigmatisés, car nous savons désormais, qu’être trop productifs, n’est pas synonyme de bonheur et que la fin du pétrole va de toute manière ralentir et relocaliser notre existence. La société de demain devra prendre en compte les besoins de la majorité avant les plaisirs d’une minorité, au risque d’essuyer une crise sociale d’envergure mondiale. Pour y arriver, nul besoin d’une dictature, le changement est en chacun de nous, nous qui allons à notre tour montrer l’exemple, en passant l’information, en sortant nos amis ou notre entourage de leur torpeur. Le mouvement est déjà en marche, nombre d’entre vous dans les marges de la société, créez le changement, s’investissent dans des associations, informent leur entourage de la réalité, construisent leur autonomie, objectent la croissance, adoptent la simplicité volontaire ou favorisent la production locale des ressources. Gandhi disait, pour changer le monde, il faut se changer soi-même, ainsi nous ne pouvons envisager de changement sans à la fois remettre en question notre manière de penser, notre manière de consommer et notre manière de travailler. Pour un avenir serein. Merci

Monsieur Mondialisation :

http://www.youtube.com/watch?v=e6NbIiRlTN8

http://www.youtube.com/watch?v=rDaUOcQFxzA

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