Aujourd'hui les populations du monde découvrent au Québec une police capable d'arrêter des centaines d'habitants pacifiques et les enfermer des journées entières dans des conditions iniques, tassés dans les cellules et les obligeant de déféquer sur place... À l'évidence, deux vérités émergent : -1. les autorités auxquelles nous avons donné le pouvoir en abusent, et - 2. leur violence n'est pas différente à celle des dictatures les plus corrompues. La réflexion démocratique ne peut plus se voiler la face : ce pouvoir qu'on dit pour et par le peuple est en réalité confisqué au peuple. Au nom de quoi ?... La richesse nationale ?... à qui profite-t-elle ? À des intérêts privés, que nous avons laissés faire pendant des dizaines d'années. Pas aux populations auxquelles on demande de payer toujours plus le gouffre sans fin des dettes publiques contractées par des gens qui ne nous représentent pas, dont l'audit citoyen révélerait qu'elles sont illégitimes et odieuses.
Ces deux constats (- 1. les forces de l'ordre sont celles du désordre, -2. les travailleurs ne sont pas facteurs de la richesse dont on les prive et qu'on leur demande de financer en consommant ou en se laissant taxer) réclament d'eux-mêmes à s'inverser afin d'établir un équilibre réellement équitable, au profit de l'intérêt du plus grand nombre. L'expérience douloureuse des révolutions arabes l'an dernier peut faire hésiter.
Il faut rappeler cependant que l'incontestable réussite du refus de la dette en Argentine 2001 ou en Islande 2010 ne repose pas tant sur ces refus en tant que tels, comme protestation ou comme révolution, mais parce qu'auparavant d'immenses réseaux de citoyenneté solidaires existaient de longue date dans ces pays ; il y avait des réseaux de soutiens locaux, des alternatives coopératives, des occupations de terre, des services à la personne... et c'est cette force démultipliée par le renversement des pouvoirs iniques qui a pu se développer !... parce qu'au préalable, ces micro-résistances avaient su et pu créer le tissu social d'autres paradigmes inversant totalement les tendances qui étaient pourtant jusqu'alors tenus (arbitrairement) comme de fatales évidences.
La réponse est à chercher dans d'autres modèles que ceux de l'alternative entre - 1. le financier, réservé aux partis de droite, d'un côté, et - 2. le social, réservé aux partis de gauche, de l'autre. Non ! les activités de la cité ne dépendent pas que du politique ou de l'économique, ce sont des facteurs parmi d'autres qui peuvent tout aussi bien dépendre du biologique, de l'écologique, de l'alimentaire, de l'artistique, du médical, du psychologique, du culturel...
Les sociétés occidentales ont trop longtemps cru pouvoir éviter le mal ou le vaincre. Alors qu'au contraire toutes les sociétés traditionnelles, religieuses ou non, animistes, manichéennes... ont toujours su prendre en compte la souffrance dans leurs modes de penser l'existence : le recours aux religions répond aujourd'hui à la nécessité de cerner des repères, de fixer des limites devant la folie prométhéenne des Occidentaux qui, depuis 700 ans ont illusoirement pensé ou voulu penser éloigner les fléaux et les calamités. Le progrès est un mythe car tout n'est pas possible à l'infini. Le sens de l'histoire est une erreur de pensée qui peut encore rassurer bien des gens dans le monde, alors qu'en réalité la survie des collectivités dépend davantage de leurs facultés à répondre aux crises qu'aux directions des idéaux. Ce qu'au-delà de l'Amérique latine, les Sans-Terre et les résistances zapatistes nous apprennent c'est que, très concrètement, nous pouvons ensemble s'organiser pour vivre sans trop de souffrances au quotidien à deux conditions :
- 1. la répartition d'une très grande partie des richesses collectives de manière fixe et égale entre tous les habitants sans aucune condition de naissance ou de statut social ;
- 2. la répartition du pouvoir de manière horizontale, sans jamais jamais jamais le laisser à des individus ou à des clans.
Une fois débarrassés de la légitime méfiance envers ce qui est aussi neuf qu'éphémère, nous pouvons tirer des conclusions sur les durables inversions de tendance que le mouvement des Indignés est en train d'instiller dans nos sociétés.
En celà les Indignés sont une ressource et un recours dont on ne mesure pas encore les capacités d'imprégnation auprès des populations, qui changent, qui se changent, qui nous transforment et nous transportent.
Jean-Jacques M’µ