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Billet de blog 26 décembre 2011

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Est-ce l’amour qui serait une situation anormale ?

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« Moi je ne veux pas détruire les Juifs, j’oserais dire que les Juifs sont mes meilleurs alliés. Je suis intéressé à l’ordre moral du peuple russe et je ne désire pas (ou les personnes à qui j’entends complaire ne désirent pas) que ce peuple dirige ses insatisfactions vers le Tsar. Il leur faut donc un ennemi. Inutile d’aller chercher l’ennemi, que sais-je, chez les Mongols ou chez les Tartares, comme ont fait les autocrates d’autrefois. L’ennemi pour être reconnaissable et redoutable doit être chez soi, ou sur le seuil de sa maison. Partant, les Juifs. La divine Providence nous les a donnés, utilisons-les. Bon Dieu, et prions pour qu’il y ait toujours quelques Juifs à craindre ou à haïr. Il faut un ennemi pour donner au peuple un espoir. Quelqu’un a dit que le patriotisme est le dernier refuge des canailles : qui n’a pas de principes moraux se drape d’habitude dans une bannière, et les bâtards se réclament toujours de la pureté de leur race.

L’identité nationale est la dernière ressource des déshérités.

Or le sentiment de l’identité se fonde sur la haine, sur la haine de qui n’est pas identique. Il faut cultiver la haine comme passion civile. L’ennemi est l’ami des peuples. Il faut toujours quelqu’un à haïr pour se sentir justifié dans sa propre misère. La haine est la vraie passion primordiale. C’est l’amour qui est une situation anormale. C’est pour ça que Christ a été tué : il parlait contre nature. On n’aime pas quelqu’un pour toute la vie, de cette espérance impossible naissent adultère, matricide, trahison de l’ami... par contre, on peut haïr quelqu’un toute une vie. Pourvu qu’il soit toujours là à attiser notre haine. La haine réchauffe le cœur. »

(Umberto Eco : Le Cimetière de Prague, 2011, page 426).

Soit nous prenons cette page au premier degré... et chacun se forge alors un monde à partir de la haine qu'il choisit d'un autre (ici le Juif, mais ça pourrait être aussi bien l'Arabe, le Chrétien, le Musulman, le Noir, l'Africain, l'Asiatique, le Chinois...) ;

soit nous prenons le contrepied et décidons le parti-pris d'aimer sans barrières 'a priori'. Derrière ce choix personnel et intime, il en va de la société tout entière.

Jean-Jacques M’µ

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