Introduction à la vie non-fasciste. Quelques préceptes de Michel Foucault pour équilibrer sa conscience sociale

Il nous fallait bien ses pages pour se libérer un tant soit peu du carcan d'arbitraire qui, aujourd'hui plus que jamais, est en train d’étouffer nos sociétés. Il nous fallait bien la vivacité de son esprit pour réapprendre quelques exercices d’hygiène mentale. Respirer un air moins vicié, plus intelligent, capable de nous réconcilier à nouveau avec la conscience humaine. Il nous faut Foucault.

http://1libertaire.free.fr/IntroVieNonfFasciste.html

Origine : http://infokiosques.net/article.php3?id_article=115

Préface de Michel Foucault à la traduction américaine du livre de Gilles Deleuze et Felix Guattari, L'Anti-Oedipe : capitalisme et schizophrénie.
Dits et Ecrits tome III texte n° 189 (1ère Edition 1994), p. 133-136.


INTRODUCTION À LA VIE NON-FASCISTE par Michel Foucault

" [...] On pourrait dire que l’Anti-Œdipe est une Introduction à la vie non-fasciste.

Cet art de vivre contraire à toutes les formes de fascisme, qu’elles soient installées ou proches de l’être, s’accompagne d’un certain nombre de principes essentiels, que je résumerais comme suit si je devais faire de ce grand livre un manuel ou un guide de vie quotidienne :

* libérez l’action politique de toute forme de paranoïa unitaire et totalisante ;

* faites croître l’action, la pensée et les désirs par prolifération, juxtaposition et disjonction, plutôt que par subdivision et hiérarchisation pyramidale ;

* affranchissez-vous des vieilles catégories du négatif (la loi, la limite, la castration, le manque, la lacune), que la pensée occidentale a si longtemps sacralisées comme forme du pouvoir et mode d’accès à la réalité.

Préférez ce qui est positif et multiple, la différence à l’uniforme, le flux aux unités, les agencements mobiles aux systèmes. Considérez que ce qui est productif n’est pas sédentaire, mais nomade ;

* n’imaginez pas qu’il faille être triste pour être militant, même si la chose qu’on combat est abominable. C’est le lien du désir à la réalité (et non sa fuite dans les formes de la représentation) qui possède une force révolutionnaire ;

* n’utilisez pas la pensée pour donner à une pratique politique une valeur de vérité ; ni l’action politique pour discréditer une pensée, comme si elle n’était que pure spéculation. Utilisez la pratique politique comme un intensificateur de la pensée, et l’analyse comme un multiplicateur des formes et des domaines d’intervention de l’action politique ;

* n’exigez pas de la politique qu’elle rétablisse des "droits" de l’individu tels que la philosophie les a définis, l’individu est le produit du pouvoir. Ce qu’il faut, c’est désindividualiser par la multiplication et le déplacement les divers agencements. Le groupe ne doit pas être le lien organique qui unit des individus hiérarchisés, mais un constant générateur de "désindividualisation" ;

* ne tombez pas amoureux du pouvoir."

Michel Foucault

Michel Foucault © Ozkok-Sipa Michel Foucault © Ozkok-Sipa

 

 

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