Orhan Pamuk condamné pour avoir parlé du génocide arménien

Les nations resteront-elles sans réagir devant l’injustice qui frappe le prix Nobel de littérature dont la condamnation par son propre pays alimentera les caisses de partis d’extrême-droite turque ?

Les nations resteront-elles sans réagir devant l’injustice qui frappe le prix Nobel de littérature dont la condamnation par son propre pays alimentera les caisses de partis d’extrême-droite turque ?

Orhan Pamuk, Istanbul, 1952. © Carhartt Orhan Pamuk, Istanbul, 1952. © Carhartt

Complicités tacites des pays qui laissent dire et laissent faire sans aucune réaction diplomatique ou de rappel des droits humains. Les crimes contre l’humanité s’auto-absolvent et attaquent la simple expression des réalités attestées – une logique implacable et très bien rôdée qui s’accélère dans l’indifférence générale. Il faudrait très rapidement un sursaut de dignité de tous les partisans des peuples pour se mobiliser contre la scandaleuse, l’ignominieuse, l’intolérable honte qu’inflige le silence de ces sombres alliances supérieures des Nations devant l’intolérance elle-même érigée en justice. Qui pétitionnera ?

Après avoir laissé destituer le juge Baltazar Garzon par l’Espagne l’an dernier, la lâcheté du silence diplomatique se poursuit, profitant toujours de la même façon avec la même logique implacable aux révisionnistes. Rappelons que l’an dernier, le juge Garzon, celui-là même qui avait poursuivi Pinochet, s’est fait condamner au nom des lois dites d’amnistie (pour qui l’amnistie ?) parce qu’il voulait exhumer les centaines de milliers de victimes disparues de la période franquiste. Les droits humains toujours bafoués.

Constat amer : Milan Kundera disait qu’on ne répare jamais, on oublie !... Lâchetés collectives qui conduisent à de nouvelles guerres civiles, de nouveaux génocides. L’intérêt économique au profit des assassins et des marchands d’armes. Ce n’est pas dans un pays comme la France, où les plus grands groupes de presse se trouvent aux mains de Dassault et de Lagardère (respectivement grands industriels et grands commerciaux de l’armement) que l’on dénoncerait cette fuite en avant de nos contemporains et de nos lois qui portent en eux-mêmes le crime tout en prêchant l’humanitaire. Tartuffes, tartuffes, tartuffes !...

Jean-Jacques M’µ

Ci-dessous l’information présentée par Cécile Mazin.

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Orhan Pamuk condamné : on ne dénonce pas le génocide arménien

Surtout pas en accusant la Turquie d'en être responsable...

Rédigé par Cécile Mazin (Cecile Mazin), le mercredi 30 mars 2011 à 14h13

La relation amoureuse entre la Turquie et son écrivain Orhan Pamuk se poursuit. Alors qu'en mai 2009, le pays affirmait sa volonté de continuer les poursuites, que croyez-vous qu'ils ont fait ? Évidemment, la Turquie a continué.
En février 2005, le prix Nobel de littérature déclarait que « 30.000 Kurdes et un million d'Arméniens ont été tués sur le territoire et personne sauf moi, n'ose en parler ». Et la Turquie s'était ruée sur l'article 301 du Code pénal pour intenter un procès contre Orhan Pamuk. « Je crois comprendre que je pourrais être jugé de nouveau, mais rien n'est certain. De toute façon, je n'ai pas aucune appréhension », assurait-il.

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À raison, et à moitié tout de même. En effet, la plainte du gouvernement turc a abouti à une sanction de 6000 lires locales, qui seront réparties entre les cinq plaignants. Ces derniers accusaient en effet l'écrivain de mettre en accusation le peuple turc et en vertu de l'article 301, qui condamne toute insulte faite au pays, tentaient de faire revenir l'auteur sur ses propos. (via Bloomberg)
Orhan Pamuk dispose d'un délai légal de 15 jours pour faire appel de la sanction.
Wikileaks et la diplomatie US
Ce qui est intéressant, c'est qu'en croisant avec les câbles de Wikileaks, on trouve une réaction de Washington, envoyant un message à Ankara, pour explique combien il était absurde que l'écrivain subisse une procédure judiciaire pour ses propos.
L'ambassadeur Ross Wilson, alors en Turquie, écrivait que, si en 2005 la liberté d'expression existe bien dans le pays, il faudra encore beaucoup de temps « pour convaincre les Turcs que cette liberté recouvre aussi le droit de critique et qu'il faut établir des garanties pour protéger ce droit ». (via Taraf)
Pamuk s'en était également pris à Paris, fin 2006, alors que le pays réfléchissait à la pénalisation de la négation du génocide arménien. « Ce que les Français ont fait est une erreur. Cela ne correspond pas à la tradition française de libéralisme. »
Parmi les personnes que les 6000 lires turques doivent indemniser, un certain Kemal Kerinçsiz, avocat nationaliste et soupçonné d'implications politiques extrémistes.
Tous les livres d'Orhan Pamuk

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