Mon jour d'après

Mon jour d'après commença par une nuit ....il fallut tout réapprendre de ma perception quotidienne du monde.

C'était dans la nuit du 6 au 7 Septembre dernier.

La langue rappeuse de mon chat insistait sur le haut de mon crâne et sa patte s'appuyait doucement sur mon œil.

Il fallait que je me réveille...

J'allumai la lumière après l'avoir cherchée en vain de la main droite … D'ailleurs ma droite semblait

insensible aux injonctions de mon chat... je me réveillais. Les yeux de Titi exprimaient la peur, et pour le rassurer je décidai de me lever et de traverser le couloir de la cuisine. Je me levai donc avec la sensation d'un déséquilibre certain. Je décidai de m'accrocher et de ne pas faire de bruit. Pas moyen de mobiliser ma jambe.

A la cuisine mon bras droit se révéla tout aussi amorphe.

J'ouvrais un sachet à mon chat. Il n' y toucha pas.

Le « pas de bras pas de chocolat » m'effleura l'esprit, et je pensais à Grégoire dans son lit de la métamorphose de Kafka.. 

L'image me fit rire de me découvrir autre dans la glace.. 

J'aurais dû à ce moment faire le 15...mais bêtement je décidais de me battre, comme une chèvre de Monsieur Seguin contre un Loup invisible.

« Mon gars tu vas te sortir de là » me répétais je à voix haute. Des nuits, y en aura d'autres si tu tiens le coup. Je parlais à voix haute, le visage légèrement anesthésié côté droit.

Pour « mieux tenir » je sortais trois tranches de pain, et les engloutissais. Le fond d'une bouteille de vin du Var laissé là y passa.

Peu car je me souvenais avoir pris un comprimé d'aspirine pour endormir des courbatures dans la soirée.

Il n'y avait aucun doute...

Je subissais un AVC, et les forces me manquaient d' appeler.

Au bout de 40 mn voyant que rien ne  bougeait je filais me coucher en vrac, et me rendormais en souhaitant vivement voir le petit matin.

6h50 je me levais. Je n'avais pas rêvé. Les stigmates étaient toujours là.

J'arrivais parmi mes collègues les plus matinaux, mon cercle rapproché en prenant soin de ne pas me montrer auprès de nouveaux venus qui auraient pu croire à une murge d'enfer ne me connaissant que depuis quelques jours.

Nous avons fait le point, appelé le Samu et attendu les secours tranquillement en fumant la dernière, en disant plein de conneries.

Débutait le jour d'après, parmi les tuyaux, les perfs, les prises de tension.

Il fallait réapprendre à marcher, à bouger le bras, la main, à écrire …

C'est à cela que je m'applique, grâce à l'aide de tous ceux qui m'entourent, famille, collègues-amis, et bien sûr tous ces personnels de santé du quotidien du jour d'après, de la vingtaines d'aides soignante à 7,36 travaillant dans des conditions difficiles sur le plan matériel, dans un service public maltraité, au spécialiste qui fait l'effort de vous connaître.

A un mois du jour d'après, mon autonomie s'accroît de jour en jour. Je ne « lui » laisserai rien.

C'est en lisant Mediapart entre autre que dans ma « retraite »  j'ai continué à rester connecté à l'actualité  de ce monde.

Et me voici tout heureux d'avoir l'endurance de frapper ce texte à deux mains.

Un petit secret.... Alors que cette nuit là j'étais à la frontière, et que je compris que j'allais m'en tirer, j'ai entendu une voix de patriarche soupirer : «  ouffff »

Je compris alors que les insoumis n'étaient pas vraiment « persona grata » chez le vieux....

J'ai à cœur de montrer à tous ces "rien" qui m'entourent que je suis une de leur belle réussite..  et que les n x 7.36 made in service public ne sont pas du luxe mais la preuve que nous sommes tous des réussites dans une organisation sociale vraiment humaine. Un grand merci à la tribu en blanc et à ceux qui m'ont tenu éveillé dans l'ambulance.

Ne laissons pas Macron et ses exécutants donner un AVC à la France en la rendant hémiplégique ou mutique, ou amnésique.

Le Service Public et celui de santé, en particulier, c'est notre hémisphère gauche à tous.

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