Réagir fermement aux positions inacceptables Schäuble.
L'Italie et la France doivent imposer un sommet sur l'avenir de l'Europe
L'Europe est toujours le blitz allemand inccettabile
Les récentes déclarations de SCHAUBLE auraient dû susciter bien des réactions alors qu'il fut le principal artisan de l'accord destructeur de BRUXELLES avec la GRECE, mais aussi du 3ème plan "de sauvetage" adopté à ATHENES. Elles auraient dû être l'objet de réactions vives de la part des gouvernements européens, puisque SCHAUBLE dévoila à la suite de l'accord de BRUXELLES l'idée d'une zone euro apurée des ETATS DU SUD, et de la FRANCE.
Or silence radio... du côté des libéraux ... si ce n'est en FRANCE la modeste réaction de VILLEPIN..
Tous se taisent ... Tous ... pas tout à fait.. trois articles de ROMANO PRODI en appellent aux européens à se mobiliser clairement contre le projet du ministre allemand qu'il considère en l'absence de démenti de MERKEL comme la position de la KOALITION CDU-SPD.
Ce texte n'a fait l'objet que de rares allusions dans la presse... en voici l'intégralité...
Traduction artisanale comme d'hab.
A lire aussi la tribune de ROMANO PRODI dans le MONDE. du 14/08/2015
du 9 Août, ici à 2015
Si le rapport de force à BRUXELLES avait été analysé froidement il n'aurait pas été difficile de prédire le déroulement des évènements dans le cas grec. La majorité de l'opinion publique allemande (environ 70%) a soutenu la thèse du ministre des Finances Schaeuble consistant à chasser la Grèce de l'euro, mais cette décision généré trop de désordre et surtout s'y seraient opposés le président des États-Unis et d'autres grands chefs monde, par peur de la contagion vers l'ensemble du système financier mondial.
Un compromis était inévitable, comme il était inévitable que ce serait un mauvais compromis parce qu'il a été conçu dans une atmosphère de ressentiment, d'égoïsme et de craintes. Le pire a été évité, mais ce compromis porte en lui les germes d'autres tensions.
Personne ne pouvait cependant prévoir que les suites néfastes de ce qui a commencé avant la fin du même mois de Juillet, avec une déclaration brutale et inattendue sur la nécessité selon Schauble de revoir le périmètre des pouvoirs de la Commission européenne,en transférant les prises de décisions de politique économique délicates dans les mains d'une autorité de technocrates à qui les pleins pouvoirs seraient donné et, bien sûr, contrôlée par Berlin. Schauble est le puissant et compétent ministre allemand des Finances. Ses déclarations doivent être interprétées comme la position officielle du gouvernement de Berlin.
Le message est clair: malgré les déclarations timides du président Juncker (certainement pas soupçonnable d'être anti-allemand) il s'agit pour l'ALLEMAGNE de reprendre les pouvoirs que le traité donne à la Commission ce qu'elle n'accepte plus dans sa stratégie de croissance et de puissance. Pour cette raison, comme ex-président de la Commission européenne, je me sens le devoir politique et moral de m'opposer à ces déclarations inacceptables du ministre allemand des Finances.
Ma première objection est de nature juridique, car cette proposition est une violation directe de l'article 17 du traité de l'UE qui définit les pouvoirs de la Commission et qui les garantit . En ce sens, les déclarations de M. Schaeuble sonnent comme une tentative de baillonner la Commission, qui est la pierre angulaire de l'intégration européenne.
Nous ne pouvons pas nous limiter à soulever un problème juridique, nous avons aussi à faire à une percée politique.L'ancien ministre des Affaires étrangères allemand Joschka Fisher a fait sensation en écrivant que l'Allemagne se tournerait maintenant vers la zone euro dans sa sphère d'influence, que l'ancienne politique de solidarité envers l'Europe était maintenant considérée comme un "euroromantisme incurable» et qu'à la suite de son succès, l'objectif d'une Europe Allemande prévalait sur l'ancienne aspiration d'une Allemagne européenne.
Si face à l'attitude de Schauble nous n'admettons pas qu'il faut réagir fermement, la zone euro arrivera à son point de rupture.
J'attends d'autres pays européens une sensibilité plus grande quant aux conséquences de cette nouvelle politique allemande. Nous percevons les signes sérieux et motivés de préoccupations dans les dernières déclarations des décideurs français et italiens sur la politique européenne (Harlem Désir et Sandro Gozi) mais elles n'ont pas mis suffisamment en alerte pour provoquer une réaction adéquate à ce revirement spectaculaire sur les principes et les politiques qui ont toujours guidé et construit l'Union européenne.
On ne peut pas démanteler les piliers fondamentaux de la politique commune, par des décisions qui inévitablement conduisent à la dissolution de l'Union.
Dans ces «conditions, alors que je ne peux pas expliquer l'inaction d'une grande partie des européens, il devient de plus en plus nécessaire et urgent de convoquer une réunion extraordinaire des dirigeants des gouvernements, des institutions et des grands partis européens, qui permettra finalement de discuter d'une manière ouverte et en profondeur du destin et du futur de l'Europe. Sans s'y limiter aux questions techniques ou d'urgence, mais en ouvrant le débat sur les convenances et les obstacles auxquels nous sommes confrontés. Un sommet qui enfin parle politique. C'est un sommet qu'il est nécessaire de ne pas reporter à plus tard car il en va de la chute de prestige, de puissance et du bien-être de l'Union avec le reste du monde.Poursuivant les sentiers battus au cours des dernières années, nous sommes condamnés à l'insignifiance.
Les choix de l'ALLEMAGNE doivent clairement émerger ainsi que les positions qu'ils ont l'intention de prendre quant à d'autres pays, à commencer par la France et l'Italie.
Nous devons clairement savoir si l'ALLEMAGNE veut relever le défi de la mondialisation en ne comptant que sur elle même (peut-être en comptant sur certains pays satellites) ou si elle a l'intention de poursuivre la politique qui lui a permis de prendre en charge l'unité nationale allemande et de se doter d'une situation économique de plus en plus forte.
Il est nécessaire que ce leadership politique soit accompagné d'un débat parlementaire parallèle et populaire.On ne peut pas se permettre de mettre fin à l'institution la plus novatrice sur le plan international des cent dernières années sous les coups du populisme alimentée par un sentiment grandissant d'éloignement, d'impuissance et de manque de solidarité de la part des institutions européennes.
Cette paralysie n'a que trop duré: nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre le référendum britannique ou les prochains résultats de l'élection de chacun des 28 pays de l'UE. La clarification doit avoir lieu maintenant. Seule une demande conjointe de la France et de l'Italie, peut permettre de mettre une telle réunion à l'ordre du jour avec l'urgence nécessaire.
Il faut cependant être clair dès le départ qu'aucun pays ne peut être tenu d'accepter - sur la base des acteurs fondateurs de l'intégration européenne-, des transferts de souveraineté à une institution supranationale, qu'à la majorité des voix et sous contrôle du Parlement européen. Si tant est, que nous vivions, encore dans une Europe démocratique.
Article du MESSAGIERO le 9/08/2015... paru sur son blog