A l'issue de la conférence sur le plan B... Sortir de l'Euro... oui... mais...

La conférence sur le Plan B se concluait dimanche par une intervention de JL MELENCHON : « Aucun plan n’est possible s’il n’est porté par un haut niveau d’action populaire. (…) Il faut que les larges masses comprennent quels sont les enjeux. Cela n’a pas d’intérêt de surgir sur la scène en disant purement et simplement “nous allons sortir de l’euro”,

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Frédéric Lordon lors de son brillant exposé concluait après avoir appelé à sérieusement réfléchir à la sortie de l'Euro : 

« Avant de partir en guerre, il vaut mieux être au clair sur les buts de guerre. Sauf pour les amateurs de tisane, le ramassage des queues de cerises n’a aucun intérêt. Il appartient donc désormais à la gauche du plan B de savoir si elle veut de l’infusion, et puis bonne nuit, ou bien si elle a enfin retrouvé le goût de la vraie politique. »

Jean Luc Mélenchon lui répondait peu après :

« Aucun plan n’est possible s’il n’est porté par un haut niveau d’action populaire. (…) Il faut que les larges masses comprennent quels sont les enjeux. Cela n’a pas d’intérêt de surgir sur la scène en disant purement et simplement “nous allons sortir de l’euro”, parce que cela revient à fétichiser la question de l’euro, sans permettre d’en comprendre le mécanisme diabolique d’aliénation des peuples »

Tout est dans cette partie du discours de Mélenchon qui reprend en fait ou rejoint le discours de Lafontaine qui prend sa source dans une déclaration de 2013 où pour la première fois, l'ancien ministre des finances de la RFA déclare que si le rapport de force n'est pas favorable à la gauche et au peuple, alors il vaudra bien mieux et dans l'ordre, méthodiquement sortir de l'Euro, afin de retrouver les moyens de changer la société de cap. 

Discours qu'il reprend deux ans après relayé par sa compagne, Sarah Wagenknecht dans son action et dans son livre (Demokratie statt Kapitalismus) en précisant que lutter contre l'austérité commence par renouer le lien avec les organisations collectives, syndicales en lutte pour les salaires, les retraites, les droits des travailleurs, notamment en RFA, en tirant la conclusion qu'à partir de cette dynamique la sortie de l'Euro sera nécessaire si l'ordolibéralisme allemand persiste. 

Ce faisant il désigne le complexe financiaro bancaire, comme le principal obstacle à vaincre pour changer la société, tout en imprimant un rapport de force constant avec ses partisans. 

Lorsqu'en 2013, Lafontaine lance son pavé dans la mare, on est alors au lendemain de la crise de Chypre, où sans aucune division blindée, l'UE et d'abord Berlin prend les banques chypriotes aussi facilement et radicalement que 40 ans auparavant, l'armée turque avait envahit la partie nord de l'ïle. Varoufakis décrira le printemps d'Athènes en le comparant au coup d'Etat des colonels ou encore au Printemps de Prague. 

Mélenchon deux ans et demi après, donne raison à Lafontaine resté jusqu'il y a peu à l'écart du débat... Il ne fait ici que rappeler que la Gauche sans le peuple est comme l'armée du Négus contre les troupes mécanisées fascistes. Que le changement de société, dépend avant toute chose , de la prise historique de responsabilité du peuple,  non seulement par le vote, mais aussi en maintenant un haut niveau de lutte, un constant rapport de force pour porter le pouvoir vers l'affrontement contre les rouages de l'ordolibéralisme. 

Nous avançons dés lors vers le constat qui s'impose. Le changement ne viendra pas d'une avant garde ou d'un parti, encore moins d'un homme providentiel... mais d'un peuple providentiel ou non, décidé, déterminé et actif, contre la détermination, l'activitisme des banques, des actionnaires, des puissances économiques privées qui dominent la décision politique. 

Dès lors encore, c'est à une organisation massive du peuple que la Gauche politique doit procéder, à une mobilisation totale des peuples.... Le premier en mesure de sortir de l'ordolibéralisme, et non seulement de l'Euro alors, devra être pousser, aider par les autres. 

Actuellement, c'est en RFA, que l'urgence de la lutte se précise. Les expériences en cours en Grèce, au Portugal, en Espagne, sont les prémices de la fragmentation en cours du pouvoir actuellement aux manettes en RFA. La même "ingouvernabilité" constatée au sud va se produire en RFA avec l'émergence d'une force de droite compacte, face à une gauche en lutte, devant un SPD coulé par sa collaboration à l'ordolibéralisme. La CSU financière de la CDU ne tardera pas à se ranger en partie avec l'extrême droite montante dans ce pays. 

La gauche française a tout intérêt, a faire corps avec les LINKE, avec les syndicats en lutte, pour les salaires, les retraites, les droits contre l'austérité, pour créer les conditions d'un combat démocratique massif au coeur même du pouvoir ordolibéral. Les différentes initiatives, polymorphes, sont loin d'être des divisions du mouvement, complémentaires de ce mouvement. Ce qui divise le mouvement, notamment en France ... c'est la collaboration de près ou de loin à la structure du pouvoir actuel de type VEME République.

C'est en débordant du mythe du chef, du mythe aussi de l'avant garde, du "laisse faire, vote et tais toi" que la Gauche et le peuple sont condamnés à avancer puis à l'emporter. C'est cela, et la prise de confiance de la singularité et universalité de ses intérêts, ou bien la défaite radicale et cuisante. 

 

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