La pandémie COVID 19 n'est pas que biologique, elle est sociale et économique.

Les épidémies sont révélatrices des modes sociaux, des habitus, des systèmes économiques dans lesquels elles se propagent. Au delà du biologique le COVID 19 révèle le désastre néolibéral qui n'a de réponse que dans la mise en place d'une répression et d'une surveillance visant à camoufler son incapacité à organiser et protéger la vie des gens.

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copyright Financial Times. 

 

Ce document intéressant du Financial Times montre l'évolution de la pandémie à travers un monde contraint au repli stratégique face à l'avancée virale favorisée par l'anémie des systèmes sociaux, hospitaliers, des services publics sacrifiés pour financer le capital de plus en plus coûteux. 

Dans le monde entier la presse suit cette évolution et redouble d'articles décrivant de plus en plus le dénuement des "premières lignes" au front de ce fléau. 

Coronavirus tracked: the latest figures as the pandemic spreads | Free to read - Financial Times

Ce que n'aborde pas toute cette littérature qui mériterait d'être compulsée car elle recèle des tonnes d'informations, c'est le facteur social de cette épidémie comme... Toutes les autres avant elle. 

1) Il est de plus en plus évident que le Covid 19 s'est installé outre dans les organismes, d'abord dans une organisation globale de l'activité humaine, et d'une couverture de besoins bien au delà de la nécessité, la surconsommation. 

2) Il s'est propagé sur des voies de communications empruntées par ceux qui fournissent et alimentent ce système partout. Ce fut le train en Chine (Wuhan noeud ferroviaire chinois ou hub national), puis le réseau aérien et maritime (comme dans les grandes épidémies classiques, puis a atteint les gestionnaires de ce système en même temps que certains décideurs, pour finir de s'étendre sur la population habitant à proximité, parce que servant ou dans la servitude quant au système en place. 

3) Il a pénétré facilement et globalement ces organisations, favorisé  par un déficit non d'information, mais d'ouverture et de gestion quant à ce flot d'information. Il a aussi profité de la défiance, de la méfiance à l'égard de sources, de formes hétérodoxes, hors canons académiques, et parce que la formation globales de cette "élite" globale est en peine dès qu'il s'agit de sortir de "son autoréférence" .. tout ce qui vient d'un corps étranger, d'un pays, d'une population autre, ne la concerne pas. Du moins cette élite s'est crue étrangère au sort  de l'Asie de l'est. Elle a reconduit à l'égard de l'Italie une condescendance qui a trompé tout le monde, et donné deux coups d'avance à ce virus. 

4) L'absolue gabegie et orgie de moyens dépensés pour ce système au point de détruire la vie sur la planète, a également sous couvert d'un discours dogmatique quasi religieux (les Hayek, Friedman et compagnie et leurs clones d'aujourd'hui ) sur la rigueur budgétaire, gaspillé la monnaie, l'argent se déconnectant quant à sa valeur réelle de toute production concrète de richesse. Ce système s'est effondré, et aujourd'hui la valeur de la monnaie où qu'elle se trouve n'a plus de valeur que celle qu'on veut bien lui donner puisque 3 milliards d'humains dont la majorité est régie par ce système ne produit plus ou presque. Ce confinement se fait la plupart du temps accompagné de dispositifs de surveillances liberticides, par des pouvoirs qui un peu partout se passe de démocratie pour décréter des Etats d'urgence pour une durée indéterminée. Autrement dit, après avoir "libérer" les banques et banques centrales de la tutelle et du contrôle démocratique réel, (après l'avoir affranchie de l'or il y a cinquante ans) la valeur de la monnaie est en fait fixée par un oukhaze qui ne dit pas son nom.. Le système se stalinise sous nos yeux . Comme en URSS, on disait que Staline avait mis la population dans un train, qu'il avait ordonné la fermeture des rideaux, et que l'armée secouait le train et imitait son bruit afin de faire croire à la continuité de son fonctionnement. Le système marchand néolibéral et capitalisme ne fait pas mieux aujourd'hui avec son carburant favori au plus bas qui traduit l'extrême faiblesse de son fonctionnement. 

5) C'est parce qu'elle produit "librement" quant aux pouvoirs politiques hors de toute légitimité démocratique, hors de toute rationalité aussi que cette machine mondiale dévore de la finance au delà de tout, contraignant les Etats à s'affaiblir financièrement, en termes de recettes fiscales, parce que l'argent du travail est sacrifié sur l'autel du capital . Sans planification en effet, ce monde surproduit condamné à générer des besoins de plus en plus discutables.  Quand la machine s'arrête, l'addiction peut se tarir dans la douleur , au bout de quelques semaines. Cette gabegie d'argent, l'explosion de la dette contraignant à comprimer les dépenses de santé a donner l'avantage à la pandémie. 

6) Les modes de vie, les rituels de la société de consommation, la frénésie de déplacements grégaires sont aussi des facteurs propageant ce virus et d'autres. Par exemple on sait que la récolte de cette été de tomate est endommagée par un virus né aux Pays Bas, qui s'est propagé du fait de l'industrialisation de l'agriculture et de sa diffusion. 

7) La mobilité des "cadres" et nantis de la société a la plupart du temps été tolérée lors des premières heures de confinement. 17% de la population de Paris est allé en exode gagner l'Ouest et d'autres coins au risque de propager le virus en "zone propre"... ruinant une stratégie possible de marche en avant (cloisonnement propre/contaminé) à l'échelle d'un pays ,d'un continent, internationale. Là encore point donné au virus qui bénéficie de la fragilisation de systèmes de santé déjà anémiées par des années de vache maigre et de gestion sans considération de la réalité du terrain. 

8) Sur le plan juridique, le fait que le Droit soit en réalité devenu arsenal juridique organisant l'immunité des grands groupes financiers donne lui aussi avantage au virus. Point d'initiative possible malgré l'urgence sans procédure longue : l'exemple de l'épisode de la chloroquine est parlant. C'est aussi en partie une des raisons (même minime) de l'impréparation quant à l'impact notamment dans ces commandes qui n'arrivent pas etc etc  La mobilisation de l'industrie (survivante à ces politiques destructrices) se heurte à l'affranchissement des groupes industriels et ne repose que sur leur bon vouloir . Le retard produit : un autre avantage au coronavirus. 

9) La sortie de crise sanitaire parce que le système a condamné la population à subir s'avérera dans bien des Etats douloureuse. On verra des États totalement effondrés découvrant l'étendu des dégâts de ces milliers de morts à découvrir comme dans les catastrophes naturelles. D'autres prendront une seconde vague épidémique pas forcément de coronavirus. D'autres seront balayés par des mouvements radicaux. D'autres parce qu'ils auront décidé de s'appuyer sur la masse, de reprendre  leur souveraineté en main, de démocratiser s'en sortiront. 

Mais quoiqu'il en soit, on observe que Xi Jinping fait des émules contre la démocratie. Qu'il est entrain de tenter de s'unir à Trump, pour mieux apparaître comme un modèle et comme le sauveur du monde .

La dollarisation observée ailleurs comme au Liban risque dans ce contexte non seulement de se propager dans le sillage du coronavirus, mais d'inciter des pan entiers de ce monde à s'accrocher dans ce naufrage à un radeau à la dérive, les USA, à même d'entraîner tout le monde par le fond. 

Sortir du coronavirus suppose de radicalement prendre le contre pied de ce qui l'a amené, propagé, démultiplié. Ne pas le faire, c'est aller vers des crises à répétition, polymorphes, accélérant l'extinction, dans une décennie où l'avenir de l'Humanité repose sur la capacité des Hommes à s'adapter au climat, et à gérer les effets de sa mutation .

La caporalisation macronienne, l'agitation du bâton met en péril les chances de sortie sereines du tunnel dans lequel le pays est entré et avec lui le monde. L'appel de plus en plus frappant à la résilience est révélateur de l'objectif des possédants à ne vouloir rien changer au sortir de cette crise. Le monde ne s'en sortira pas par la résilience seulement : c'est bien de résistance dont il faut parler. Résistance contre la tentation de recréer les conditions qui ont mis le monde en bocal pour une durée indéterminée, et comme en France, en confinement reconductible : en se passant de l'avis d'un AG souveraine. 

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