GILETS JAUNES : L'HISTOIRE LEUR DONNERA RAISON COMME ELLE A RECONNU MAI 68

A force de le présenter comme protéiforme, sans revendication, sale, les "installés et élus" du système ne perçoivent pas que c'est le régime qui mute peu à peu et que Macron né d'un récit arrangé, tout en le dénaturant est en passe de mettre à nu ses travers inavouables, sa face cachée, ses faiblesses aussi.

La tentation est grande pour certains de comparer Mai 68 à celui des gilets jaunes et plus exactement de tenter une absurde hiérarchisation historique des deux mouvements. Certains prennent prétexte des grèves de 68 pour dénigrer ou rabaisser l'importance de ce mouvement pour y voir son contraire ou son antithèse. 

Mai 68 n'est pas le contraire de ce mouvement. Il est totalement différent. 

En 68 c'est toute la jeunesse planétaire qui se lance dans la lutte, et en France, embraye une classe ouvrière jeune... elle aussi, pour une grande majorité d'entre elle. 

Actuellement, c'est un mouvement des classes moyennes en France, qui ouvre le bal... mais quand on regarde l'ensemble de la planète on s'aperçoit que ce n'est que le début du début d'un énorme mouvement de classe : la classe moyenne... qui se scinde en deux... sous l'effet et de la mondialisation qui standardise, mais aussi de la crise climatique (qui expose les uns, alors que d'autres plus proches des pouvoirs s'abritent, ou tentent de montrer sa docilité afin d'obtenir d'être protégée), et encore de la marchandisation à outrance, qui met la baïonnette dans le dos des uns et la crosse du fusil dans les bras des autres... les uns acceptant le deal...les autres se rebellant. 

En d'autres termes, si en 68 on a un front de la jeunesse un peu partout qui se rebelle contre la guerre, et la violence étatique (Marcuse, Foucault, etc) à l'Ouest, et sa zone d'influence avec des effets périphériques comme le mouvement étudiant de Mexico qui a lieu précisément parce que les JO vont avoir lieu et que la jeunesse mexicaine prend conscience de sa ressemblance au reste de la jeunesse au nord, à l'Est, c'est une tentative de débureaucratisation qui a lieu avec la Tchécoslovaquie, ou Pékin ... au milieu de conflits d'indépendance comme au Viet Nam, en Angola, au Mozambique où déjà ça bouge ... et la Palestine (67), en 2019... Nous avons un mouvement de rejet qui commence de la standardisation mondialiste, qu'on commence à percevoir en Asie du Sud Est notamment Malaisie, Indonésie, avec des attitudes des pouvoirs fort divers ... réactionnaires, à Brunei, et autres, en Malaisie où le pouvoir a changé, où les conflits ethnico sociaux pourrait se réveiller après 50 ans de gestion plus ou moins réussie. On a vu déjà en Inde les prémices de ce mouvement avec Modi. 

Mais surtout... nous avons une prise de conscience de toute une part de cette nouvelle classe moyenne de première ligne sur le front de la guerre économique qui se livre qui est en passe de rejeter la compétition à outrance, l'assujettissement par des droits du travail atrophiés, par des salaires minimaux, et le paradoxe entre l'image donné par l'univers consumériste des sociétés et ... la condition réelle des gens. 

En terme d'image, ce pourrait être celle-ci...

Les lignes arrières de la production, celles qui organisent, contrôlent, et distribuent sur ordre ... commandent, tout en adoptant les habitus, qu'elles ont en représentation des plus riches... leurs habitats, leur biotope pour ainsi dire, avec des régimes fiscaux préférentiels selon eux, qu'ils ont acheté de gré ou de force, au prix de salaires ou rémunérations amoindries permettant de consommer du crédit et aussi d'enrichir encore davantage les gros propriétaires du système... Elles font sécession avec les premières lignes de cette classe, avec les "gardes de la productions" contremaîtres certes, mais pas seulement... ce sont les "intermédiaires" devenus premières lignes... Cette ligne de commandement proche des détenteurs du Capital en partageant les miettes, entre dans la présumée "bonne pièce" et refusent l'entrée à ceux qu'ils considèrent traditionnellement comme leurs subordonnés en charge de la gestion directe de la production et des producteurs. Cette ligne de commandement oublie simplement que la désorganisation traditionnelle du travail par l'ubérisation accélérée par Macron depuis 10 ans et renforcée par sa destruction du code du travail, a affranchie même si paupérisée et précarisée un part de la première ligne et fait muter ces liens en les marchandisant, ou les clientélisant...

Et sur cette première ligne se trouvent les gilets jaunes... avec un effet "indésirable" de l'ubérisation accélérée par.... Macron... d'où la haine profonde en fait qui lui est vouée, que Ruffin a pressenti et ressenti et dont il n'a exprimé qu'une représentation intuitive, un visuel journalistique sans le théoriser de façon publique s'entend. 

Les GJ, sont avant tout les "trompés" du système...ceux qui sont restés très proches ou au contact direct des "producteurs" quels qu'ils soient ouvriers, employés, salariés, citadins ruraux etc... qui eux voient leur statut totalement précarisé, chassés du boulot, des villes, des bourgs importants aussi, des "zones" attrayantes pour le tourisme, les "villégiatures" en tout genre, parce que le marché foncier les assigne à résidence... légitimé politiquement par le fait que les accédant à ce marché, ont appris comme leurs patrons et modèles à chercher la distinction afin de réduire les inconvénients, et les risques de cette compétition à outrance. 

A cette tromperie, que Macron incarne (c'est pourquoi LREM tente d'installer le bobard "des années d'accumulation de blablabla) ... s'est ajoutée l'escroquerie de la suppression de l'ISF, du CICE, de la Flat etc etc ... financé exclusivement ou presque par les plus pauvres via les taxes (voir doc de la correspondance avec Martel ... dans Wikileaks).. 

Rien que ce dernier point montre que Macron ne comprend rien à ce qu'il met en oeuvre depuis le rapport Attali jusqu'à son passage à Bercy, et qu'il n'a fait ça que par mimétisme imbécile, et soif insatiable, narcissique à un point pathologique, de séduction de ceux qui lui ont été présentés comme étant le pouvoir réel... les oligarques de la caste.

Qui l'introduit ? Sa femme, Attali, Jouyet etc etc...

Jamais il n'est en capacité d'évaluer le coup qu'il porte aux "premières lignes" ... pas plus qu'il n'a évalué d'ailleurs la fragilisation du système tout entier en retirant les piliers du contrat social avec un Hollande totalement imbécile sur ce coup. 

Le régime Macron n'a donc d'autre solution que de tenter de masquer sa nécessaire dérive autoritaire... car sa toxicité à la République est au point que d'un commun accord tacite avec l'oligarchie, il se sert de l'extrême droite scindé en courants, comme spadassins (les tenant "en même temps" par des dossiers et le fric) , comme air bag (Le Pen), ou comme béliers ... (les traditionalistes et autres réacs...) 

Les Gilets Jaunes eux... auront découvert plusieurs aspects et pour beaucoup ce fut une réelle découverte souvent en forme de douche froide. 

1) Ils ne peuvent en aucun cas compter sur tout ce qui est institutionnalisé dans ce régime ... ni associations, ni partis ou organisations politiques, ni syndicats, ni institutions, ni rien... pas même des mouvements que certains ont imaginé subversifs et dont ils s'aperçoivent de la toxicité et du fait qu'ils sont vendus aux flics, à la justice et au pouvoir (une grande partie de l'extrême droite Soralienne notamment... ) dont ils sont les indics ou encore, membres subalternes de l'appareil répressif d'Etat... sans la force, le nombre, ni l'étoffe permettant de prendre le pouvoir par la force. 

2 ) Par conséquent, ils ne peuvent s'appuyer que sur leurs productions, sur leurs auto organisations, sur des outils qu'ils confectionnent et inventent et ... c'est un des points forts du mouvement (d'où la mention de Branco affirmant à plusieurs reprises que "Nicolle est plus intelligent que lui..." en fait plus fort, plus inventif...). 

3) Ils comprennent peu à peu que leur force est leur autonomie à l'égard du système et de ses autorités... notamment ils comprennent que le regard des "lignes arrières" et des "quartiers élus" du système n'a pas de valeur en soi... et qu'ils peuvent s'en affranchir... jusqu'à les toiser sans violence (actes dans les beaux quartiers et à Neuilly défense notamment) ... 

4) Dans sa stratégie le mouvement a appris aussi à s'économiser... c'est pourquoi il tient . Ce qui a fait sa faiblesse, notamment la fragilisation par la répression devient une force car la massivité de cette répression est telle que beaucoup estiment qu'abandonner c'est tout perdre, poursuivre c'est vaincre la répression... Seule une amnistie pourrait encore jouer le rôle de buter. Surtout il comprend qu'il épuise le pouvoir... ses outils... qu'il peut jouer de son imprévisibilité.. .et qu'in fine c'est lui qui rend le pouvoir protéiforme et futile, lorsque celui ci tendait à le rendre tel. 

5) Les GJ savent que la victoire est déjà de leur côté et que la blessure infligée au régime l'emportera d'une manière ou d'une autre... Ils savent aussi que Macron et une partie importante du Pouvoir LREM sont conscients qu'ils ont eux même involontairement achevé ce régime, par "Zug Wang" (aux échecs c'est pousser l'adversaire à causer lui même sa perte). Que Macron est condamné, soit à perdre ... soit à aller de l'avant vers une dénaturation de la République au risque ... d'en prendre un coup sur son addiction à la séduction et sa réputation si chère à ses yeux... 

6) Les GJ sont en passe de comprendre que point n'est besoin de massifier physiquement (dans les manifs ou ailleurs ) ce mouvement, qu'il suffit de le rendre visible audible et présent symboliquement partout pour rendre le pouvoir encore plus fou qu'il n'est . Le nombre des GJ et de ses soutiens est déjà en soi plus du double que ce que Macron ne peut réunir physiquement ... sous sa bannière LREM... ce qu'il a déployé pour acheter le soutien unanime de cette "réserve" partisane (pari aléatoire), coûte "un pognon de dingue" qu'il lui faudra retrancher de l'Etat par la dette, soit par une paupérisation différée des mêmes qui ont déclenché le mouvement en même temps qu'il amoindrira l'accessibilité de ces mêmes classes au confort et aux services tout en prétendant le contraire. 

D'où l'appel d'hier de François Boulo appelant à porter du jaune en signe d'adhésion au mouvement... ce qui pourrait amener à des mesures ou des réponses insolites, exotiques d'un pouvoir totalement ridicule dans "son récit" des événements, du fait de son obsession communicationnel. 

En agissant ainsi, en exhibant du jaune un peu partout... en jouant de la corde traditionnelle libertarienne, le pouvoir se transformera en colosse en pied d'argile ce que certains commencent à comprendre... et en particulier un certain D.Cohn Bendit... qui y voit un certain modèle théorisé dans son Gauchisme maladie sénile du Communisme... Cohn Bendit qui disait attendre de l'exercice présidentiel une mention sur le climat... Il n'en fut rien... Viendra le temps où Cohn Bendit comme Canfin auront soit à se renier totalement, soit à faire le choix d'Hulot et avec eux tous ceux qui dans les couches "installées" pensent de façon analogue. 

Les GJ ont fêlé durablement la "cloche" de la Classe moyenne, celle qui donnait l'heure et rythmait les obéissances, notamment au travail, à la Loi du système, à ce que Macron met en avant comme étant l'Etat de Droit...

En re-socialisant les liens entre pauvres, modestes, moyens, soit la majorité sociologique habituée à laisser la place (belle illustration cette été avec le défilé de la Coupe du Monde avec Benalla et consorts de quelques minutes pour laisser place "au plaisir mondain présidentiel)... en "toute matière"(professionnel, scolaire, foncière, géographique, fiscale etc etc) .. revendiquant maintenant le RIC en toute matière également, les GJ (et c'est Macron par bêtise qui le leur en a ouvert le boulevard à partir des ronds points... par pleutrerie aussi)... ont sauté les barrières et de la division géofiscale et du travail, et sont en passe de créer l'espace démocratique alternatif isolant et le régime, et le système et la minorité qui le gouverne, le domine, l'achète, le pompe, l'anime pour lui donner consistance... Consistance perdue aux yeux des GJ et d'une grande part du Peuple de l'abstention (pas seulement politique électoral, mais aussi associatif, culturel, scolaire, symbolique etc ... ) ... une abstention qui se politise d'année en année, de scrutin en scrutin et que les Européennes vont constater ... Une abstention que Macron refuse politiquement de reconnaître en refusant la comptabilisation du vote Blanc. 

Au récit ridicule, confié de façon  déraisonnable de façon extrême à un microcosme bureaucratisé d'éditorialistes et de "standardiseurs" culturels  réduits à une régurgitation du discours et paramètres officiels (les comptages notamment) ... rendus aveugles par auto désinformation ... rendant du même coup les services régaliens impuissants et exposés au pire, et surtout à l'épuisement, les GJ ont carrément imposé la réalité de leur lutte, de leurs couleurs, de leur unité pluraliste, de leur occupation de l'espace public et des temps libres disputés à la seule consommation ... leur agenda. 

La dernière tartuferie Macronienne, la conférence de presse singée sur le De Gaulle du "Pourquoi voulez vous qu'à mon âge je commence un carrière de dictateur" ,  a définitivement libéré du calendrier du pouvoir le mouvement .. .D'ailleurs la dernière liste GJ aux Européennes, en gestation vient d'être in extrémis abandonnée par souci d'indépendance par Valette... 

Le Calendrier qui vient sera jaune Messieurs Dames, et il n'y aura bientôt plus que le système, le pouvoir, et ses artifices à l'ignorer .

Le Premier Mai sera à n'en pas douter une étape décisive. 

Le 4 sera celui de la reprise des ronds points. 

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