L'Algérie élargit une voie ouverte par les restitutions des biens mal acquis. La gauche devrait aujourd'hui, dès maintenant, ouvrir largement les yeux sur la question qui vient, qui se construit : qui va payer les réparations dues, légitimement, à l'Afrique colonisée, outragée, martyrisée, et heureusement, libérée.
Il aurait fallu se doter de cette loi au lendemain de l’indépendance [NDLR : en 1962], lance Hadda Hazem, directrice du quotidien Al Fadjr. Ce texte est nécessaire même s’il a tardé à venir. Il fallait solder le contentieux dès le départ, souligne-t-elle. Il fallait demander à la France à ce moment-là de reconnaitre ses crimes et de présenter ses excuses, rapporte Radio Canada,
Une loi algérienne criminalise la colonisation française, un « geste hostile », dit Paris - Radio Canada
Hadda Hazem, directrice du quotidien Al Fadjr d'y poursuivre : "Et pourquoi pas des réparations?" Mme Hazem cite l’exemple des Juifs, qui ont eu droit à des compensations de la part de l’Allemagne après qu'elle eut reconnu sa responsabilité sous Hitler. Pourquoi pas l’Algérie, qui a subi ces torts de la part de la France pendant 132 ans?
Les exemples ne manquent pas, selon elle.
Il y a eu des enfumades [NDLR : une méthode utilisée par l’armée française durant la conquête de l'Algérie, notamment en 1844-1845, et qui consiste à asphyxier des personnes réfugiées ou enfermées dans une grotte avec des feux à l’entrée], il y a eu des essais nucléaires, dont des populations dans le Sud algérien souffrent aujourd’hui encore. Des villages entiers ont été rasés par l’armée française, qui a utilisé des armes prohibées par la communauté internationale [le napalm]. Il ne faut pas oublier non plus les biens qui ont été volés.
La question des réparations est donc évoquée, et selon Benjamin Stora, (source : Radio Canada), c'est l'élément nouveau dans cette marche vers la reconnaissance de la responsabilité française des crimes coloniaux, commis en Algérie et ailleurs. Cette criminalisation répond vingt ans après, aux lois imposées par la majorité sarkozyste, et le bloc bourgeois, en 2005,
La colonisation: un bienfait ou pas? - Radio Canada ( décembre 2005)
Si question des réparations se pose, alors, se posera la question de qui paie l'addition, la question démocratique de toujours, à laquelle est assortie celle du "à qui a profité le crime" !
Car l'UE, le néolibéralisme ont ouvert bien des yeux, levé le tapis sur bien des réalités sordides : ce sont les bourgeois, les actionnaires, les banquiers, qui se gavent hors toutes lois, et ce sont en définitive, les travailleurs, qui casquent, se saignent pour "réparer"... Anatole France l'écrivait dans l'Humanité : "On croit mourir pour la patrie, et on meurt pour des industriels"... Et ces industriels, ont des noms, des adresses, on les connaît, des livres à Bercy, en passant par les registres des aides publiques, organisées en pillage en règle du pays.
Quand un Attal qui n'a jamais bossé, clame du haut de son oisiveté "tu casses, tu paies, tu répares"... il oublie, par manque de culture, et acculturation, que c'est sa classe, qui casse, avant tout, qui pollue, qui colonise, exploite et qui donc !!! doit réparer, payer ! En Afrique, c'est la même chose, ce sera aussi le cas de l'Océanie, du Vietnam etc...
Doit-on raconter comment des entreprises comme Michelin dont on vante actuellement le remboursement de quelques miettes d'aides publiques ont fait bloc lors du pouvoir unique de la Banque de France dans les années 30, leur poids dans le financement du fascisme (la Cagoule, groupe terroriste, fut financée par Michelin, Lesieur, Lafarge, Citroën etc.) puis la collaboration ? Michelin, le grand exploitant des gommiers, du caoutchouc, comme d'ailleurs les Bettencourt, les ancêtres du luxe (LVMH entre autres) grand amateur de "travail gratuit" comme l'armement en France (les poudreries et les esclaves - appelons un chat un chat - vietnamiens) ?
Derrière la barbarie coloniale de Bugeaud, Massu, Galliéni et les autres... il y a Hitler selon le Discours sur le Colonialisme de Césaire !
L'Algérie nous rappelle à notre histoire, à celle de notre bourgeoisie, et nos convergences de classes avec les peuples racisés, colonisés, martyrisés... Et l'alternative qui se présente est celle de toujours : paierons-nous leurs profits ou leur présente-t-on l'addition en renversant, enfin les rapports de production et en ouvrant bien grand nos gueules qu'ils ferment petit à petit avec la complicité des installés repeints en "gauche" rose - vert - rougeaux...
Et viendra un temps où il faudra dire, au-delà de la mise en accusation du Plan Marshall US, que l'UE a dans son ADN, l'exploitation coloniale, de l'Indonésie, du Congo, de la Namibie, de toute l'Afrique, avec des génocides odieux, autant que les pillages perpétrés. Qui paiera car il faudra bien payer, lorsque la canonnière ne suffira plus.
Et il n'est certainement pas dû au hasard, que ce énième épisode d'un long débat de conscience s'ouvre, alors que celui du climat, du rapport à l'environnement, se poursuit de façon chaotique, armée, voire militaire... C'est un rapport au monde qui se traite là... non celui de la France !!! (foutaise) mais celui de la bourgeoisie capitaliste. Son bilan effarant.
Ça suffit non ?