jmharribey
Abonné·e de Mediapart

15 Billets

0 Édition

Billet de blog 23 nov. 2022

jmharribey
Abonné·e de Mediapart

Les théories économiques passées au crible

Notre collègue Liêm Hoang-Ngoc vient de publier Petit manuel critique des théories économiques (Paris, La Dispute, 2022). L’auteur est modeste car cet ouvrage n’est pas si petit que son titre le dit. Il est au contraire un véritable grand manuel d’initiation et d’approfondissement des principales théories économiques.

jmharribey
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Notre collègue Liêm Hoang-Ngoc vient de publier Petit manuel critique des théories économiques (Paris, La Dispute, 2022). L’auteur est modeste car cet ouvrage n’est pas si petit que son titre le dit. Il est au contraire un véritable grand manuel d’initiation et d’approfondissement des principales théories économiques. Il n’est pas bâti à la manière des livres d’histoire de la pensée économique, respectant généralement la chronologie de l’apparition et du développement de ces théories, comme si les unes succédaient aux autres en apportant un supplément de connaissances. Il est structuré autour des grands paradigmes qui séparent les théories ; certes, ceux-ci accompagnent l’évolution du système économique capitaliste et renvoient aux grandes confrontations sociales qui ont jalonné les deux siècles précédents, mais il ne s’agit pas d’une évolution linéaire qu’il suffirait de suivre d’année en année pour voir comment les connaissances s’ajoutent et se complètent. Ce n’est justement pas le cas.

  1. L’épistémologie de l’économie

Comme l’écrit Liêm Hoang-Ngoc, dès son Avant-propos, l’« objectif est à la fois didactique et épistémologique » (p. 9). Didactique parce qu’il faut aider à s’orienter dans le dédale des théories. Épistémologique parce qu’il s’agit de montrer en quoi une théorie est au moins autant une idéologie qu’une explication heuristique. Autrement dit, le normatif se mêle constamment au positif. Dès les premières pages, et notamment dans son premier chapitre, l’auteur pose clairement ce qui, à ses yeux, est le plus important à comprendre ; il donne le ton avec la référence à Marx : « l’idéologie est "l’expression inversée des rapports de production" dans la conscience des individus » (p. 12). Dès lors, la première question examinée par l’auteur est : « L’économie est-elle une science ? », titre du premier chapitre. La question n’est pas anodine car, on va le voir, la réponse adoptée par la théorie « mainstream », celle qui domine depuis un siècle et demi, relève d’une démarche « hypothético-déductive » consistant à énoncer une loi prétendument universelle assortie de conditions, d’hypothèses dont la réalisation suit une « logique déductive » (p. 15), dans le but de faire des prédictions si ces hypothèses ne sont pas « falsifiées », au sens de Popper, c’est-à-dire invalidées par les faits. Cette prétention conduit à rejeter toutes les thèses s’éloignant de l’orthodoxie, aussi bien l’institutionnalisme que le marxisme, et même la branche autrichienne de la théorie néoclassique derrière Mises et Hayek, tout en dénaturant complétement la théorie keynésienne. Pourtant, à y regarder de près, « si les économistes du mainstream se conformaient à leurs principes, les tests infirmeraient la plupart de leurs hypothèses clés et leur système de croyances d’effondrerait » (p. 21).

C’est la raison pour laquelle Liêm Hoang-Ngoc commence par présenter les bases de l’économie politique classique qui naît « au tournant de la révolution bourgeoise » (p. 25). Il montre bien que la présentation traditionnelle d’Adam Smith est biaisée, pour ne pas dire erronée. Celui-ci est moins le chantre de la fameuse « main invisible » du marché que celui du « besoin de reconnaissance d’autrui » (p. 29). Et Smith est véritablement le premier à mettre en évidence que la valeur crée par les travailleurs est répartie entre trois classes, les travailleurs, les capitalistes et les propriétaires fonciers. David Ricardo clarifiera quelques années plus tard cette esquisse de la théorie dite de la « valeur-travail »[1], en même temps qu’il dressera la célèbre loi des coûts comparatifs pour justifier le libre échange ; malheureusement, l’hypothèse d’immobilité du capital dans le monde sur laquelle il réfléchissait n’est plus vérifiée aujourd’hui.

  1. Trois paradigmes

Suivent alors trois chapitres (3, 4, 5) présentant les fondements des trois paradigmes qui se partagent maintenant la discipline économique et qui s’en disputent la prééminence scientifique : la théorie marxiste, la théorie néoclassique et la théorie keynésienne. L’un des grands mérites de Liêm Hoang-Ngoc est qu’il sait de quoi il parle : il n’a donc pas de peine à effacer les multiples bêtises qui sont écrites sur les deux fondateurs de la pensée économique hétérodoxe, Marx et Keynes, et à décrypter les apories de la théorie néoclassique.

Sur Marx d’abord, l’auteur présente clairement la théorie de l’exploitation de la force de travail, l’appropriation de la plus-value, le passage de l’extorsion de la plus-value absolue (par l’augmentation de la durée du travail ou la baisse des salaires) à la plus-value relative (par l’augmentation de la productivité du travail) et la tendance à l’accumulation et la suraccumulation de capital. Il fait justice du lieu commun consistant à dire que Marx aurait énoncé une loi linéaire de la baisse du taux de profit, puisqu’il a au contraire énuméré six contre-tendances pouvant inverser l’évolution de ce taux. Enfin, Marx, dans ses schémas de la reproduction du capitalisme, a mis en évidence ses conditions d’équilibre ou bien de la surproduction.

À peine Marx s’est-il éteint en 1883 que s’est développé ce qui sera appelé la théorie néoclassique, sous la houlette de Walras, Marshall et Menger. En rupture avec la théorie de la valeur-travail pour promouvoir la valeur-utilité, l’exploitation de la force de travail disparaît. Il ne reste que « des agents économiques rationnels, formulant leurs préférences sur des marchés en fonction de l’utilité marginale [décroissante] des biens qu’ils souhaitent acheter ou vendre » (p. 34). À la suite de Walras, les néoclassiques ont forgé un modèle dit « d’équilibre général en concurrence parfaite » (p. 65) sur tous les marchés simultanément. Les hypothèses étaient tellement irréalistes que, peu à peu, elles furent atténuées pour introduire la concurrence imparfaite. Cependant, malgré ces perfectionnements et la démonstration mathématique par Arrow et Debreu de l’équilibre, ce dernier ne peut pas être stable, ainsi que l’ont établi Sonnenschein, Mantel et Debreu [2].

Les économistes néoclassiques ne sont pas restés indifférents à la croissance économique à long terme. Avec le modèle dit de Solow, construit avec une fonction de production appelée Cobb-Douglas, à facteurs substituables dont la productivité marginale est décroissante, et avec des rendements d’échelle constants, Solow laisse inexpliquée une bonne part de la croissance laissée au rôle du progrès technique et de l’environnement institutionnel. Les théories de la croissance endogène à rendements croissants, mettant en évidence le « capital humain », comblent-elles ce manque ? Rien n’est moins sûr car « les hypothèses de rendements factoriels décroissants et de rendements d’échelle constants associées à la fonction de production retenue sont les seules qui soient compatibles avec le cadre de la concurrence parfaite » (p. 83). Il reste deux impasses encore dans la théorie néoclassique. La première porte sur les avantages comparatifs ricardiens reformulés par Hecksher, Ohlin et Samuelson, qui ne permettent pas de lever le paradoxe de Leontief ayant mesuré que les États-Unis pourtant dotés de beaucoup de capital exportent surtout des biens incorporant beaucoup de travail. La seconde est la théorie quantitative de la monnaie qui stipule que la monnaie est neutre sur l’activité réelle et ne peut avoir qu’une influence sur le niveau des prix. Et c’est là qu’entre en scène Keynes.

Il entre en scène dans l’entre-deux-guerres traversé par une crise capitaliste mémorable. L’objectif de Keynes est d’expliquer les situations fréquentes de sous-emploi. Le chômage n’est pas volontaire, car l’emploi dépend de la demande effective telle que la perçoivent les entreprises. « Pas plus que le salaire sur le marché du travail, le taux d’intérêt n’équilibre l’offre et la demande sur le marché du capital. […] Dans une situation sujette à l’incertitude radicale, rien n’assure que le niveau d’investissement corresponde spontanément à celui d’un équilibre de plein emploi » (p. 87-89). Contrairement à la théorie néoclassique, Keynes ne voit pas le taux d’intérêt comme équilibrant « l’offre et la demande de capital sur un marché de fonds prêtables », mais comme « le prix du renoncement à la préférence pour la liquidité  sur le marché de la monnaie, où se confrontent une offre de monnaie, émise par la Banque centrale, et une demande de monnaie, qui n’obéit pas au seul motif de transaction, mais également, dans un contexte d’incertitude, au motif de spéculation » (p. 90). Il s’ensuit que « l’incertitude qui pèse sur la détermination du taux d’intérêt dans la sphère monétaire exerce alors une influence directe sur la sphère réelle, contrairement à la thèse quantitativiste, postulant une dichotomie entre le monétaire et le réel » (p. 91).

Et Liêm Hoang-Ngoc rappelle le principe du multiplicateur d’investissement moins élevé en économie ouverte qu’en économie fermée et celui du multiplicateur budgétaire. La valeur de ce dernier « est la plus forte dans le cas de la monétisation des déficits par la Banque centrale », elle est « moindre lorsque l’État recourt à l’emprunt […] et encore moindre » lorsque l’État finance sa dépense par l’impôt (p. 94). Tel est le cadre posé dans la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, dont Keynes tire des principes de politique macroéconomique. Mais, en admettant deux des hypothèses microéconomiques néoclassiques (les facteurs de production sont rémunérés à hauteur de leur productivité marginale qui est elle même décroissante), Keynes « ne remet pas en cause la répartition primaire des revenus dans les entreprises » (p. 99). Cela signifie « qu’il ne prône pas la hausse des salaires réels » (p. 99) parce qu’il a en tête la priorité de relance de l’investissement des entreprises, de laquelle naîtra un accroissement du volume d’emploi et donc de la masse salariale globale [3]. De là la vient l’idée de Keynes pour considérer que les salaires sont rigides à la baisse et qu’il faut jouer sur la souplesse de la masse monétaire, sauf si « le taux d’intérêt est déjà à son taux plancher et/ou lorsque le climat des affaires est si morose que l’investissement est insensible au taux d’intérêt. Dans ce cas, il appartient à l’État d’activer la politique budgétaire dans le but de soutenir la reprise par un surcroît de dépenses publiques. » (p.  101).

C’est arrivé à ce point que Liêm Hoang-Ngoc consacre un paragraphe à ce qu’il appelle le « keynésianisme vert » (p. 103). « Le keynésianisme vert, dit-il, peut rétablir le plein emploi grâce à une croissance plus sobre, s’il fixe comme priorité le développement de secteurs riches en main-d’œuvre et faiblement intensifs en énergies carbonées, tels que l’agriculture biologique, la santé, l’éducation ou les activités culturelles. » (p. 103-104). On approuvera complètement cette perspective. Cependant, on est en droit de poser deux questions. Suffit-il d’affiner la comptabilité nationale pour définir un agrégat de produit national décomposé en activités écologiques croissantes et en activités productivistes et polluantes décroissantes ? [4] Certes, cela correspond à ce que j’ai moi-même appelé la « décroissance sélective »[5], au grand dam de la plupart des théoriciens de la décroissance, mais cela n’indique pas le moyen de traduire cette décomposition en réorientation de l’appareil productif, au sein duquel les rapports sociaux resteraient bloqués. La seconde question est de savoir en quoi le keynésianisme vert se distingue de la croissance verte, figure obligée actuelle des discours orthodoxes dominants. Liêm Hoang-Ngoc n’en dit rien, alors que la critique de cette dernière option est aujourd’hui bien documentée [6]. De plus, on a l’impression que c’est aux post-keynésiens que l’on doit la prise en compte de l’écologie au sein de l’économie du développement, en ignorant ainsi toutes les discussions autour de l’économie écologique menées depuis plusieurs décennies [7].

  1. Les boîtes à outils du mainstream

Après avoir présenté les fondements théoriques des trois paradigmes précédents, Liêm Hoang-Ngoc s’attaque au détail des modèles néoclassiques macroéconomiques (chapitre 6) et microéconomiques au travers de l’institutionnalisme de marché (chapitre 7).

Les étudiants en économie reconnaîtront le ba-a-ba enseigné à l’Université, mais assorti d’une critique rigoureuse faite par notre auteur. D’abord le modèle baptisé IS-LM par la dite « synthèse néoclassique », qui figure un équilibre global de l’économie au point d’intersection entre la courbe représentant l’égalité entre l’investissement et l’épargne (IS) et la courbe représentant l’égalité entre l’offre de monnaie exogène et la demande émanant des agents économiques (LM). Mais, ce que souligne Liêm Hoang-Ngoc, c’est que « l’hypothèse de rigidité nominale de salaire est présentée à tort par le mainstream comme la clé de lecture de laThéorie générale. Convoquée par Keynes au chapitre XIX de la Théorie générale, rappelons qu’elle n’est qu’une variante de l’effet Keynes à salaire et prix flexibles, lui même présenté par l’auteur comme un cas exceptionnel. Cet effet intervient lorsque les salaires et les prix baissent dans une proportion équivalente, libérant des encaisses pour motif de spéculation, susceptibles de se porter sur l’acquisition de titres et de provoquer une baisse des taux d’intérêt. Symétriquement, il est alors possible, souligne Keynes, d’obtenir une baisse des taux d’intérêt par une politique monétaire expansionniste, en cas de rigidité des salaires. Mais cet effet ne saurait survenir dans le cas où l’offre de monnaie est endogène, ajoute-t-il immédiatement. » (p. 126).

Le deuxième modèle décrypté par Liêm Hoang-Ngoc est la fameuse courbe de Phillips établissant une relation inverse entre croissance des salaires et taux de chômage, traduite en une relation inverse entre inflation et chômage qui a longtemps inspiré les recettes de politique économique. Mais Liêm Hoang-Ngoc explique que plusieurs interprétations de cette courbe sont possibles. Celle de Friedman et des monétaristes : « l’économie est supposée converger vers un équilibre général auquel est [sont] associé[s] un taux de chômage naturel, sur le marché du travail, et un taux d’intérêt naturel égalisant l’épargne et l’investissement, sur le marché des fonds prêtables. » (p. 133). Ce taux de chômage naturel correspond au taux qui n’accélère pas l’inflation (le NAIRU). Et « seules les erreurs d’anticipations des ménages à l’égard de l’inflation, résultant de la politique monétaire de la Banque centrale, expliquent l’influence temporaire des grandeurs monétaires sur les grandeurs réelles et la baisse du chômage effectif en dessous du taux naturel » (p. 134, je souligne). Mais en fonction des « anticipations adaptatives », « l’histoire racontée par Friedman repose donc sur une hypothèse de rigidité salariale nominale de court terme, dans laquelle une politique discrétionnaire provoque des effets réels tant que les salaires ne s’ajustent pas aux prix » (p. 140, je souligne). Une autre interprétation fondée sur les « anticipations rationnelles » est formulée par Lucas : les travailleurs rationnels savent tout sur tout, présent et futur, et « réclament immédiatement une augmentation des salaires nominaux proportionnelle à cette augmentation du niveau général des prix » (p. 142, je souligne). Il s’ensuit, poursuit Liêm Hoang-Ngoc, que « le seul canal de transmission par lequel une politique monétaire expansionniste est susceptible d’engendrer un effet réel à court terme [comme dans le cas de Friedman] disparaît » (p. 143). Ainsi revient l’idée de la neutralité de la monnaie. Reviennent aussi la verticalité de la courbe de Phillips, la constance du salaire réel, quelle que soit la politique monétaire qui ne peut rien sur le taux de chômage naturel. On comprend alors l’accrochage néolibéral sur les politiques restrictives d’austérité, tant monétaire que budgétaire. Mais tout cela a été démenti par au moins deux faits : « la désindexation de l’évolution des salaires sur celle des prix » et « le chômage n’exerce plus aucune pression à la baisse des prix et, inversement, les salaires n’augmentent plus lorsque le chômage diminue » (p. 145).

Le troisième item macroéconomique néoclassique est le « procès à la dépense publique » (p. 147). On a tout entendu : « trop d’impôt tue l’impôt », « la France championne du monde des prélèvements obligatoires », « l’investissement public évince l’investissement privé », « l’équivalence ricardienne », formule savante pour dire que financer l’État par l’emprunt est vu par les agents comme de futurs impôts, etc. Et Liêm Hoang-Ngoc rappelle que tout cet arsenal argumentaire repose sur la prise en compte du seul effet de substitution en ignorant l’effet de revenu sur le comportement des agents et qu’une contrainte d’offre empêche toute action de la demande. Autrement dit, la stimulation de l’économie est inefficace parce que, par construction, on est au plein emploi permanent. Mais c’est bien sûr, il n’y a pas de problème !

Toutefois, les théoriciens néoclassiques ne sont jamais en peine de sophistiquer toujours un peu plus leurs arguments. Comme leur macroéconomie est inopérante, ils en recherchent des fondements microéconomiques. Ils sont bien obligés de constater la « dérive du chômage » (p. 154). Ils abandonnent le taux de chômage naturel, que Friedman considérait comme stable, pour le « taux de chômage d’équilibre [qui] tend à évoluer avec le chômage courant » (p. 155). C’est ainsi que les néokeynésiens [8] expliquent le phénomène d’hystérèse (l’effet persiste après que ses causes ont disparu), car « le chômage courant dérive vers des valeurs d’équilibre toujours plus élevées » (p. 156), notamment parce que, contrairement à l’hypothèse néoclassique standard, en pratiquant des salaires élevés, l’entreprise inciterait les travailleurs à l’effort : dans la littérature, cela s’appelle l’hypothèse de « sélection adverse ». On est donc dans une situation d’information asymétrique où le marché du travail est présenté en termes d’insiders/outsiders, les travailleurs premiers nommés ici faisant obstacle à l’embauche des seconds [9].

Finalement, le programme théorique néokeynésien est synthétisé dans le modèle « WS-PS » (Wage setting-price setting) : « les salaires négociés sont supérieurs au salaire concurrentiel et les prix fixés, en concurrence monopolistique, sont supérieurs aux prix concurrentiels » (p. 160). Il en résulte que « les recommandations des nouveaux keynésiens s’orientent généralement en faveur de politiques [… visant à réduire] le coût du travail par des subventions à l’emploi ou des exonérations de cotisations sociales » (p. 162). Pour un résultat « extrêmement limité pour un coût démesuré (équivalent à un point de PIB) supporté par la collectivité » et avec « de nombreux effets pervers » (p. 164).

Le marché ne peut-il donc pas tout ? Eh bien, les néoclassiques les moins accrochés à leurs dogmes en conviennent. Aussi, se tournent-ils vers le rôle joué par les institutions du capitalisme (chapitre 7). En particulier, ils revisitent la théorie de l’État et ils se penchent sur les « coûts de transactions » dans les entreprises. D’abord, ils reconnaissent l’existence d’externalités du marché, qui obligent l’État à intervenir. Mais en l’absence de biens de substitution, la demande des biens incluant des externalités est inélastique aux prix qu’une taxe viendrait modifier. En présence de rendements croissants, on a affaire à un monopole naturel, dans lequel le coût moyen de production baisse quand la production croît, comme dans le cas des activités de réseaux, où les coûts fixes sont importants mais les coûts marginaux sont faibles. En allant plus loin, la théorie du bien-être issue du corpus néoclassique distingue les biens privés des « biens publics »[10] considérés comme non rivaux et non exclusifs, des « biens communs » rivaux mais non exclusifs [11], et des « biens de club » non rivaux et exclusifs. Parce que le marché « est incapable d’assurer spontanément la solvabilisation des biens et services collectifs étant donné qu’il est impossible de fixer un prix pour chacun, […] l’État doit alors estimer la quantité de biens ou services correspondant à la préférence collective et contraindre les usagers à en financer la prise en charge par l’impôt » (p. 177). Dommage que Liêm Hoang Ngoc n’ait pas mentionné l’apport de la réflexion sur les communs au sujet de l’autodétermination démocratique des usagers, nécessaire à la gestion des biens communs comme des biens publics. C’est notamment cela qui est en jeu par exemple dans la direction de l’hôpital public aujourd’hui soumis à des normes de rentabilité.

L’argumentaire néoclassique teinté d’institutionnalisme ne serait pas complet sans une nouvelle théorie de l’entreprise, dépassant le cadre schumpetérien de l’innovation : « l’entreprise capitaliste est la forme de coordination la plus efficace, susceptible d’engendrer un surplus – qualifié de résidu ou de quasi-rente organisationnelle – dont le bénéfice doit revenir, nécessairement et incontestablement, aux capitalistes » (p. 193). Exit l’exploitation de la force de travail, place au « fonds de placement ou à la holding financière qui crée la valeur actionnariale » (p. 198-199) chère à Williamson. On retrouve le meilleur des mondes.

  1. Vive la rébellion !

Le livre de Liêm Hoang-Ngoc se termine par deux chapitres (8 et 9) consacrés aux héritiers rebelles de Marx et de Keynes et à la place de l’hétérodoxie aujourd’hui. C’est là que le lecteur peut découvrir ce que l’on appelle aujourd’hui le post-keynésianisme, un courant qui fut ouvert par l’économiste polonais Michal Kalecki (1899-1970), en élaborant une synthèse de Marx et de Keynes (précisons qu’il avait formulé les bases du keynésianisme avant même de connaître Keynes). Liêm Hoang-Ngoc fait progresser le lecteur de façon pédagogique car il présente tour à tour quelques-unes des principales thèses qui furent développées après la Seconde Guerre mondiale pour expliquer les soubresauts du capitalisme contemporain.

D’une part, la thèse de la suraccumulation du capital a été reformulée par les économistes du parti communiste français pour indiquer que l’État a sauvé le capital de la baisse du taux de profit. Mais Liêm Hoang-Ngoc fait remarquer avec raison que, dans la période d’après-guerre, on était en pleine reconstruction économique et que la baisse de la rentabilité du capital n’est venue que plus tard, au cours des années 1960-1970. C’est alors qu’a été formulée la thèse de l’École de la régulation qui a souligné l’importance des institutions régulant le capitalisme : « le rapport financier, le rapport salarial et le rapport marchand sont les trois rapports sociaux fondamentaux, encore appelés les "invariants institutionnels" d’une économie monétaire et salariale » (p. 207). C’est ce mode de régulation qui a dominé pendant l’époque dite fordiste « au cours des Trente Glorieuses dans les pays du bloc de l’Ouest » (p. 209). Mais « le cercle vertueux se brise au tournant des années 1970 » (p. 212) : c’est « une crise du rapport salarial » (p. 213) à laquelle le capital cherchera à répondre par la flexibilisation de la force de travail et par la financiarisation de l’économie. Le résultat est un « déplacement de la répartition des revenus et des patrimoines » (p. 216).

Nous voici alors au cœur du message post-keynésien, initié par Kalecki nous l’avons dit, et suivi aussi par Nicholas Kaldor et Joan Robinson [12]. Les modèles post-keynésiens « font dialoguer Marx et Keynes » (p. 218) pour démontrer que la répartition des revenus influence la croissance économique. Cela est souvent résumé par l’idée kaleckienne imagée par Kaldor : « les travailleurs dépensent ce qu’ils gagnent, les capitalistes gagnent ce qu’ils dépensent ». Cela signifie que, macroéconomiquement, le profit capitaliste se fixera à la hauteur de l’investissement que décideront les capitalistes [13]. On inverse donc le schéma orthodoxe selon lequel le profit permet l’investissement ; au contraire, c’est l’investissement qui permettra le profit : « la causalité va de l’investissement au profit, car c’est l’investissement autonome, lié aux anticipations des entrepreneurs et à leurs esprits animaux, qui s’avère déterminant » (p. 221). Se démarque-t-on « des thèses marxistes traditionnelles », ainsi que le dit Liêm Hoang-Ngoc (p. 218) ? L’économie « est structurée par des classes sociales », dit-il (p. 218), et l’inflation « résulte d’un conflit distributif entre les classes », poursuit-il (p. 219). Jusque-là on est en plein dans l’analyse marxiste. Et Liêm Hoang-Ngoc fait référence au fait que « l’investissement dépend également de la part des profits dans la valeur ajoutée » (p. 225), à la nuance près qu’il s’agit de la part des profits anticipée et non de celle passée (note 23, p. 225). Là où il a sans doute raison, c’est que dans les schémas de la reproduction de Marx, on peut déduire l’idée que l’équilibre se fait à partir d’une proportion de la plus-value déjà réalisée qui est accumulée.

Avec ces modèles post-keynésiens, on peut réfuter les idées faussement progressistes de la fin du travail et du revenu d’existence, mais Liêm Hoang-Ngoc est assez avare en références sur ces points [14]. L’accord avec le salaire à vie de Bernard Friot aurait également mérité discussion [15].

Le chapitre 9 de Liêm Hoang Ngoc « Où va l’hétérodoxie ? » synthétise cet ouvrage voulant dévoiler les idéologies derrière les théories économiques. Mais l’auteur n’est pas dupe : « à s’épuiser dans une critique politiquement inoffensive, les hétérodoxes ont sans doute manqué d’étayer leur propre représentation métaphysique du monde » (p. 238). C’est ce qui permet à l’hétérodoxie d’être « récupérée » (p. 239). Par exemple par la « lutte contre "l’autisme" » (p. 239) et surtout par l’économie des conventions qui est « une grammaire de la justification des ordres établis » (p. 242). En cause « la méthodologie conventionnaliste [qui] renvoie explicitement à une sociologie compréhensive à la Weber, reposant sur des typologies élaborées à partir de la représentation que les acteurs se font eux-mêmes des règles qu’ils construisent » (p. 243). L’économie des conventions « délimite le domaine du juste et du légitime qui cimente dans le temps la coopération entre les individus dans l’entreprise. Sa grammaire est simplement plus étendue que celle de Williamson. » (p. 245).

Liêm Hoang-Ngoc se demande encore « que faire de la théorie de la régulation ? qui semble a priori armée pour résister à toute tentative de récupération » (p. 245). Mais, dit-il, « son interprétation de la crise du fordisme ressemble fort  à une version sophistiquée de la thèse orthodoxe d’une crise de l’offre » (p. 246). Liêm Hoang-Ngoc n’exagère-t-il pas un peu parce qu’il loue Michel Aglietta d’avoir insisté sur le changement intervenu dans le rapport entre les apporteurs de capitaux et les gestionnaires dans un contexte de baisse du taux de profit […] qui a induit […] la redéfinition des normes du rapport salarial » (p. 247), et il critique notamment Lipietz qui, pourtant, au démarrage de l’École de la régulation, disait sensiblement la même chose[16]. Le choc distributif dont parle Liêm Hoang-Ngoc est une façon de redire que la lutte des classes se loge aussi dans la répartition des revenus. Là où il a raison, c’est que, trente ans plus tard, certains économistes se réclamant de l’École de la régulation recherchent « la "bonne flexibilité" permettant d’amender le capitalisme managérial. […] Leurs recommandations en faveur d’aménagements sociaux-libéraux du capitalisme actionnarial écartent du champ des possibles les transformations sociales susceptibles de conduire à un changement de système » (p. 250). La preuve d’une convergence possible réside dans le statut de la monnaie qui « est le lien social par excellence, en tant qu’instrument de validation des travaux privés chez Marx, ou d’"anté-validation", lorsqu’elle prend la forme du crédit. Elle conditionne la mise en œuvre des projets d’investissement chez Keynes. » (p. 258).

La conclusion de Liêm Hoang-Ngoc est qu’il ne faut pas « abandonner le champ de l’analyse économique à la science économique officielle et déserter le terrain de la construction d’une théorie hypothético-déductive concurrente que l’on confronterait, tant bien que mal, à la réalité empirique » (p.  257), en se souvenant que « la pensée économique n’est pas une science exacte. Elle est une science sociale […] Elle est le champ d’une confrontation d’acteurs, appartenant à des classes déterminées par leur position dans un processus de production que l’économiste tente de modéliser, tout en assumant les implications politiques de sa théorie. Telle est la position matérialiste assumée dans cet ouvrage ». (p. 257-258).

Au final, de la belle économie politique offerte par ce « petit » manuel aux grandes conséquences.

                                                                                                                23 novembre 2022

[1] Liêm Hoang-Ngoc ne met pas de trait d’union dans cette expression. J’en mets un, ce qui permet de faire la différence avec la dénommée « valeur travail » au sens philosophique. Voir de nombreux textes sur ce point, notamment sur ce blog, ou dans Politis, et surtout dans La richesse, la valeur et l’inestimable, Fondements d’une critique socio-écologique de l’économie capitalisteParis, Les Liens qui libèrent, 2013.

[2] Liêm Hoang-Ngoc ne mentionne que le premier de ces trois noms, celui qui fut effectivement le premier à établir que la dite loi de l’offre et de la demande n’est pas une loi. Il renvoie à juste raison à Bernard Guibert. J’ai donné une présentation succincte du théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu dans La richesse, la valeur et l’inestimable, op. cit., p. 144, ou sur le site, p. 86.

[3] Autrement dit, selon Keynes, la baisse des salaires réels accompagne toujours l’amélioration de l’emploi, mais ce n’est pas cette baisse qui suscite l’embauche. La baisse des salaires nominaux pourrait jouer un rôle en faveur de l’emploi non pas parce que les travailleurs coûteraient moins cher, mais parce que les entreprises baisseraient leurs prix, ce qui, pour une même masse monétaire en circulation, équivaudrait à un accroissement de celle-ci, contribuant à la diminution du taux d’intérêt et, par suite, à la relance de l’investissement et de l’emploi. Mais, comme les salariés renâclent à la baisse des salaires, meilleure est alors la solution inverse : considérer les salaires nominaux comme rigides à la baisse – voire comme pouvant augmenter – et jouer sur la souplesse de la masse monétaire, sauf si on entre dans une trappe à la liquidité. J’ai présenté ces points dans « Les chemins tortueux de l’orthodoxie économique », 2008.

[4] En décomposant ainsi le PIB dans une équation additionnant les différents types d’activités, Liêm Hoang-Ngoc s’inspire d’un auteur états-unien Jonathan M. Harris dont le texte en français est : « Le keynésianisme vert : Au-delà des paradigmes standards de la croissance », Global Development and Environment Institute, Document de travail n° 13-02, février 2013, version française par Anne-Marie Codur.

[5] Notamment dans La richesse, la valeur et l’inestimable, op. cit.

[6] Voir notamment Hélène Tordjman, La croissance verte contre la nature, Critique de l’écologie marchande, Paris, La Découverte, 2021, et ma recension :« Le projet de marchandiser la nature, essai critique d’Hélène Tordjman », Contretemps, 2 juillet 2021, et A l’encontre, 20 septembre 2021.

[7] C’était déjà la réserve que j’avais émise en rendant compte du livre dirigé par Éric Berr, Virginie Monvoisin et Jean-François Ponsot, L’économie post-keynésienne, Histoire, théories et politiques, Paris, Seuil, 2018, dans « L’économie post-keynésienne en bonne voie… », Contretemps, 21 novembre 2018. À noter toutefois que Harris fait référence dans le texte cité par Liêm Hoang-Ngoc à l’économie stationnaire d’Herman Daly. Sur l’économie écologique en général, voir Ali Douai et Alain Plumecocq, L’économie écologique, Paris, La Découverte, 2017, et ma recension dans « L’économie écologique tiraillée de tous côtés », Contretemps, 8 septembre 2017.

[8] Comme on le verra plus loin, il faut distinguer les néokeynésiens et les post-keynésiens, les premiers cherchant à adapter la théorie néoclassique en intégrant certains traits du keynésianisme, les seconds s’en écartant radicalement et même en dépassant le message de Keynes lui-même à la suite de Kalecki.

[9] Ces analyses du marché du travail ont fait l’objet d’une critique radicale et réjouissante par Laurent Cordonnier, Pas de pitié pour les gueux, Sur les théories économiques du chômage, Paris, Seuil, 2000, rééd. Raisons d’agir, 2008.

[10] La traduction de l’anglais public goods en français donne biens publics ou biens collectifs, alors qu’au sens strict ces deux noms ne sont pas synonymes : un bien ou service public est desservi par l’État mais pas nécessairement le bien collectif.

[11] À la suite des travaux d’Elinor Ostrom, Gouvernance des biens communs, Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, Cambridge/Bruxelles, Cambridge University Press/De Boeck, 2010. Présentation critique dans Jean-Marie Harribey, La richesse, la valeur et l’inestimable, op. cit.

[12] Au sujet de Joan Robinson, voir la réédition par Ulysse Lojkine de son livre Essai sur l’économie de Marx(1942, Paris, Éditions sociales, 2022) et ma recension dans « Joan Robinson et Michael Heinrich invitent à lire et relire Marx », Contretemps,15 septembre 2022.

[13] Voir une présentation pédagogique et ludique de Laurent Cordonnier, L’économie des Toambapiks, Une fable qui n’a rien d’une fiction, Paris, Raisons d’agir, 2010.

[14] Voir Alaluf Mateo et Daniel Zamora (dir.), Contre l’allocation universelle, Montréal, Lux Éditeur, 2016 ;  Les Économistes atterrés et la Fondation Copernic (coord. Jean-Marie Harribey et Christiane Marty), Faut-il un revenu universel ?, Paris, Éd. de l’Atelier, 2017.

[15] Jean-Marie Harribey, « Derrière les retraites, le travail, À propos du livre de Bernard Friot, Le travail, enjeu des retraites », Les Possibles, n° 20, Printemps 2019 ; « Le communisme en marche, Sur le dialogue entre Bernard Friot et Frédéric Lordon », Contretemps, 19 janvier 2022.

[16] Alain Lipietz, Crise et inflation, pourquoi ?, Paris, La Découverte, 1979.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Comment le gouvernement veut rattraper le retard français
Dans un contexte de risque élevé de tension sur le réseau électrique cet hiver, l’Assemblée nationale examine, à partir du lundi 5 décembre, le projet de loi visant à accélérer le déploiement de l’éolien et du solaire en France.
par Mickaël Correia
Journal — Santé
Dans les Cévennes, les femmes promises à la misère obstétricale
Le 20 décembre, la maternité de Ganges suspendra son activité jusqu’à nouvel ordre, faute de médecins en nombre suffisant. Une centaine de femmes enceintes, dont certaines résident à plus de deux heures de la prochaine maternité, se retrouvent sur le carreau.
par Prisca Borrel
Journal
Affaire Sarkozy-Bismuth : les enjeux d’un second procès à hauts risques
Nicolas Sarkozy, l’avocat Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert seront rejugés à partir de lundi devant la cour d’appel de Paris dans l’affaire de corruption dite « Paul Bismuth », et risquent la prison.
par Michel Deléan
Journal — Corruption
Pourquoi les politiques échappent (presque toujours) à l’incarcération
Plusieurs facteurs expliquent la relative mansuétude dont bénéficient les politiques aux prises avec la justice, qui ne sont que très rarement incarcérés, malgré les fortes peines de prison encourues dans les affaires de corruption.
par Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
À Brioude, itinéraire d'une entreprise (presque) autonome en énergie
CN Industrie vit en grande partie grâce à l'électricité produit par ses panneaux solaires. Son modèle énergétique est un bon éclairage de ce que pourrait être un avenir largement éclairé par les énergies renouvelables. Rencontre avec son patron précurseur, Clément Neyrial.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
L'électricité est-elle un bien commun ?
[Rediffusion] L'électricité est-elle un bien commun, comme Yannick Jadot l'a fait récemment ? La formule produit un effet électoraliste garanti. Mais cette opération rhétorique est sans intérêt s’il s’agit, à partir de la fonction sociale actuelle de l’électricité, de faire apparaître dans le système énergétique des options qui méritent un positionnement politique.
par oskar
Billet de blog
Les coupures d'électricité non ciblées, ce sont les inégalités aggravées
Le gouvernement prévoit de possibles coupures d'électricité cet hiver : j'ai vraiment hâte de voir comment seront justifiées l'annulation de trains et la fermeture d'écoles pendant que les remontées mécaniques de Megève ou Courchevel continueront à fonctionner. Non ciblées sur les activités « non essentielles », ces coupures d'électricité pourraient aggraver les inégalités.
par Maxime Combes
Billet de blog
Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?
Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.
par Bernard Drouère