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Billet de blog 18 janv. 2017

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La Santé en Guyane

La Guyane traverse une énième crise de santé publique et comme souvent dans ce type de situation on sort l'armada qui fait croire que l'on s'occupe de la situation jusqu'à la prochaine crise. Le but est d'atténuer la charge émotionnelle que provoquent les nouvelles situations. Demain jeudi 19 va avoir lieu les assises. Le Dr Rollin BELLONY a rédigé une note qui me paraît adaptée à la situation...

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Ce n’est pas d'aujourd’hui que la Santé en Guyane est une préoccupation majeure. Il y a une abondante documentation sur la situation. Pour les non spécialistes dotés d’intelligence, d’esprit critique et d’analyse, il y a, parmi cette littérature, du copier-coller qui avait certainement pour but de baisser la charge émotionnelle de la crise du moment. Aborder l’Everest n’est rien à côté de ce défi guyanais. Un jeune patient récemment a commencé une grève de la faim faute d’une réelle prise en charge de son état de santé. Il y a deux jours un citoyen est décédé après une morsure de serpent en raison du fait que l’hôpital ne disposait pas de vaccin. Je mets volontairement dans l’obscurité les décès de patients et certaines complications (nourrisson, enfants, jeunes adultes, adulte comme cette patiente âgée de 81 ans)  faute de soins, ou à cause d'une prise en charge exécrable des malades. Il se murmure de plus en plus qu’il s’agit d’un hôpital de la mort.
D’une manière générale, les hôpitaux de Guyane sont tous logés à la même enseigne à quelques petites nuances près qui sont très insignifiantes. Les problèmes touchent tous les plans de la structure. Cela va de l’administration des facteurs de productions avec la gestion du personnel et des moyens, de l’économique avec la gestion des marchés et bien sûr ce que l’on pourrait appeler les variables de sortie, autrement dit, l’objectif à atteindre, la qualité des soins.
La vraie interrogation est de savoir si l’Hôpital en Guyane est réellement pensé ? Est-il le résultat d’un projet qui s’inscrit sur un territoire avec ses spécificités et qui a pour mission le bien-être de sa population et sa contribution au développement économique et social ?
Je ne suis pas un agitateur, je suis pour l’efficacité, contre la démagogie, pour la responsabilité. Sans faire partie de loin ou de près des professions de santé, je me suis documenté sur les problèmes de santé et particulièrement sur ceux de la Guyane qui défient l’entendement. J’ai échangé avec le Docteur Rollin BELLONY lors d’une émission de deux heures de temps que j’anime sur une radio libre connue sur Cayenne et ses environs à savoir la Radio JAM 96.2 FM. Sa démarche m’a plu et je pense qu’il est temps de cesser l’ostracisme dont il fait l’objet.
Rollin BELLONY est le créateur et le Président de « Pirogue Humanitaire » qui est un collectif d’acteurs de santé œuvrant pour la promotion de l’esprit communautaire et de la solidarité au sein des populations les plus nécessiteuses. Il a 20 ans d’expérience en la matière.
J’ai pris tout récemment connaissance d’une note qu'il a rédigée et intitulée : « Rêvévolution » Programme d’action pour traiter la santé en Guyane. Bien sûr, je lui ai demandé son autorisation avant d’en faire état sur mes blogs et le site du Parti Progressiste Guyanais. Voici ce qu’il en ressort.
« Notre appareil de soin n’est pas adapté à la situation démographique réelle. Nous souffrons d’un sous-développement général en matière d’infrastructure de santé et de professionnel de la santé nous sommes en situation de crise permanente
L’aide financière apportée par l’Etat n’effacera pas durablement le passif des hôpitaux de Cayenne, de Saint-Laurent et de Kourou. Je pense que les mesures spécifiques doivent être prises d’urgence. Il faut annuler la dette des hôpitaux publics mais remettre les compteurs à zéro ne suffira pas. »
Il décline ce qui coûte le plus cher :
     «-      Le surcoût outre-mer
-    Les retards de paiement qui génèrent l’augmentation des tarifs des fournisseurs.
-    Le transport des malades ne se limite pas au simple trajet en ambulance. Quand il n’y a pas de route l’hôpital envoie des hélicoptères et des avions pour transporter les malades de l’intérieur.
-    Le personnel avec un marché local de l’emploi limité et un personnel qualifié recruté systématiquement dans l’Hexagone ou à l’étranger (frais de transport, hébergement et sur-rémunération).
-    L’activité des centres de santé se surajoute au fonctionnement de l’hôpital de Cayenne. Ce sont tous ces frais supplémentaires que l’hôpital prend à sa charge directement, progressivement et durablement qui creusent le trou dans la caisse.
-    La démographie galopante exponentielle, aggravée par l’immigration et le non ajustement des dotations transforme le trou en puits sans fonds. »
Dans sa note complète que nous publions sur notre site : www.Partiprogressisteguyanais.fr, le Dr BELLONY rappelle les différentes mesures prises par l’Etat et notamment la T2A en 2007 n’ont pas réglé le problème. Par suite, il préconise des mesures exprimées dans son programme d’action. Il propose :
« 1- d’adapter l’organisation territoriale et l’accès aux soins en tenant compte des bassins de populations…
° Bassin de l’Ouest (vallée du bas Maroni)
° Bassin de l’intérieur (Vallée du haut Maroni)
° Bassin de l’Est (vallée de l’Oyapock)
° Bassin des Savanes (Kourou, Sinnamary, Iracoubo)
° Bassin du centre Littoral (l’île de Cayenne) »
Dans ce paragraphe, il pense à la transformation des hôpitaux. Ainsi, l’hôpital de Saint-Laurent deviendrait un hôpital international, le CMCK un centre hospitalier public, le CHC en un CHU pour former les futurs médecins. Le centre de santé de Saint-Georges deviendrait un centre de santé international, celui de Maripasoula un hôpital de l’intérieur.
Indépendamment de cette construction géographique il fait d’autres propositions notamment :
-    Redéfinir et accentuer la coopération avec les pays frontaliers en introduisant la notion de coopération transversale et le concept d’une carte de sécurité sociale internationale.
-    Mettre en place un institut de l’humanitaire conçu à partir de « centres de soins de quartiers devraient jouer un rôle de filtre pour désengorger les hôpitaux… »
-    Développer la médecine privée d’utilité publique en créant des villages de santé pluridisciplinaire. Il explicite dans ce paragraphe le comment et le pourquoi.
-    Participer à la mise en œuvre complète du système de formation des professionnels de santé. Il introduit dans cet alinéa la mise en place d’un « département des sciences médicales »
-    Créer une véritable administration territoriale de la santé. Dans ce passage, il fait implicitement le constat de l’absence de déconcentration de la politique de santé et propose « une sorte de ministère géré par l’assemblée territoriale en partenariat avec l’Etat ». Pour lui, « la CTG doit pouvoir jouer un rôle politico administratif… »
-    Développer une stratégie régionale en santé publique adaptée aux pratiques et au contexte multiculturel. Il précise qu’au « même titre que le curatif, les politiques de prévention doivent tenir compte des particularités de la Guyane (Hypertension artérielle, Diabète, Obésité, AVC, Sida, Drépanocytose, Paludisme, Dengue, Intoxication au Mercure, Drogue, Zika, Chikungunya). »
Il termine sa note en faisant le constat que tout un chacun est en mesure de faire en fonction de son niveau de conscience tant la situation est catastrophique que « La santé en Guyane est une véritable tragédie ». « Contrairement à ce qu’affirment certains ce n’est pas la Guyane à s’adapter au système de santé hexagonal mais le système de santé à s’adapter à la Guyane ».

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