Sans Territoire, sans Patrie, sans Mythe (début)

L'existence n'est rien d'autre que ce que nous voulons en faire collectivement. Mon champ d'exploration est la Guyane le pays qui m'a vu naître. Il est aussi ma source d'inspiration. Ce que j'en tire me permet de mieux comprendre le monde sous l'angle de l'universalité.

« L’existence précède l’essence ». Jean-Paul Sartre pose cette équation dans « L’Existentialisme est un Humanisme ». Je la nomme équation parce que je veux la rapprocher d’éléments tangibles en rapport avec le titre de mon article. Par suite, l’on peut aisément comprendre que je vais faire une extension de cette pensée philosophique. D’abord, On ne peut bien appréhender cette équation que si et seulement si on se penche sur l’essentialisme. Vous savez, cette doctrine que je considère qu’elle nous conditionne à la moutonnerie en nous faisant croire que notre destin est déjà écrit dès notre naissance. Ecrit par qui ? L’essentialisme apparaît comme la pensée la plus adaptée à tout projet ayant pour objet la domination d’un groupe d’individus (dominants) sur un autre groupe d’individus (dominés). Il peut concerner un même peuple par exemple en distinguant ceux de sang divin en monarchie et les autres etc.

Mais, il est encore plus scélérat lorsqu’il s’applique à des territoires colonisés, des territoires acquis par effraction. Il est comme une piqûre que l’on administre a tous ceux que l’on veut spolier, à tous ceux que l’on veut déshabiller culturellement, spirituellement, économiquement, socialement et écologiquement.

L'existentialisme Sartrien est bien résumé dans ce que dit Sartre à propos du coupe papier. Celui-ci "existe d'abord  en tant qu'idée dans l'esprit de l'homme qui va le fabriquer. Il en conçoit la fonction puis la structure avant de le réaliser". Lorsque c’est l’existence qui précède l’essence, les hommes et les femmes d’un territoire doivent considérer que ce qu’ils sont n’est que le résultat de leur parcours. La qualité de celui-ci se mesure à l’effort qui est fait pour être soi-même et ne pas être en permanence hors de soi ou à côté de soi.

En se construisant ainsi, on construit son destin. En se construisant ainsi, on comprend que l’assimilation est un processus d’acculturation tout comme l’aliénation qui est un processus d’asservissement. Les deux sont des violeuses de notre personnalité, les deux violent notre conscience, les deux emprisonnent notre cerveau et nous empêchent de voir la réalité telle qu’elle est. Elles éliminent notre esprit critique.

S’en débarrasser c’est comme enlever un costume que l’on n’avait jamais choisi, que l’on nous avait imposé sans même s’en rendre compte car, l’habitude faisant le reste.

C’est donc à partir de ce postulat que je lis la Guyane, les guyanais et ceux qui veulent construire humainement un destin commun. C’est à partir de ce postulat que j’analyse le système qui nous conditionne et ses équations qui le mettent en mouvement. Je l’ai souvent dit, aucun système n’est neutre. Alors, nous devons retrouver notre imaginaire, notre authenticité, sinon, notre destin est déjà scellé… (à suivre)

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