Sans Territoire,sans Patrie, sans Mythe (2ème partie)

La dignité humaine appartient à tous les peuples. Seuls les cancres, les crétins peuvent s'y opposer....

Le territoire « Guyane » est une étendue de terre située en Amérique du Sud entre le Brésil et le Suriname, alors occupée par des amérindiens depuis plus de 130 siècles. Ces hommes et ces femmes qui ont traversé le détroit de Behring se sont répandus sur tout le continent (Nord et Sud). Ils vivaient en communion avec la faune et la flore desquelles ils tiraient leur subsistance et leur philosophie de vie. Il y a 5 siècles des européens, incapables de surmonter les graves crises que généraient leurs différentes organisations sociétales décidèrent d’émigrer vers d’autres territoires en les annexant par brigandage. S’ensuivirent donc les expéditions et toutes les horreurs et tragédies que la vraie Histoire nous laisse comme preuve. Pour s’en tenir à la Guyane, Les africains n’ont traversé aucun détroit, ils ont été déportés par un acte criminel qui s’appelle la traite négrière alors qu’était déjà criminel l’esclavage. C’était des hommes forts mentalement, physiquement pour avoir supporté, résisté à ce long trajet dans des conditions extrêmement inhumaines.

Puis, l’histoire de la France, un de ces pays européens, sur cette parcelle de continent est liée aussi à la déportation d’humains pour des raisons politiques, faits de guerre etc., à la confiscation de terres. Sa présence sur cette étendue résulte d’une convention tripartite avec l’Angleterre et les Pays-Bas depuis François 1er. Quelle est la valeur de celle-ci puisqu’il y a effraction, brigandage… Quel lien y a-t-il entre cet accord et le traité de Tordesillas lequel relève également d’une escroquerie de la bulle papale défiant tout entendement ?

Sont nés sur ce territoire des hommes et des femmes qui connaissent leur histoire à travers leurs ascendants et donc revendiquent leur appartenance à ce territoire, s’identifient à lui par le prix de leur sang versé, de leur sueur, le prix de leur lutte. Les amérindiens, les bushinengués, les créoles n’ont-ils pas la légitimité de revendiquer leur histoire avec ce territoire ? Pourquoi n’auraient-ils pas le droit de penser ce territoire différemment de ce qu’il est, de ce qu’il risque de devenir puisque le regard qu’ils portent sur lui n’a rien de conquistador, de conquérant.

Si leurs ascendants, malgré leurs exécrables conditions d’existence, ont décidé de procréer, c’est certainement parce qu’il y avait en eux l’espoir que leurs progénitures se seraient nourries de leur histoire pour rendre moins criminel ce territoire, le rendre moins absurde. Pourquoi devraient-ils accepter toutes les décisions de ceux qui continuent à perpétuer la logique essentialiste du colonisé. Nous avons donc l’obligation de ne pas les décevoir. Nous avons l’obligation d’avoir de hautes valeurs humaines. Nous sommes nés pour être exemplaires à l’égard de l’humanité et donc à l’égard de nous-mêmes.

Nul n’ignore que l’occupation du territoire se fait sans nous, son aménagement également. En conséquence, nous sommes sans territoire factuellement. Cette situation continuera t’elle encore longtemps ? Combien de générations auront à subir une telle humiliation ? Il ne nous est pas possible d’accepter soit l’assimilation soit la mort. Il y a des images qui vous marquent et vous blessent en tant qu’humain. Notamment, l’aliénation de nos ressources aux multinationales, le maintien d’une balance commerciale structurellement déficitaire pour nous rendre dépendant de l’extérieur.

Sur le plan intérieur la même blessure nous tiraille car, la volonté de nous soumettre est également présente. Récemment, un ancien conseiller municipal, ancien conseiller régional, ancien conseiller général, pour ne pas le nommer Fabien Canavy a été entendu au commissariat de police de Cayenne à la suite d’une plainte déposée par l’ONF ledit gendarme de la forêt. Ouf ! Le Vice Procureur a classé l’affaire sans suite avec une recommandation. Quant à l’ONF, à regarder l'état de la forêt guyanaise, on est en droit de s’interroger sur la signification des termes tels que valorisation, conservation et gestion qui indiquent les principales missions de cet office.

Hormis messieurs Canavy et Rey, avez-vous connaissance de plaintes déposées par l’ONF concernant le pillage de nos ressources naturelles y compris de la biodiversité… L'ONF vient d’épingler une société minière locale pour infraction contractuelle liée au permis d’exploitation. Est-il aussi efficace sur l’étendue des dégâts en forêt ? Pourtant, on ne cesse de nous parler de saccage de la forêt. On ne perçoit aucune économie forestière.

Il est évident que les forêts de l’hexagone sont certainement bien mieux gérées. Par suite, comment résister à l’idée d’une complicité ou d’une incompétence en matière d’absence de valorisation, de conservation et de gestion du patrimoine forestier de la Guyane d’autant que nous savons ce que recèle le sol et le sous-sol guyanais.

Le système se porte bien, c’est la société guyanaise qui va mal. Il a en effet tout prévu. L’indigénat sous une forme moderne, les supplétifs sous une forme pseudo citoyenne. Tout paraît simple, le système compte des élus… Facile… L’effondrement du système éducatif, l’excitation du sentiment de xénophobie faisant le reste.

Ceux qui refusent l’intégration aux valeurs du système sont rendus invisibles, inaudibles et finissent par être en suspension dans la nature… «temporairement». Notre salut n’interviendra que lorsque nous aurons réellement compris qu’au-delà de notre morphologie apparente ce sont des valeurs qui doivent nous unir. La cohérence de nos actions dépend de ces valeurs. Notre force collective ne peut trouver son énergie qu’à travers ces valeurs. Notre efficacité est à ce prix. (à suivre)

 

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