Une société fraternelle et radieuse

Le Congrès de Guyane va se réunir ce 27 novembre 2018. Que peut-on attendre d'un tel Congrès lorsque 3 élus nationaux sur quatre sont LREM ainsi que le Président de la CTG ?

La société dans laquelle nous sommes en mouvement ne permet pas notre épanouissement. Elle est isolée de tous les autres territoires de la République qui nous administre sous l’article 73 de la constitution. Ceux avec lesquels elle est géographiquement liés sont étrangers à cause de son habillage politique. Nos voisins ne sont pas nos voisins, ils sont des étrangers quand la Belgique est la voisine de la France, l’Italie aussi, la hollande, l’Espagne. De plus en plus, il se dit que la Guyane c’est la France, comme pour faire comprendre aux citoyens de ce territoire que si depuis la départementalisation il était tolérable d’afficher son identité territoriale, dès le 10 janvier 2010 notre territoire est presque sans nom. La Guyane c’est la France, c’est l’Europe dit-on… C’est le territoire où l’on peut venir piller les ressources naturelles, c’est-à-dire sans tenir compte de l’avis de la population, sans respecter le mode de vie des habitants, c’est surement ça la France… Celle qui interdit sur le territoire hexagonal l’exploitation des hydrocarbures mais, qui l’autorise sur d’autres territoires lointains un peu comme les essais nucléaires à Mururoa et Fangataufa.

C’est dans ce contexte que le 27 courant, le Congrès des élus de Guyane va se réunir avec une majorité d’élus favorable au projet de la montagne d’or et à l’exploration par Total des gisements de pétrole lorsque la majorité de la population est contre. Une majorité d’élus installée comme des barons et baronnes dans l’article 73 de la constitution française en faisant semblant de se plaindre de leur impossibilité de prendre des décisions. Si le système favorise l’assistanat c’est d’abord et surtout celui des élus. Le Pays va mal mais, il ne va pas mal pour tout le monde, surtout pas pour ceux qui rajoutent à leur revenu leurs indemnités sans rajouter d’heures complémentaires de travail. Cela n’aurait pas été gênant si les conditions d’existence du collectif que constitue la société s’améliorait substantiellement. Ce n’est pas le cas. Plus ça va et moins on s’en sort. Alors, on gave le peuple de bobards, de balivernes, on l’euthanasie intellectuellement, culturellement, politiquement. Heureusement, il y a des poches de résistance. Elles sont de tout âge, de toutes les générations. C’est cela qui est un signe d’espoir. On sait par expérience et par connaissance que la prise de conscience d’un petit groupe est suffisante pour inverser les pôles et changer de paradigme. Seul l’instant peut surprendre.

Les élus de Guyane se réunissent en Congrès pendant que le peuple français se mobilise contre le projet de société du gouvernement et contre la politique de l’UE qui paupérise les peuples. Ils se réunissent sur le « livre blanc » émanation du gouvernement alors que les forces vives du pays ont produit un document appelé « les accords de Guyane ». Ils proposent une « loi Guyane » comme si le qualificatif « Guyane » pouvait à lui seul répondre aux aspirations des citoyens. Cette loi n'est qu'une manipulation pour tromper le peuple. Elle a pour objectif de rassembler les esprits faibles sur une base nationaliste. Cette forme de nationalisme étroit nourrit l’esprit xénophobe, isole les guyanais, alimente les frustrations. Ce qui est important n’est pas s’il s’agit d’une loi Guyane ou pas. S’agit-il d’une loi organique ou d’une loi simple ? Il y a une hiérarchie dans les lois et c’est fondamental. Pour plus d’autonomie, il faut au minimum une loi organique or, cette loi Simplicissimus est une loi simple. Arrêtez de prendre les gens pour des imbéciles, des analphabètes, des ignorants.

A partir de cette manipulation qui trouve son origine dans cette loi, que peut-on attendre d’un tel Congrès ? Désolé, le Congrès sera l'occasion pour certains de montrer leur arrogance, pour d’autres, d’avoir des éléments pour exister dans la contestation. La question essentielle est quelle philosophie sous-tend ce Congrès. S’il n’y a aucune philosophie nouvelle, cela signifie que rien ne va changer, qu’on restera dans le mimétisme de la logique libérale qui détruit les sociétés humaines et que le pire est à venir. Seul le peuple peut décider de remettre en cause la situation actuelle. Il va falloir penser à s’organiser méthodiquement à côté des institutions actuelles, mobiliser tous ceux qui veulent construire leur avenir sur ce territoire et qui sont sensibles à un humanisme d’égalité. Nous serons tous ensemble liés par le crochet d’une chaîne d’union, une vraie chaîne d’union ou chaque maillon se complète comme étant un organisme appartenant à l’espèce humaine. Autrement dit, chaque maillon étant une partie du tout (l’Humain).

A quoi aspirons-nous ? à vivre bien, à l’épanouissement. Donc, à des valeurs qui nous rassemblent pour que cesse la rareté organisée des biens qui doivent répondre à nos besoins. Nous aspirons également à ce que nos ressources naturelles ne soient exploitées que si elles améliorent nos conditions de vie.

Halte au crétinisme, à la médiocratie. Place à une société plus fraternelle, plus radieuse qui donnera du sens à notre existence.

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