Lorsque l'appareil politique prend l'ascendant sur la nation

Après un premier tour catastrophique des élections régionales et des assemblées de Corse, de Guyane et de Martinique, les électeurs sont appelés à retouner aux urnes en leur âme et conscience. Entre les deux tours la problématique est restée la même, le peuple est ignoré des analyses et la critique est absente sur l'essence de la démocratie...

L’Etat est l’appareil politique de la nation. Il n’est pas la nation. Il est là pour répondre aux aspirations de la nation, l’organiser, la fluidifier, l’harmoniser. Il est le moyen dont la nation a besoin pour que chaque citoyen au-delà de son courant de pensée se sente concerné par son devenir.  Si l’Etat se substitue à la nation, il perd son rôle, il est en situation de désobéissance. 

Depuis quelques années, les hommes politiques qui accèdent au pouvoir ont tendance à confondre leur personne avec celle de l’Etat et à croire que le pouvoir qui lui est rattaché est le leur. Ils utilisent cet appareil composé de plusieurs outils en fonction de leur désir au point d’oublier sa nature. La France est une République démocratique et laïque. L’est-elle réellement ? 

Les résultats du 1er tour des élections régionales et des assemblées de Corse, de Guyane et de la Martinique nous conduisent à en douter. Selon le Ministère de l’Intérieur le taux de participation définitif de ces élections dans la France entière est de 33,28% soit un peu moins que le tiers des électeurs, les centièmes sont signifiants dans ce cadre-là. Il était en 2015, dans la même configuration, de 49,91%. 

Cela fait quelques années que les électeurs se désintéressent de cette forme de participation dite démocratique. Les taux ne cessent de décroître mais les hommes et femmes politiques restent stoïques. Pour eux, Il n’y a rien de troublant, il n’y a aucun problème. Il n’y a aucun lien entre les taux de participation qui décroissent et le taux de pauvreté qui croît. Il n’y a aucun lien entre le taux de chômage qui augmente et le repli des électeurs. Il n’y a aucun lien entre les aspirations avortées du peuple et la manière dont le système est utilisé. Enfin, il n’y a aucun problème d’interprétation de la laïcité et le traitement réservé aux français de confession musulmane. 

Ces politiques ne s’interrogent pas sur leurs actions. Ils ne remettent pas en cause le mode d’utilisation des outils de l’appareil d’Etat. Ils n’analysent pas l’impact des mensonges sur l’électorat lors des campagnes électorales. Les spécialistes autorisés, ceux que l’on voit le plus souvent sur les principaux média, ne modifient pas leur logiciel d’analyse sur la société et sur ce qui s’y passe. Le taux de participation de moins d’un tiers des électeurs est analysé comme un taux de participation à 70%. Pourtant, il est évident qu’un tel niveau de scrutin n’est pas crédible. Il ne leur vient pas à l’esprit qu’il faudrait imposer un taux d’incompressibilité pour que le scrutin soit valable, pour qu’il soit crédible, qu’il soit audible et surtout pour que les auditeurs, les téléspectateurs n’aient pas le sentiment qu’on les prend pour des ignorants, des abrutis. Par ailleurs, il n’y aurait rien d’innovant dans la mesure où il existe un taux plancher pour le scrutin des législatives fixé à 25% des inscrits. Par contre, il serait plus judicieux de fixer le taux plancher à 50%. La solution envisagée est de rendre le vote obligatoire. Cette idée vient contrarier la notion de libre-arbitre sans garantir une expression saine du vote. D’autre part, il faudrait que tous les bulletins soient considérés comme étant exprimés. Enfin, nul ne dit que les procurations ne deviendraient pas une source de commercialisation par corruption.

Quant aux Outremers, il va bien falloir un jour se pencher sur leur singularité et dire si effectivement ils font partie intégrante de la nation quand bien même il y a des nuances fortes entre leur histoire et celle de l’hexagone, entre leur culture, leurs traditions qui constituent le concept d’identité de la nation.  Il y a des évidences que les hommes et femmes politiques refusent d’assumer et préfèrent travestir la réalité en utilisant un système d’aliénation qui ne résistera pas au temps. Dans l’expression ministérielle « La France entière » sont inclus les taux des Outremers concernés. Il est tout de même important d’en connaître  leur taux respectif.
        
Outremers concernés      Taux                 Taux de
                                     d'abstention     Participation
GUADELOUPE             69,23%           30,77%
MARTINIQUE               67,55%           32,45%
GUYANE                        65,21%           34,79%
REUNION                      63,54%            36,46%


A l’instar de l’Hexagone  le désintérêt pour la politique est aussi profond dans les Outremers. Est-ce que le dénominateur commun ne serait pas l’absence de correspondance entre la construction de la démocratie qui est « le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple » et sa réalité qui est l’exclusion du peuple. Le peuple ne voyant pas par qui il peut être représenté fait un pied-de-nez à cette farce de démocratie.

L’outil politique mis dans les mains d’ambitieux personnages sans scrupules augmente les contraintes de la société, démultiplie les discriminations, obscurcit l’essence de la laïcité. Il paraît important de prendre la mesure de ce qui se passe car, il serait naïf de penser que l’exercice du pouvoir pourra se faire avec des taux de participation de plus en plus bas. La légitimité des élus sera vite remise en cause et par implication, c’est la légitimité de la séparation des pouvoirs qui sera contestée et par voie de conséquence la remise en cause des lois, règlements, décrets etc. En peu de mots ce sera l’effondrement de la nation et la disparition de la République.

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