Solidarité ou performance ? Culture ou utilité ?

A l'instar de l'opposition nord-sud qui a orienté le développement du monde depuis des décennies, la société moderne développe et oppose, en son propre sein, deux mondes parallèles (le bon et le mauvais), créant frustration et désespérance. Dans ces conditions, La démocratie se fatigue d'elle même. Et le pire redevient possible...

Diviser le monde en deux : le bon, performant, excellent, utile économiquement et profitable - et le mauvais, à parquer, à contenir, faute de pouvoir l'éliminer ...

Telle semble la devise de nos nouveaux champions de la politique, du business et des médias réunis.

Quelle est l'utilité économique d'un raté, d'un malade, d'un handicapé ? La question parait saugrenue, et pourtant, elle est au coeur même de ce qui justifie l'allocation des budgets publics, et au delà, la politique de l'état.

Comment pouvons-nous, et le voulons-nous seulement, cohabiter tous ensemble, indépendamment de notre performance, de notre utilité ?

Exemple : un musicien qui n'est pas dans le système commercial. Ne sert à rien, vit misérablement du chômage. Utilité pour la société : proche de zéro, si l'on suit les critères de la cour des comptes ou de la bourse.

Autres exemples : les illettrés, les paresseux, les dépressifs, les malades, les incapables de tous poils...

Lorsque j'entends parler des personnes qui sont du bon côté, qui ont leur place et en tirent bénéfice, je suis effaré par les arguments méritocratiques qu'ils utilisent pour justifier leurs avantages : ils méritent ce qu'ils ont parce qu'ils ont travaillé et qu'ils ont un certain talent ; alors que ceux qui n'ont pas cette place et ces avantages, méritent de ne pas l'avoir puisqu'ils ne s'en sont pas donné le mal.

A la question de savoir s'il faut récompenser l'effort et le travail, ou même le talent, je crois que nous sommes tous d'accord ! Pourtant, nous ne récompensons pas correctement les musiciens, les infirmières, et bien d'autres personnes si utiles ! Et combien d'héritiers sans autre talent que celui d'être "fils de" profitent de la vie sans rien faire ?

Mais au fond, de plus en plus, les choix de non-valorisation (par le financement, par le maintien d'emplois, par les salaires, etc...) ne se fondent plus que sur des principes d'utilité économique immédiate ou de nécessité économique.

Au fond, notre société oppose les prétendues valeurs économiques libérales (performance) à ses propres valeurs historiques (culture, utilité sociale, solidarité), et cela en utilisant des critères de mérite, alors même qu'une analyse sommaire démontre que ces critères ne sont pas réellement ceux qui sont appliqués.

Amis citoyens, abandonnons nos clivages idéologiques pour prendre conscience que nous ne maîtrisons plus notre destin, que nous sommes pris en otage par un pouvoir économique qui nous est étranger ; tentons de nous unir pour reprendre ce pouvoir et retrouver le sens de la politique !

Il ne faut pas que l'économie détruise notre humanité !

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