Faut-il amorcer et gérer une décroissance démographique ? Et si oui comment ?

Notre conception de la démocratie est-elle compatible avec l'enjeu de l'avenir de 'humanité ? Nos gouvernements démocratiquement élus ne vont pas dans le sens attendu. Le consumérisme éloigne les humains de la conscience nécessaire aux choix responsables. Reste-t-il un espoir d'infléchir la course folle ?

Tandis que mon TGV file dans la campagne entre Paris et Lyon, à la lueur du soleil levant qui dépose ses teintes ocres sur les champs et dans le ciel, je me prends à réfléchir à l'avenir du monde. Luxe, besoin, angoisse ?

Je vois ici et là les messages de quelques consciences provisoirement éveillées sur l'urgence de lutter contre le réchauffement climatique. Je suis moi-même aussi convaincu de l'urgence que peu actif sur ce terrain. Il faut dire que les démonstrations de force répétées du gouvernement, dans un mépris total des assemblées de nos représentants a, je crois, accru en moi ce sentiment d'impuissance. En marche pour le tout-fric... Tout le monde court, on court, on court... vers la catastrophe... Je continue à signer des pétitions et à les relayer sur les réseaux sociaux, ça me déculpabilise un peu.

Les pétitions et les réseaux sociaux, c'est ce qu'il reste à la démocratie. Le parlement n'est plus qu'une chambre d'enregistrement. Pourquoi mes concitoyens ont-ils voté aussi massivement aux législatives pour le parti du président nouvellement élu ? A la présidentielle, le terrorisme moral a fonctionné, j'y ai moi-même cédé. Mais aux législatives ? Parce que la presse l'avait prédit ? J'avoue ne pas comprendre. Est-ce le mode de scrutin qui est en cause ? Toujours est-il qu'avec la majorité aux ordres au parlement, l'exécutif n'a plus de contre-pouvoir. Le 3ème pouvoir, la presse, étant aux ordres, que reste-t-il de démocratique dans la gouvernance actuelle de la France ? Est-ce une dérive mondiale ?

Les constats que nous devrions tous partager : nous allons devoir réduire considérablement nos consommations diverses et variées (en énergie et en ressources naturelles) d'ici très pu de temps. Le besoin de l'économie en terme de travail va baisser, ce qui fait que nous devons revoir la dépendance des revenus au travail, ou bien revoir le mode de calcul de la rémunération. Le besoin de l'humanité se déplace vers l'assistance, l'éducation et les services aux personnes qui n'ont pas les moyens de les payer. Comment résoudre cette équation ?

Un autre constat, plus difficile à faire admettre concerne la moralité de nos choix et croyances politiques. Rousseau le disait déjà : il n'y a pas de légitimité naturelle à la propriété. Les ressources naturelles de la planète Terre, quoi qu'on en dise, n'appartiennent pas à des individus. Aussi n'avons-nous pas le droit, au sens moral du terme, de nous enrichir en exploitant ces ressources. Qu'attendons-nous pour interdire au niveau mondial la propriété et l'exploitation industrielle de l'eau, de l'air, des forêts, etc... ? 

L'avenir de l'humanité ne passe-t-il par une décroissance démographique forte obligée ? Il semble que nous devrions viser de redescendre à moins de 2 ou 3 millards d'hommes, afin de ne pas épuiser les ressources de la terre et pouvoir vivre harmonieusement sans mettre en danger ses équilibres écologiques. Si tel est le cas, nous devrions réfléchir tous ensemble (tous les pays) à une bonne façon d'infléchir la croissance actuelle. Cette transition pourrait dure un siècle environ. Elle nécessiterait un accompagnement (un endettement supplémentaire, au sens de l'économie).

L'économie libérale ne permet pas de gérer ces problématiques, car les mesures nécessaires ne vont pas dans le sens de la rentabilisation optimale des richesses individuelles des plus riches. Le consumérisme est un obstacle à ces progrès nécessaires.

La question qui se pose à nous les hommes est donc de construire un chemin qui nous permette de prendre rapidement les bonnes décisions.

Sommes-nous capables de conserver un certain niveau de démocratie dans ce processus ? Alors même qu'à l'évidence, une majorité de notre espèce humaine ne perçoit pas l'intérêt de ces mesures, ou en tout cas leur urgence.

Et si nous faisons le constat qu'une libre orientation du peuple humain vers ces directions est impossible dans les délais nécessaires, alors se pose la question de déterminer comment contourner cette inertie démocratique.

Ou bien de renoncer à agir...

 

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