GUADELOUPE : CRISE COVID 19, AOÛT 2021 - Nous sommes acteurs et témoins de ce temps…

Alors que Guadeloupe et Martinique, deux départements français des Caraïbes voient leurs structures hospitalières débordées par la 4ème vague meurtrière de Covid 19, les populations de ces deux petits pays se déchirent, provax contre antivax. C'est dans ce contexte que j'ai choisi de donner témoignage d'un choix difficile.

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La 4ème vague de Covid 19 qui a déferlé sur la Guadeloupe, nous atteints tous, d’une manière ou d’une autre. La crise sanitaire sidérante qui sévit ici comme dans le reste du monde, depuis près de deux ans maintenant a pris une tournure dramatique. Nous pouvons en prendre la mesure car depuis quelques semaines la terrible menace s’est rapprochée et le nombre de personnes infectées par le Coronavirus ne cesse de grandir. Je le vois autour de moi. Certains parents et amis, proches et connaissances, relations professionnelles sont alités chez eux, alors que d’autres sont hospitalisés.

Depuis la Guadeloupe et la Martinique également médusées, nous avons pu observer au fil des mois, les erreurs et les fautes des gouvernants français, et des autres, entre mensonges d’État et déni irresponsable. Nous pourrions évoquer les Etats-Unis de D. Trump ou le Brésil de J. Bolsonaro, deux cas emblématiques, au nord et au sud de l’archipel des Caraïbes.

 Ayant eu le sentiment d’être relativement épargnée durant plusieurs mois, eu égard à la situation observée ailleurs, la Guadeloupe désarmée fait aujourd’hui face à un pic de mortalité difficilement supportable pour un petit pays de moins de 400 000 habitants. Dans le même temps, notre pays est balloté entre deux camps radicaux d’une opinion publique incapable de trouver un consensus. Une sorte de match macabre opposant deux équipes : les ‘‘antivax’’, les ‘‘provax’’ (au centre desquels se trouvent les ‘‘ni yonn – ni lòt’’ – les ‘‘ni l’un ni l’autre’’ dont je fais partie), où les points suivraient le décompte des morts !

 Ces derniers mois, j’ai vu plusieurs de mes collègues des équipes de direction, se faire vacciner. Mon médecin traitant, vacciné, m’a aussi conseillé en ce sens. De même que mon dermatologue (lui aussi vacciné) au cours d’une visite à son cabinet médical. J’ai chaque fois répondu ne pas être encore prêt et attendre d’avoir d’autres éléments afin d’être en mesure de trancher.

 Depuis trois semaines, comme en Martinique, la menace s’est faite plus pressante et je ne vois pas bien ce qui pourrait briser ce cercle infernal. Il y a quinze jours, des professionnels du bâtiment intervenant chez moi pour des travaux, ont été touchés. Chantier à l’arrêt. L’un d’entre eux hospitalisé. Avec eux, que je côtoie depuis des mois pour les travaux, la menace est devenue palpable. Non plus des nouvelles, vraies ou fake sur les réseaux sociaux ou au JT du soir à la télé, mais des gens qui ont travaillé chez moi, avec qui j’ai échangé et qui ont le visage de la relation cordiale.

 Aujourd’hui, on annonce plus de 7 000 cas pour ces deux dernières semaines. 40 nouvelles hospitalisations en réanimation cette semaine, avec 80 personnes occupant les lits de réanimation pour la totalité de l’île. La semaine dernière, on a dû déplorer 60 décès au CHU de Pointe-à-Pitre ! Or, nous le savons tous, notre système de santé et singulièrement les structures hospitalières, sont défaillants. Notre CHU est en cours de reconstruction après le grave incendie qui l’a endommagé en novembre 2017.

 Mercredi 11 août dernier, tenant compte ce contexte et après en avoir discuté calmement en des termes clairs avec l’ainée de mes filles, j’ai fait le choix de prendre la main et me faire vacciner, ne supportant plus cette position attentiste, à la merci d’un virus que le sort peut à tout moment mettre sur ma route.

Après avoir contacté plusieurs centres de vaccination qui devaient me rappeler cette semaine ou me proposaient des rendez-vous début septembre. Il m’est apparu dérisoire de tergiverser plus longtemps. Appliquant la règle ‘‘bénéfices / risques’’, j’ai décidé de raccourcir ce délai trop long aux vues de la situation et me suis rendu jeudi 12 dans l’après-midi, au vaccinodrome de l’aéroport Pôle-Caraïbe.

 Après une heure de temps, en accord avec moi-même, ayant pris une initiative décisive, j’en suis reparti après avoir reçu ma 1ère injection de Pfizer.

 Je terminerai ce témoignage en ajoutant que les incohérences de certains discours ont pesé dans ma prise de décision. Entendre parler de ‘‘combat pour la liberté’’ alors que nous savons tous que nous sommes tenus de faire vacciner nos enfants tant pour les inscrire à l’école que dans les clubs de sport ou bien encore pour nous rendre dans certains pays…

 D’autre part, l’appel médiatisé de plus d’une trentaine de scientifiques et médecins de nos territoires m’a convaincu que ceux qui comptent parmi les meilleurs d’entre nous, ne peuvent vouloir notre perte. Ils avaient déjà mon respect pour les chemins qu’ils ont tracés dans leurs domaines de compétence, je leur accorde ma confiance.

 Parmi eux, les Dr : Pr Suzy Duflo, cheffe du service du service d’Oto-Rhino-Laryngologie (ORL), CHU de la Guadeloupe, Chef de service d’ORL, CHU de la Guadeloupe, Doyen de l’UFR Santé de l’Université des Antilles ; Emmanuel Gordien, chef de l’unité de Virologie, hôpital Avicenne - Assistance Publique, Hôpitaux de Paris, Bobigny, chef du Centre National de Référence de l’Hépatite virale Delta ; Pr Eustase Janky, chef du pôle « Parent-Enfant » CHU de Guadeloupe ; Pr Philippe Mathurin, Chef du service des Maladies de l’appareil digestif, Hôpital Huriez, à Lille ; Dr Patrick Portécop, Chef du Pôle Urgences Soins Critiques CHU de la Guadeloupe, Chef de Service SAMU 971- SMUR de Pointe à Pitre ; Pr Chantal Raherison-Semjen, cheffe de l’unité de Pneumologie Générale - Ventilation, CHU de Bordeaux, présidente de la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF) ; Pr Serge Romana, Chef du service d’Histologie - Embryologie - Cytogénétique, Hôpital Necker Enfants Malades - Assistance Publique des Hôpitaux de Paris…

 Je ne me sens autorisé à donner à qui que ce soit aucune sorte d’injonction en matière de vaccination. Pour parvenir à ce terme, il m’aura fallu des mois d’hésitations et un chemin tracé au milieu des fake news et d’une histoire en train de s’écrire en mode ‘‘vitesse accélérée’’.

Permettez-moi néanmoins de poser une question : pouvons-nous rester immobile face aux ravages de cette pandémie et regarder les nôtres mourir du Covid 19 dans un couloir de CHU sans tenter quelque chose ?

 

Jocelyn Valton

Critique d’art

Kaouane, le 18 août 2021

 

 

 

 

 

 

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