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Billet de blog 23 janvier 2022

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GUADELOUPE 2022 - ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE  *

De quelque lieu d'où on parle : des Caraïbes, de l'Océan Indien ou de l'Hexagone, peut-on faire comme si la question de la nécessaire décolonisation des derniers pays sous tutelle française (les dits "territoires ultramarins"), était une question secondaire, alors même que sans eux, la France ne pourrait occuper la place qui est la sienne dans le peloton de tête des nations ?

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Dans la Guadeloupe des années 1970 - 1980, pour contester la politique coloniale de la France et montrer qu’on était un peuple singulier, dominé par l’État français, les militants appelaient à refuser de participer aux élections présidentielles.

A l’expérience, l’abstention comme arme politique, a démontré une totale inefficacité du fait de sa non prise en compte lors des scrutins. 

Aujourd’hui, il faut plutôt considérer que l’élection présidentielle française concerne au tout premier plan les ‘‘colonies départementalisées’’ des Antilles, de la Guyane, de la Réunion, de Mayotte, de même que la Kanaky-Nouvelle Calédonie ou la Polynésie. Depuis bientôt 400 ans, sur le plan politique, militaire, économique, culturel, la puissance française domine ces peuples et contrôle leurs destinés, par la force armée lorsqu’elle le juge nécessaire.

Or, une question qui devrait intéresser tous les candidats à cette élection, est soigneusement évitée par ces derniers. C’est la question de la décolonisation des ‘‘confettis de l’empire’’, les derniers ‘‘territoires’’ sous tutelle française. Aucun des responsables politiques et des acteurs économiques français n’ignorent que c’est l’étendue de ces ‘‘territoires’’ dans toutes les mers du monde, leurs avantages géostratégiques et leurs ressources, qui donnent à la France la place qu’elle occupe dans le peloton de tête des nations, soit la 5ème puissance économique et le 2ème domaine maritime après les États-Unis, pour plus de 10 millions de km². Au nom des bénéfices qu’elle en tire, elle évite la question de la liberté due aux quelques 2,7 millions de femmes et d’hommes, citoyens de ces petits pays dominés, contre tous les principes des droits humains dont la France se prétend être le porte drapeau historique. 

Ou bien l’État français confisque le droit à la liberté (Les humains naissent libres et égaux en droit… bla bla bla) en organisant des référendums comme en Kanaky-Nouvelle Calédonie, où on somme le peuple autochtone mis en minorité dans son propre pays, de voter pour dire s’il veut être libre. Un comble !

En parallèle, est régulièrement entretenue, l’idée selon laquelle l’État français ne tire aucun bénéfice de ses ‘‘Outre mer’’. Des ‘‘Outre mer’’ aux populations jugées ‘‘ingrates’’ car elles seraient largement entretenues grâce aux aides publiques généreusement distribuées. Tout est ainsi fait pour convaincre les derniers colonisés de la terre, que sans la France ils ne sont rien, qu’ils lui doivent tout et que le statu quo vaut bien mieux que le chaos qui leur est promis comme à tous ceux qui, dans l’histoire, ont osé vouloir se défaire de sa tutelle. C’est pourquoi chaque nouvelle crise antillaise provoque la vindicte des réactionnaires de l’Hexagone qui agitent la menace du ‘‘largage’’ punitif de ces territoires lointains. 

Ces questions à propos des restes du dernier empire colonial de l’Occident, peuvent-elles être passées sous silence sans que personne en France (ou à l’ONU), ne trouve rien à redire ? Ce principe de justice comme valeur incontournable devrait être au cœur de la réflexion sur le futur de la France. La Justice et le Droit pour nous tous et qu’il soit mis un terme à ce lamentable rapport dominants - dominés. 


Jocelyn Valton, Kaouane, janvier 2022

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