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Billet de blog 21 mars 2017

L'AGRO INDUSTRIE DANS LA MANCHE

Joël BELLENFANT
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

1) Les SERRES à TOMATES de BRECEY

La semaine dernière l’ensemble de la presse écrite de la MANCHE s’est fait l’écho de cette future entreprise agro-industrielle hors sol pour produire des tomates pendant dix mois, mais hors saison, afin d’alimenter les étals de la grande distribution.

Pour ce faire une exploitation agricole de 35 ha passe à la trappe alors que l’on aurait pu y installer 7 à 8 exploitation en maraîchage bio pouvant générer jusqu’à une cinquantaine d’emplois produisant des légumes et des fruits distribués localement.

Effectivement tout a été fait dans les règles selon les dires de l’édile communal, mais on peut s’interroger sur la nécessité de développer une telle structure qui n’a absolument pas besoin du sol communal pour cultiver les tomates.

Alors si vraiment une telle production doit exister autant l’installer sur une friche industrielle au bord de l’autoroute.

L’association MANCHE NATURE a publié un communiqué à charge sur ce projet, en mettant l’accent sur l’émission de CO2, en plus des points qu’elle avait développés lors de l’enquête publique sur ce projet dont vous trouverez le contenu in fine, et ce dans les termes suivants :

«  Pour maintenir l’augmentation de la température à + 2°, nous devions maintenir la concentration des gaz à effet de serre au-dessous de 530 ppm équivalent carbone or actuellement nous en sommes pratiquement à 500 ppm. Ce mois de janvier, la concentration du seul CO2 a augmenté de 3,43 ppm par rapport à janvier 2016 : à cette vitesse-là nous atteindrons les 530 ppm avant 2025 ! »

Dans l’article de Ouest France consacré à ce sujet, la journaliste a recueilli l’avis du maire de Brécey, qui affirme tout de go qu’il n’y aura pas de pesticides. Certes en aspersion puisque nous sommes en milieu confiné et que les exploitants feront appel aux insectes, mais quid des engrais chimiques composant le substrat, puisque le sol ne leur sert à rien.

Par ailleurs l’édile sort le chantage habituel à l’emploi, en prononçant des mots très durs à l’égard de l’association sans la nommer « c’est de la malveillance, quand on sait le chômage qu’il y a ».

Par contre que la ligne THT surplombe une partie du terrain (en principe elle passe au dessus du réservoir de stockage des eaux pluviales, cela l’inquiète pour la présence de bovins, mais pas d’être humains. N’imaginons pas les conséquences d’une rupture de câble s’échouant dans le réservoir puis percutant la structure métallique des serres 

Concernant l’augmentation du trafic routier le maire élude la traversée de Brécey par les camions puisque « une route à côté du site sera aménagée pour rejoindre la D 911 et ensuite l’A84 » ce qui veut dire constructions d’infrastructures routières nouvelles au détriment des terres agricoles.

Il faut aussi insister sur le fait que ces 35 ha seront définitivement perdues pour l’agriculture puisque artificialisées.

Voici le texte du dépôt sur le registre d’enquête publique effectué par MANCHE-NATURE :

« DEPOT REGISTRE D'ENQUÊTE PUBLIQUE SERRES TOMATES DE BRECEY

par l'association :

Sur la consommation d'espace agricole

Tout d'abord nous tenons à préciser qu'en aucun cas ce projet, malgré les dires de certains notamment de la SAFER, est un projet agricole.

Il s'agit d'un projet purement industriel, de culture de tomates HORS SOL sur un substrat composé de laine de roche et de coco !

Il n'y a donc aucune utilisation de la terre alors pourquoi ne pas installer cette usine sur une ancienne friche industrielle inapte à tout projet agricole réel ?

La surface totale impactée est de 37 ha dont 17 ha de serres dans un premier temps et 25 ha à terme, plus les bâtiments administratifs, les unités de cogénération, les aires de stationnement.

Cette surface sera donc complètement industrialisée et rendue impropre à l'agriculture alors que l'on aurait pu installer 8 fermes maraîchères bio.

C'est donc la disparation d'une à 8 fermes donc de la perte de 37 ha de terres agricoles.

Il n'est donc pas du rôle de la SAFER de favoriser ce type de projet.

Ce projet est passé en CDPENAF (Commission Départementale de Préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers) le 3 septembre 2015, il a été majoritairement accepté, Manche-Nature, le Groupement des Agriculteurs Biologistes, et la confédération paysanne ont voté contre, le Grape s'est abstenu.

Il est a noté que les représentants de la FDSEA nous ont informé avoir été invités en Hollande pour visiter des serres de production de tomates, ce que la presse a confirmé.

C'est pourquoi nous donnons un avis défavorable à ce projet.

Sur la production de tomate

La tomate est un légume ou un fruit de saison, pourquoi diantre vouloir le cultiver de mars à décembre, sous serres chauffées avec de l'énergie fossile ou nucléaire ?

Dans un article de Ouest France du 3 juillet il est dit ceci :

« On est là dans la haute technologie agricole: serres de 6 mètres de haut, tomates qui poussent dans la laine de coco, ni pesticides ni d'insecticides (des bourdons luttent contre les ravageurs), du goutte à goutte pour les nutriments. Du hors-sol mais quasiment bio.

Le climat tempéré normand est idéal pour la production de tomate sous serre qui réclame une température ambiante de 18 °C toute l'année. Le gaz qui passe à 400 mètres des terrains apportera l'électricité et la chaleur. Une chaudière bois viendra faire l'appoint. La cogénération de chaleur permet une production de mars à décembre. « On constitue une alternative à la tomate marocaine. Notre fruit a du goût et elle est produite en France. Ce que recherchent les consommateurs », explique Patrick Jamain.

La tomate de la Sée compte déjà des clients. Principalement la grande distribution. »

On nous dit : ni pesticides, ni insecticides, mais du goutte à goutte pour les nutriments ? Quels nutriments ? De quelle nature ? Et le journaliste d'ajouter « du hors sol mais quasiment bio » tout est dans « quasiment ».

Le climat tempéré normand est idéal pour la production de tomates sous serres, certes mais aussi au pôle nord !

Elle est produite localement, mais destinée à la grande distribution. Heureusement que les maraîchers bio du Sud Manche, produisent de la tomate en saison, et approvisionnent le marché local en cultivant d'ailleurs diverses variétés non hybrides !

Sur la synthèse de l'autorité environnementale 

L'avis de l'autorité environnementale du 21 octobre 2015 est intéressante et précise et l'on ne peut que partager l'essentiel de sa synthèse notamment sur les insuffisances de l'étude d'impact dont nous rappelons les points principaux :

. « Les impacts du projet sur les eaux souterraines ne sont pas assez approfondis et suffisamment étayés pour apporter la démonstration de la maîtrise des effets potentiels du projet à long terme sur le rechargement de la nappe phréatique ».

En effet compte tenu de la surface des serres à court et long terme, en ajoutant les bâtiments, et les aires de stationnement, l'imperméabilisation du sol est très importante.

Aucune prévision ni anticipation à ce propos dans l'étude d'impact.

. « L'intégration paysagère des constructions pourrait être plus illustrée ». Manque de précision évident de ce côté, de plus nous sommes sur la plus grande partie du terrain sur des terres cultivées en maïs (pourquoi du maïs, mais pour les primes bien sûr, surtout s'il est irrigué).

En vérifiant sur les documents du plan local d'urbanisme de Brécey on s'aperçoit que la surface principale est entourée de haies protégées, mais on peut aisément supposer les cultures de maïs ont pris la place de prairies bocagères.

On peut s'interroger sur le devenir des haies existantes et une teneur précise du volet paysager qui doit « gommer » l'impact visuel de cette future « usine » ?

. « l'analyse sur la biodiversité et la trame verte et bleue est superficielle. Des compléments sur les incidences NATURA 2000 sont indispensables pour être réglementairement conforme à l'article R 414-23 du Code de l'Environnement.»

C'est le moins que l'on puisse dire, il y a peu, si peu, que cela est consternant. Peu sur les oiseaux, rien sur la faune bocagère, rien sur la rupture bocagère constituée par ces serres.

C'est pourquoi non seulement nous soutenons les constats de l'autorité environnementale mais nous confirmons notre avis défavorable à ce projet devant de telles insuffisances de l'étude d'impact.

Sur les contraintes et servitudes

Curieusement il n'est fait mention d'aucune d'entre elles, alors que l'étude d'impact souligne à plusieurs reprises la présence d'une ligne à très haute tension.

Sur l'alimentation en eau potable

L'étude d'impact prévoit le raccordement au réseau communal.

Rien n'est dit sur les capacités de fournir le volume demandé en saison estivale accompagnée d'une période de sécheresse ?

Par ailleurs le projet prévoit un forage d'alimentation en eau ? Comment ? Quelles études ont été réalisées ?

Quel est l'état des nappes phréatiques dans ce secteur ? C'est dommage quant on sait que d'autres secteurs sont alimentés par des captages dans les cours d'eau ?

Il faut regretter que seule la collecte des eaux pluviales fasse l'objet d'un dossier loi sur l'eau.

Nous ne pouvons de ce fait donner un avis favorable à ce projet.

Sur l'impact routier

Déjà il y aurait l'impact routier pendant la période du chantier dû aux engins de chantier, poids lourds provoquant des nuisances sonores, détérioration du réseau routier non prévu pour un tel trafic avec de tels poids, des vibrations dues à la charge des engins et camions, sans compter les émissions de résidus de carburants dans l'atmosphère.

Et en cas de réalisation le trafic de 25 camions semaine et autour de 400 véhicules légers sur de petites routes.

Pourquoi donc installer cette usine à cet endroit, plutôt que sur une friche industrielle en bord médiat d'autoroute.

La proximité de l'A 84 annoncée comme point positif du projet est fallacieuse.

Pourquoi implanter de telles installations (serres, poulaillers géants, usines à porcs, industries laitières) en pleine campagne ?

Ce pourquoi nous donnons un avis défavorable à ce projet.

Sur le concept

Nous ne pouvons accepter ce concept d'agro industrie, soutenu par la FNSEA et ses satellites régionaux et départementaux, dont le président national est le chantre de ce modèle agricole productiviste agro-industriel, qui envoie des dizaines d'exploitants à la faillite, et certains au suicide, alors qu'il serait plus que temps de réfléchir à un autre modèle de production agricole plus respectueux de la nature et de l'environnement, ainsi que du consommateur.

Nous émettons donc un avis totalement défavorable à la réalisation d'un tel projet.

Le 1er février 2016. »

2) Les poules pondeuses de MONTBRAY

Cette charmante bourgade proche de Villedieu les Poëles, en limite du Calvados, héberge certainement le plus élevage de poules pondeuses de Métropole, au total 280000 poules, disposées dans deux bâtiments l’un de 70000 poules, l’autre de 210000 poules, produisant 250000 oeufs par jour, faisant vivre trois associés.

Depuis le démarrage de l’activité les riverains situés sous les vents dominants se plaignent régulièrement d’odeurs nauséabondes, de la présence de mouches l’été, avec au début la présence de ténébrions.

Il faut savoir que le bâtiment de 70000 poules existait déjà mais avec 10000 animaux de moins et que dans le même volume, en respectant la législation européenne, il a fallu en loger 10000 de plus, sachant que l’évacuation des fientes se fait par un tapis roulant extérieur menant au bâtiment de séchage-stockage !

Ces œufs destinés à l’industrie agro alimentaire donc de catégorie 3 subissent une mé-vente par suite d’un refus de vente de certaines grandes enseignes et d’utilisation par la restauration industrielle, même aussi Mac Donald, c’est dire !

Un reportage télévisé avec montré un élevage dans l’Isère (125000 poules seulement) qui avait réduit d’un tiers le nombre d’animaux.

Quid donc de cet atelier géant si le désintérêt pour ce type d’agro-industrie continue.

Eh bien il reste la solution aux associés de changer de modèle de production et d’élever des poules plein air en label rouge, ou mieux en bio.

Là encore on peut s’étonner que même si c’est dans « les clous » de la législation en vigueur l’autorisation d’implantation à cet endroit ait été donnée alors que sa place aurait été soit en zone d’activité, soit sur une friche industrielle !

Outre les nuisances olfactives se pose le problème du trafic routier avec des semi-remorques de 40 tonnes évoluant sur un réseau routier inadapté.

3) Les porcheries industrielles 

Certes la révélation la semaine dernière par l’association L 214 sur les conditions vie des porcs dans un élevage breton fournissant Triskalia, l’un des plus gros intégrateurs et transformateur de porcs du pays, mais le département de la Manche n’est pas en reste en ce qui concerne les porcheries industrielles à plus de 3000 animaux.

Certes cette situation est dramatique pour l’éleveur qui apparemment se trouve dans une situation de quasi abandon dans un élevage qu’il ne maîtrise plus.

Mais diable cet homme subit et tout laisse à pense que cela fait apparaître un manque évident de formation au départ, de plan prévisionnel clair, puis d’accompagnement au démarrage, donc la responsabilité en amont de la banque, du syndicat agricole auquel il appartient, mais surtout de l’intégrateur Triskalia. C’est donc d’abord une victime d’un système éculé qui n’existe que pour le plus grand profit des actionnaires de l’agro-industrie et de la grande distribution.

On peut aussi s’interroger sur le rôle des services vétérinaires et des inspecteurs des installations classées.

Pourquoi diantre ce gouvernement sous la pression du syndicat majoritaire (FNSEA) de l’agro industrie, de la grande distribution, a-t-il accepté de modifier la nomenclature des installations classées ?

Principalement pour ne plus être importunés par les riverains mécontents, et encore moins par les associations de protection de l’environnement.

On peut et on doit produire autrement en label rouge ou bio, sur paille et en plein air, pour le plus grand bien des animaux, mais aussi et surtout des consommateurs, avec pour objectif premier l’autosuffisance alimentaire.

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