Fracture irrémédiable de la biodiversité

Les élus Manchois et Normands ne semblent pas être concernés par le plan de biodiversité présenté par Hulot, et continuent inéluctablement l'artificialisation des sols au profit notamment du réseau routier déjà abondant dans le département normand.

Début juin, la presse locale de Ouest France à la Manche Libre, nous a abondé en articles dithyrambes sur l’évolution du chantier de contournement de Marcey les Grèves, qui part très en amont de ce village pour aboutir en amont de Ponts, provoquant une fracture définitive de la biodiversité du Sud Manche.

Cette déviation forme un des éléments de la future deux fois deux voies entre le sud de Granville et « Avranches ».

En fait elle rejoint directement l’A 84, seuls des ronds points, permettront de sortir vers Marcey, Ponts, donc Avranches.

Et les élus sur les photos de se glorifier de cette réalisation routière, dans un département déjà très largement loti en matière de linéaire routier.

Si au moins cette débauche d’argent et d’espaces agricoles et naturels permettait de supprimer définitivement les poids lourds sur les axes intermédiaires ?

Donc ces élus ne tarissent pas d’éloges pour ce contournement allant du président du Conseil départemental au président de région Morin qui aime à sortir ses formules à deux balles du style « on disait les routes c’est dépassé » et qui depuis qu’il est président de l’association des présidents de régions se verrait bien calife à la place du calife !

C’est le même qui préfère donc le transport routier au transport ferroviaire, et qui se targue de descendre le service public SNCF au profit du privé à commencer par Transdev. Quant à la ligne Paris Granville dont presque tous les guichets sont fermés c’est le cadet de ses soucis.

Quant au maire de St Jean de Haize aussi présent il déclare tout de go « la commune a une vocation agricole. Quant un projet comme cela voit le jour, on a toujours des inquiétudes. On a surtout peur des nuisance. Mais le chantier est accepté par la population. Les agriculteurs ont accepté de céder des terres. C’est d’un intérêt général ». Cela transpire le consensus mais on peut se poser des question sur le fonctionnement démocratique de cette acceptation. Quant aux agriculteurs je ne pense pas qu’ils aient accepté de gaieté de coeur cette nouvelle perte de terres agricoles, dont les élus seraient bien inspiré de nous donner la surface totale.

Quid d’ailleurs de la « compensation impossible » si chère à Pierre Jean Blanchet, chargé du scot du pays de la Baie dans l’inter scot du sud Manche.

Quant aux élus féminins sur les photos c’est pour la parité ou elles ont une réelle compétence en matière d’infrastructures routières ? En tout cas ce n’est pas la protection du bocage qui les étouffe.

Comme si cela ne suffisait pas dans ce département nanti en routes, sera mis en chantier une trois voies entre Coutances et Saint Lo, et dernièrement un projet de contournement sud-ouest des Pieux se dessine malgré des oppositions fortes et s ans nécessité aucune.

Je doute fort que cette année voit une réduction sensible de l’artificialisation des terres agricoles et naturelles.

Depuis, et dans un éclair de lucidité, le ministre Hulot de la Transition Ecologique a publié son plan pour la biodiversité, avec pour sous titre « reconquérir la biodiversité, une question de survie pour nos sociétés » magnifique mise en musique, il ne suffit plus que de jouer les partitions.

Actuellement 65000 ha de terres sont artificialisées chaque année dans le pays.

Le plan Hulot envisage une consommation zéro m², c’est ambitieux certes, et il est clair que nombre de bétonneurs, d’élus peu scrupuleux (souvent pour sauver une fermeture de classe, mais pour combien de temps 2 ans 3 ans!) mais aussi des dirigeants de la FNSEA, qui en amont négocient les pertes d’hectares, en sachant pertinament que cela mettra en périls les petites exploitations et l’accès à la terre des alternatives à l’agriculture productiviste.

Il prévoit aussi dans les territoires un label « terres saines » pour les communes sans pesticides, mais elles devraient toutes l’être depuis le 1er janvier 2017, cherchez la faille.

Il dit aussi judicieusement en substance vouloir atteindre « l’objectif de zéro artificialisation » bravo il n’y a plus qu’à !

« Nous soutiendrons dans l’inscription pour la loi pour le logement, l’aménagement et le numérique (ELAN) de l’obligation pour les collectivités de lutter contre l’étalement urbain et de favoriser la densification ». Bien, c’est ce que beaucoup d’associations environnementales font dans les Commissions Départementales de Préservation des Espaces Naturels, Agricoles et Forestiers (CDPENAF) en examinant les documents d’urbanismes schémas de cohérence territoriale, plans locaux d’urbanisme communaux ou intercommunaux, cartes communales. Mais il faut regretter que ces commissions n’émettent pas un avis conforme plutôt qu’un avis simple.

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Et justement il appuie sur ce point dans les termes suivants « Un groupe de travail partenarial sera constitué pour faire des propositions (instruments économiques, mesures réglementaires ou autres) pour favoriser le recyclage urbain, mieux intégrer les enjeux de préservation des espaces naturels et agricoles dans les politiques et documents d’urbanisme. Ce groupe pourra examiner l’opportunité d’étendre l’approche – éviter, réduire, compenser – les impacts sur l’environnement à l’ensemble des projets d’aménagement commercial et logistique. Il sera appuyé par le comité pour l’économie verte pour identifier des instruments économiques capables de freiner fortement la consommation d’espaces non artificialisés et inciter à la densification des constructions ».

Donc en clair utiliser toutes les friches bâties ou non, et de penser vertical, plutôt qu’horizontal, habitation principale plutôt que secondaire, car quand on voit dans la Manche des communes à 66 % de résidences secondaires, on comprend mieux l’action de citoyens du Morbihan contre ces dérives dont la première et la non accessibilité à la propriété pour les personnes de condition modeste.

En conséquence nous attendons après les écrits, les actes pour la préservation de la biodiversité qui malheureusement dans notre département est martyrisée chaque jour.

Nous (associations environnementales) avons de plus en plus de signalements d’atteintes à cette biodiversité sur les arbres, les haies bocagères, les consommations d’espaces inconsidérées voire inacceptables.

Messieurs et Mesdames les élus, écouter un peu plus les voix citoyennes, plutôt que vos intérêts électoraux, donc de pouvoir.

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