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Billet de blog 17 juil. 2021

Le grand retour de Johann Le Guillerm, à la Cartoucherie

Le Cirque Ici de Johann Le Guillerm est de retour à Paris avec « Terces ». C'est à la Cartoucherie que la troupe a posé ses caravanes et dressé son célèbre chapiteau paré d'étoiles. Cette nouvelle création nous entraîne avec bonheur dans l'univers unique de ce poète des forces de l'attraction. Une œuvre rare et précieuse, à l'affiche jusqu'au 27 juillet dans le cadre du Festival Paris l'été.

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LE GRAND RETOUR DE JOHANN LE GUILLERM 

A LA CARTOUCHERIE

TERCES, Johann Le Guillerm ©Philippe Laurençon

Le Cirque Ici de Johann Le Guillerm est de retour à Paris avec "Terces". C'est à la Cartoucherie que la troupe circassienne a posé ses caravanes et dressé son célèbre chapiteau paré d'étoiles. Cette nouvelle création nous entraîne avec bonheur dans l'univers unique de ce poète des forces de l'attraction. Une œuvre rare et précieuse, à l'affiche jusqu'au 27 juillet dans le cadre du Festival Paris l'été.

La plus ancienne friche de la Métropole du Grand Paris

La Cartoucherie se trouve à Paris, au cœur du bois de Vincennes, dans le douzième arrondissement. Ainsi la formulation Cartoucherie de Vincennes vaut pour une dénomination sentimentale, tandis que ce lieu ne se trouve pas dans le Val-de-Marne (à bon entendeur, salut !). C’était un corps d’usine délabré, boueux et sauvage dont l’activité avait cessé après la seconde guerre mondiale. Durant la guerre d’Algérie, elle a été réquisitionnée par la préfecture de police pour devenir le Centre d’Identification de Vincennes, où seule La Cimade avait le droit d’entrer. Dix ans plus tard, cette guerre coloniale cessant, la Cartoucherie était promise à la destruction. Elle servait alors de repère à des bandes de “blousons noirs” et à de la prostitution.

Portail de la Cartoucherie donnant sur le chapiteau du Cirque Ici ©Joël Cramesnil

On l’oublie et on l’ignore aussi souvent, mais la Cartoucherie est effectivement la plus ancienne friche de la Métropole du Grand Paris, et c’est au Théâtre du Soleil qu’on le doit, pas aux pouvoirs publics. La troupe, qui avait alors six ans, a réalisé les travaux de rénovation sans recevoir aucune aide financière publique pour ce faire. Car en 1970, il n'était pas question de patrimoine industriel, ni de label ou de “fonds pour le recyclage de friches” : il y avait une jeune troupe talentueuse et déterminée qui, s’échappant des lieux du pouvoir pour entreprendre le théâtre auquel elle croit, y consacra alors toute sa force, ce qu’elle fait encore aujourd’hui. Et c’est précisément parce que cette ancienne usine a été reconvertie par des troupes théâtrales (quatre autres s’y installèrent très vite) qu’un espace d’accueil de chapiteaux y a été prévu. 

De mémoire d’éléphant, ce serait en 2008 qu’on y vit pour la dernière fois se dresser des chapiteaux : ceux du Footsbarn Travelling Theatre. Mais s’agissant du Cirque Ici, c’est dès 1997 qu’il y fut accueilli, par le Théâtre du Chaudron, dans le cadre de sa programmation. Ce petit lieu audacieux, têtu, joyeux mais disparu, que la Ville de Paris et le ministère de la Culture ont fait remplacer par l’Atelier de Paris, dont la directrice vient tout juste d’être élevée au grade de Chevalier de la Légion d’honneur…. Aujourd’hui, c’est donc le Théâtre du Soleil qui accueille le Cirque Ici à l'espace chapiteau de la Cartoucherie, dans le cadre du Festival Paris l’été.

Johann Le Guillerm est un papillon qui vole vers la lumière

Pour qui a entrepris le voyage depuis Où ça ? (1994), il est évident que Johann Le Guillerm est ce qu’on appelle un “artiste total”, autrement dit, en ces temps de vocabulaire alarmant : un travailleur essentiel. Revenir cycliquement vers le Cirque Ici au rythme de ses recherches et de ses créations conduit à vivre un voyage singulier, intranquille et poétique. Tandis que les années passent entre nos retrouvailles, la question demeure : qui du mouvement ou de la masse a engendré l’autre ? 

Les spectacles du Cirque Ici reposent à la fois sur les lois imparables de l’attraction et sur la surprise de nos émotions, tandis que les numéros s'enchaînent comme autant de bouquets de poésie et de splendeur. Car Johann Le Guillerm est un paon. Non, c’est un colibri... Mais donc oui… Il s'agit bien d’un artiste de cirque, traversant le temps en équilibre. Sauf que celui-là sait relier aussi le XXe au XXIe siècle en se glissant entre deux piles de livres... Il est tout à la fois le navigateur et l’astrolabe placé au centre d’une piste circulaire dont il ne cesse de démontrer qu’il n’est pas le centre de gravité : “Pour moi, le cercle est un élément d’architecture naturel, il représente le phénomène de l’attraction : celui qui pousse la foule dans la rue à faire cercle dès qu’il se passe quelque chose d’étrange”. Nous sommes ainsi successivement la vague, le souffle, le feuillage, la ruche, tout en demeurant des voyageurs immobiles, en pleine délectation. Car Johann le Guillerm est un chaman. Non, c’est un vilain touche à tout et voilà ce qui arrive !

TERCES, Johann Le Guillerm ©Philippe Laurençon

Car qui dit artiste de cirque dit silhouette, allure et présence. Au fil de ces trois décennies le bonhomme mystérieux, inquiétant et attachant n’a rien changé à son personnage qui tient tout à la fois du dompteur et du clown. Une haute silhouette, le cheveux en crête plate, la tresse fine, deux grands yeux clairs et ronds, le torse nu, des mains graciles et des doigts précis ; il porte des sortes de braies - qu’on croirait trop grandes - cintrées à la taille tout en se resserrant sur ces jambes, tandis qu’il est flanqué d’un long manteau de cap et qu’il a le soulier pointu. Pas un mot, pas une parole, tout juste par moments des inspirations respiratoires bruyantes, profondes, nerveuses, émotives, troublantes, comme annonçant l’imprévisible. La construction de ce personnage de cirque est digne d’une œuvre d'orfèvrerie car nous lisons bien des choses dans la lumière de son visage et dans la dextérité de ses doigts : le bonheur, la surprise, la réserve, l’incompréhension, l’impatience, l’effort… Mais ne vous y trompez pas : Johann Le Guillerm est un lion ! Non, c’est une libellule.

Ce curieux bonhomme apparaît tel le fauve et le dompteur, de lui-même d’abord, ce qui est assez comique par moments, mais aussi de ces curieux partenaires de jeu qu’il active, assemble, admire, observe, fuit… Tout dépend de ce qu’il advient puisqu’il en est toujours ainsi des véritables spectacles de cirque. Il y a aussi du génie et du talent dans tout cela, comme une curieuse filiation au Léonard de Vinci concepteur de machines volantes. Le Cirque Ici est effectivement sans équivalent puisque c’est un cirque de recherche au long cours : “Après Secret en 2003 et Secret (temps 2) en 2012, Terces est sa 3e mouture. Terces anacycle de secret où la conjugaison du verbe tercer qui signifie labourer pour la troisième fois".

TERCES, Johann Le Guillerm ©Philippe Laurençon

Dans Terces, Johann Le Guillerm sait aussi nous parler d’amour, tout comme il sait nous donner à voir ce qu’il advient des humains réduits au sort de porte-crayons… Qui plus est, le Cirque Ici est un monde ayant sa musique et ses propres éclairages, ce qui contribue délicieusement à ce que ce petit chapiteau se tienne comme en lévitation tandis que nous nous y abritons autour de ce poète des forces de l’attraction. 

Joël Cramesnil

Terces jusqu'au 27 juillet, à l'espace chapiteau de la Cartoucherie, réservation ici

Conception, mise en piste, interprétation Johann Le Guillerm
Création et interprétation musicale Alexandre Piques
Création lumière Hervé Gary
Régie lumière Johanna Thomas
Régie piste Anaëlle Husein Sharif Khalil, Julie Lesas, Adrien Maheux en alternance avec Franck Bonnot
Régie générale Alexandre Laffitte
Costume Paul Andriamanana Rasoamiaramanana assisté de Mathilde Giraudeau
Constructeurs Silvain Ohl, Jean-Marc Bernard
Assistante construction Pauline Lamache

Chapiteau du Cirque Ici ©Joël Cramesnil

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