Déchéance de la nationalité: un piège politique qui se refermerait sur ses auteurs?

Qui sera la principale victime de la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux nés en France? Pas nécessairement les premiers concernés, mais celles et ceux qui auront ainsi rusé avec l'émotion collective suscitée par les tristes attentats du 13 septembre 2015 à Paris, à des fins bassement politiciennes et électoralistes.

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Au jeu politique cynique de la déchéance de nationalité des bi-nationaux nés en France, malheur à celui qui se prendra les pieds dans le tapis ...François Hollande qui a pensé coincer la droite à son propre jeu de cache cache avec le Front National, se retrouve dans une impasse politique. Comment en sortira-t-il et dans quel état??? Personne ne sait.

Bonne chance "grands camarades"!

Il n'en reste pas moins que nous ne sommes plus dupes de ces tours de passe-passe identitaires...et le fond de la pensée de l'actuel locataire de l'Élysée sur toutes ces questions touchant à la lutte contre les discriminations, au racisme, aux contrôles au faciès, ou à l'intégration... en ressort clarifié. Il s'était jusqu'ici soigneusement défilé, trouvant toujours de belles raisons ou excuses pour ne pas tenir ses promesses de campagne. Le "symbole" serait devenu à ce point électoralement peu porteur et encombrant, que le Président a cru bon de lui substituer une divisibilité de la nationalité pour mieux affirmer le peu d'intérêt (désormais) représenté à ses yeux par cette frange voulue passive de la population française réputée acquise au vote socialiste. Là aussi nous assistons à un divorce.

On pourrait au moins reconnaître une qualité à la Droite - pour peu qu'on puisse lui en trouver une: c'est celle de la clarté de ses (mauvaises) intentions sur les Français d'origine étrangère, les étrangers, les migrants (tous généralement mis ou rangés dans le même sac - celui des dangereux envahisseurs de  la France); sur lesquels M. Juppé ne va d'auilleurs pas de main morte dans son livre: vote chaque année d'un plafond d'immigration légale, mise en place d'un système par points pour l'attribution des titres de séjours, durcissement des conditions du regroupement familial, autorisation du placement des familles en rétention administrative (suppression de la circulaire Valls), fixation par la loi de la liste des pays dits sûrs en matière d'asile, conditionnement de l'acquisition de la nationalité pour les enfants nés en France à la régularité d'au moins un des parents au moment de la naissance, limitation de l'aide médicale d'état uniquement aux cas d'urgence, création d'un "délit d'entrave à la laïcité", redéfinition de la légitime défense des forces de l'ordre, etc...

Pas de doute, Alain Juppé est de droite, de la bonne vieille droite "civilisationnelle" française.

Mais contre lui comme pour Nicolas Sarkozy, il faudra toujours opposer la force du Droit, notamment du Droit international; sans jamais plus s'encombrer outre mesure de belles considérations partisanes ou de la généreuse proximité avec quelques apparatchiks socialistes, grands adeptes du double discours: égalitariste et compassionnel pour s'attirer les voix des Français d'origine étrangère (comme ils disent); puis sécuritaire, identitaire, voire carrément réactionnaire une fois au pouvoir.

Sur ce plan le quinquennat de François Hollande aura marqué un point de non retour, en désignant des bi-nationaux nés en France comme une source potentielle de déstabilisation terroriste. Même Nicolas Sarkozy ne s'était jamais avancé sur une révision constitutionnelle lors du débat sur l'identité nationale.

À méditer!

Joël Didier Engo

Président de l'Association Nous Pas Bouger

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