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Billet de blog 8 déc. 2014

Jean Emmanuel Foumbi: un Français à l’article de la mort au Cameroun

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© Djibril Diaw

Au moment où le dernier rapport médical d'hospitalisation vient hélas définitivement confirmer le degré d'aggravation de la maladie dont souffre notre compatriote incarcéré dans les geôles camerounaises depuis août 2013, un vibrant appel est à nouveau lancé aux autorités françaises et camerounaises afin qu'il soit procédé à son évacuation sanitaire pour raisons humanitaires dans les plus brefs délais en France.

En effet le rapport médical délivré en ce début de mois de décembre par le Dr. Christian EYOUM de l’Hôpital Laquintinie de Douala au Cameroun confirme "la perte de l’œil droit due à une hémiplégie droite d'origine psychogène"...que les autorités officielles françaises et camerounaises ne peuvent plus relativiser, voire reléguer au rang de "sujets délicats" de nature à compromettre la solidité de la relation fraternelle et amicale entre les deux pays.

La vie d'un Homme, citoyen français, est plus que jamais en danger. Toutes les démarches et mesures diplomatiques doivent être entreprises pour éviter le pire qui se dessine.

Évitons qu'un citoyen Français meurt en silence dans un mouroir carcéral camerounais - à l'instar de tant de prisonniers d'opinion de ce pays -  au nom d'une certaine realpolitik franco-africaine.

Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques au Cameroun

Joël Didier Engo, Porte-parole

http://www.cl2p.org

France-Cameroun: Jean-Emmanuel Foumbi, chronique d'une mort programmée

Par Bastaine Yannick MOUBAMBA, Coordinateur du Groupe Afrique de SOS Racisme

Jean-Emmanuel Foumbi, libre dans les prétoires français, prisonnier au Cameroun : déraison du droit ou tartufferie d’un État-monade? Dans ce pays secret, les souffrances de Monsieur Foumbi nourrissent grassement l’opportunisme des profiteurs du chaos camerounais.

Pour nous, l’innocence de cet homme ne fait aucun doute. C’est pourquoi, notre propos vise à déconstruire les amalgames et les contre-vérités de l’ « affaire Foumbi », et réhabiliter la dignité d’un innocent. Cette conviction tient à des preuves intangibles démontrant la mise en place d’un scénario tragique depuis belle lurette.

2009, année fatidique. Le Président Paul Biya rencontre la diaspora camerounaise de France. Après le séjour du Chef de l’Exécutif camerounais dans l’Hexagone, Jean-Emmanuel Foumbi, brillant chercheur, est invité à se rendre au Cameroun à la demande du Ministre de l’Économie et de la Planification visiblement séduit par l’activité de ce Français d’origine camerounaise (le Cameroun ne reconnaissant pas la double nationalité). Le retour de sieur Foumbi au pays natal visait à matérialiser ses connaissances dans le cadre de la politique des «Grandes Réalisations». Peu après, le rêve de ce citoyen du monde s’est transformé en un terrible cauchemar.

Dessaisi de son passeport, il se trouve dans l’incapacité d’honorer son rendez-vous médical à l’hôpital Rothschild dans le 20ème arrondissement de Paris. Du coup, l’opération chirurgicale de son œil gauche, prévue en juillet 2013, est annulée suite à la demande de Maître Foyou Pierre au Procureur en ces termes : « Je remets cette plainte entre vos mains afin que Monsieur Kamdem Foumbi Emmanuel soit interdit de sortir du territoire national ». Interpellé manu militari puis arrêté, Monsieur Foumbi a été placé sous mandat de dépôt à la Prison Centrale de New Bell, le 27 juin 2013, par le Juge d’instruction M. Eyiké Vieux, sans possibilité de liberté provisoire.

Fin 2013, Jean-Emmanuel Foumbi croupit dans sa cellule de prison. Malade et grabataire, la justice camerounaise peine à lire le droit, mais l’hémiplégie du détenu progresse hideusement dans un corps diminué par l’acharnement judiciaire, et la perte récente d’un œil.

Les reports incessants de sa comparution suscitent quelques interrogations. D'un point de vue médical, peut-on passer outre l’évacuation sanitaire quand la vie d'un homme ne tient plus qu'à un fil?

Depuis le mois de mai 2013, l' « affaire Foumbi » brouille la grille de lecture de moult observateurs. Informé de l'état inquiétant de l'accusé, le Tribunal de Grande Instance, dans sa collégialité, repousse inlassablement la comparution du malade. A l'audience du 24 juillet 2014, le Tribunal a une nouvelle fois renvoyé la comparution de sieur Foumbi. A ce jour, le pronostic vital du présumé coupable est engagé. Dix médecins de l'hôpital Général de Douala avaient déjà confirmé la gravité de la pathologie du patient, et exigé son transfert vers un service de santé adapté: l'hôpital Laquintinie de Douala. Malgré cette évacuation exceptionnelle, l'état de santé du prévenu ne cesse d'empirer.

L'affaire renvoyée au 20 août 2014 n'a finalement pas eu lieu. Une fois de plus, l’absence de l’accusé a été rédhibitoire à la tenue du procès. Soucieux de l'état de santé du prisonnier, le régisseur de la prison, très inquiet, a urgemment sollicité l'hôpital Laquintinie. Pour contourner l’impasse médicale, le Tribunal de Grande Instance en l'espèce, a sollicité de l'Hôpital Militaire de Douala, la commission d'un expert susceptible de signifier à la Cour les possibilités de comparution du détenu. Dr Fouda Békolo Fabien, Médecin Commandant, Chirurgien des Hôpitaux des Armées, a réalisé son expertise médicale à la cellule 18 de la Prison Centrale de Douala, pour conclure: « Monsieur Foumbi Jean Emmanuel Kamdem, hémiplégique droit d'étiologie idiopathique, et jouissant d'une intégrité de ses capacités intellectuelles actuellement inhibées ou ralenties par les effets indésirables de médicaments antidépresseurs, peut effectivement comparaître aux audiences du Tribunal de Grande Instance du Wouri à Douala ».

Après investigation, le rapport du Docteur Fouda Békolo est une supercherie, puisque chirurgien de formation et non médecin, il est incompétent dans le diagnostic de la maladie de l’accusé, aux antécédents psychiatriques exceptionnels confirmés récemment par le Docteur Christian Eyoum. De même, la procédure a été entachée d’irrégularités dès le départ. Pourquoi porter au pénal une plainte qui relève du Tribunal de Commerce ? Pourquoi le Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Douala-Bouanjo a-t-il requalifié les faits en crime d’escroquerie aggravée et délits connexes de faux et usages de faux en écriture privée de commerce, et transféré son dossier au Procureur près le Tribunal de Grande Instance du Wouri pour compétence?

L’article 65 alinéas 2 et 4 du Code de Procédure Pénal camerounais ne dit-il pas qu’« en matière de délit, la prescription de l’action publique est de trois années, à compter du lendemain du jour où le délit a été commis ».

Nous nous interrogeons sur le pourquoi d’une action publique en 2013 pour des faits commis en 2008. Cette violation flagrante de la loi a amoindri l’aspiration de la défense de Monsieur Foumbi qui ne jouit plus de son droit à une justice équitable. Pourquoi le Procureur s’acharne-t-il agressivement sur cet homme en torpillant au grand jour la loi de son pays ? Pourquoi même paralysé, le Tribunal de céans réclame-t-il ardemment la comparution du malade pour une confrontation face à ses adversaires jouissant avantageusement de leurs capacités physiques et morales, et de toutes les ressources financières et humaines nécessaires ? Sans accréditer la thèse d’un crime parfait en préparation, la justice camerounaise ne pousse-t-elle pas Monsieur Foumbi à un suicide médicalement assisté, au point où le Ministère public élude la présomption d’innocence, et harcèle moralement un sujet diminué par une interminable chasse à l’homme ? Pourquoi la justice renie-t-elle la procédure d’exequatur quand la seule application des textes peut épargner un énième vaudeville aux autorités camerounaises sur la scène internationale?

Dans ce chassé-croisé ubuesque, les jours du malade sont désormais comptés.

Que faut-il aux décideurs camerounais pour sortir Jean-Emmanuel Foumbi de ce goulet d’étranglement? Le Cameroun peut-il assumer la disparition brutale d’un innocent sous le prétexte fallacieux d’un crime de lèse-majesté? Sans doute les chantres de la pensée unique, de la médiocrité institutionnalisée, et de la déchéance de l’État camerounais n’entrevoient-ils pas la fin du règne de l’arbitraire et la soif d’égalité dans ce pays.

Nous tenons à la vie de Monsieur Foumbi, et à sa comparution dans un procès équitable, où les magistrats ne seront pas juges et parties. L’évacuation sanitaire demeure la planche de salut ultime dans cette affaire. Après des mois de tergiversations et un vide juridique abyssal, nous n’attendons pas de passe-droits qui fassent pleurer dans les chaumières. Nous exigeons purement et simplement l’application des articles 371 alinéa 3 en cas d’absence de l’accusé pour maladie, et 382, alinéa 3 du jugement séparé sur les exceptions d’ordre public du Code de Procédure Pénale camerounais, et le respect du droit international public.

Pour le Groupe Afrique de SOS Racisme

Le Coordinateur,

Bastaine Yannick MOUBAMBA.

Vidéo: Docs ad Hoc : Bartolone : Carnets d’Afrique

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