DÉBAT: CAMEROUN, LA COLÈRE DES ANGLOPHONES

Le Grand Débat, Africa numéro 1, Mercredi 14 décembre 2016 à partir de 18h00: "Cameroun, la colère des anglophones". Ci-dessous les liens du Grand Débat de la radio FM Africa numéro Un, auquel j'ai participé hier sur "La colère des anglophones au Cameroun".

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Cameroun, Marafa Hamidou Yaya: "Il faut donner enfin vie au pacte de 1972, bâtir enfin une République unie du Cameroun."

Camerounaises, Camerounais, chers compatriotes anglophones et francophones,

Ces dernières semaines, le profond malaise des Camerounais anglophones a tourné à la colère lorsque des avocats et des professeurs ont investi les rues de Bamenda et de Buea pour réclamer un plus grand respect du bilinguisme de notre pays au sein de ses systèmes judiciaire et éducatif.

Depuis quelques jours, cette colère se mue malheureusement en violence: dans ces mêmes rues, de jeunes partisans de l'indépendance des provinces anglophones affrontent désormais les forces de l'ordre. Le sang coule, des hommes meurent. Comment en sommes-nous arrivés là? Pourquoi, aujourd'hui, des Camerounais affrontent-ils d'autres Camerounais? Pourquoi cette effusion de violence fratricide?

Lorsque, par le référendum du 20 mai 1972, le peuple camerounais a choisi de mettre fin au fédéralisme pour donner naissance à une «République unie du Cameroun», l'ambition de tous, anglophones et francophones réunis, était, me semble-t-il, de préparer l'avènement d'un Camerounais nouveau, biculturel, héritier à part égale des «leçons» retenues des deux régences et susceptible de tirer le meilleur de ces deux héritages.

Les événements actuels prouvent suffisamment que ce projet a échoué.

Deux identités camerounaises distinctes coexistent aujourd'hui, et les anglophones éprouvent à raison le sentiment d'être marginalisés, d'être des citoyens d'un rang inférieur à celui des francophones. Le bilinguisme inscrit dans notre Constitution étant appliqué de façon profondément inégalitaire dans l'administration, la justice et l'enseignement, ils ne jouissent pas de l'égalité des chances qui devrait être accordée à tous les citoyens d'un État moderne et démocratique. Cette inégalité frappe également leurs conditions de vie: ils souffrent, plus encore que leurs compatriotes francophones, du chômage et du déficit en infrastructures. Et les anglophones n'ont aucun recours, aucun relais pour dénoncer ces discriminations, puisque, enfin, leur communauté est largement tenue à l'écart des postes clés de l'État et de l'administration, y compris au sein de leurs propres régions.

Les Camerounais anglophones, qui ont aujourd'hui le sentiment que leur destin leur échappe, dénoncent à raison la trahison de l'esprit du pacte d'unification établi en 1972 entre les représentants des deux communautés.

Du non-respect de ce pacte, la responsabilité incombe d'abord aux francophones, et ces derniers doivent reconnaître leurs torts. En plus, de «République unie», notre pays est devenu simple «République» par le changement de la loi par une majorité simple, un glissement sémantique annonçant l'oubli progressif de l'identité biculturelle du Cameroun par un pouvoir monoculture! Et centralisateur. Les dirigeants francophones n'ont pas rempli les engagements qu'ils avaient pris en 1972 vis-à-vis de leurs compatriotes anglophones. Mais les leaders anglophones qui avaient pris part à ce pacte d'unification ont eux aussi manqué à leurs devoirs: cette dérive du pouvoir francophone, ils n'ont pas su - ou pas voulu, trop satisfaits de leurs privilèges personnels- la dénoncer.

La nouvelle génération de Camerounais anglophones, qui souffrent des effets conjugués de cette trahison et de ce renoncement, doivent-ils pour autant tourner le dos à leur identité camerounaise, à notre histoire commune? Sans même parler du caractère illusoire et suicidaire d'une indépendance du Cameroun anglophone, le retour au fédéralisme, que réclament aujourd'hui bon nombre d'anglophones, n'est pas une solution à leurs difficultés. Revenir aujourd'hui à deux États fédérés, l'un anglophone et l'autre francophone, consacrerait définitivement l'échec du pacte de 1972, et ne ferait qu'accentuer le caractère marginal, sur le plan économique comme géographique, des régions anglophones.

Il faut au contraire donner enfin vie au pacte de 1972, bâtir enfin une République unie du Cameroun.

Car le bilinguisme, héritage de notre histoire, est aujourd'hui une chance pour notre pays. Seul pays bilingue franco-anglais au monde avec le Canada, un modèle pour le moins inspirant, le Cameroun pourrait, en instaurant un bilinguisme égalitaire, s'insérer plus efficacement dans les pratiques et les codes d'un monde globalisé.
Pour y parvenir, il ne faut donc pas ressusciter le fantôme du fédéralisme, mais bien plutôt faire le choix de la modernité et du progrès, celui de la diversité dans l'unité, en engageant enfin la décentralisation du pays. Les représentants des deux communautés doivent s'asseoir autour d'une table et rédiger un nouveau code du vivre ensemble sur la base de l'expérience passée et des lois de décentralisation de 2004, qui sont malheureusement restées pour l'essentiel lettre morte à ce jour. Cette concertation renforcée sera propice au développement des infrastructures du Cameroun anglophone, et pourrait, par exemple, aboutir à la construction d'un nouvel aéroport international, ou à la construction d'une université jumelée avec une institution prestigieuse internationale offrant des formations spécifiques et de pointe (pilote, high-tech, .. ) et inexistantes dans la zone francophone.

Je propose aujourd'hui qu'un Conseil National de l'Unification soit créé au plus haut niveau de l'État: il se réunira tous les 6 mois pour évaluer la mise en œuvre de ce code dont la finalité sera l'avènement du Camerounais nouveau, riche de sa culture double. Pour marquer symboliquement mais puissamment la rupture avec la politique centralisatrice que mène le gouvernement depuis plus de 30 ans, je propose également que notre pays retrouve son appellation de « République Unie du Cameroun» ainsi que le drapeau arborant deux étoiles jaunes sur la bande verte, au lieu d'une étoile jaune sur la bande rouge comme c'est actuellement le cas.

Le retour à l'esprit de 1972 est la meilleure garantie d'un avenir harmonieux et prospère pour tous les Camerounais.

Yaoundé, le 12 décembre 2016
Marafa Hamidou Yaya, prisonnier politique

 

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Le Grand Débat, Africa numéro 1, Mercredi 14 décembre 2016 à partir de 18h00: "Cameroun, la colère des anglophones"

http://www.africa1.com/spip.php?article74214

http://www.africa1.com/IMG/mp3/le_grand_debat_-_14_12_16_-_pad.mp3

Ci-dessus les liens du Grand Débat de la radio FM Africa numéro Un, auquel j'ai participé hier sur "La colère des anglophones au Cameroun", avec notamment:

- Paul-Eric Emery, membre du RDPC (Rassemblement "très très très démocratique" du peuple camerounais, parti présidentiel)

- Kah Walla, présidente du Cameroon people’s party (CPP)

Par téléphone, depuis Washington,

- Germain-Hervé Mbia Yébéga, politologue, Chargé du programme « Gouvernance, Paix et Sécurité » à l’Institut Afrique Monde (IAM)

Tous mes remerciements à la rédaction d'Africa numéro, dont Nadir DJENNAD, Stéphanie Hartmann et toute l'équipe technique d'avoir permis aux parisiens de se faire une certaine idée sur un sujet ô combien sensible et complexe.

Joël Didier Engo, Président du CL2P

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Inacceptable répression aveugle et sanguinaire des manifestants anglophones camerounais depuis des semaines

Au-delà du nombre exponentiel des victimes - notamment des jeunes étudiants- c'est la relative indifférence des camerounais francophones qui choque sans réellement surprendre.

La balkanisation tribale et territoriale s'est enkystée dans l'inconscient collectif depuis trois décennies. Le dictateur Paul Biya étant ainsi parvenu à pulvériser la belle et noble unité nationale laborieusement construite par les Pères Fondateurs.

Please, STAND UP for Cameroon

© Southern Cameroon We need independence

 

Le "problème anglophone" au Cameroun

La seule réelle divergence que j'ai sur ce sujet avec un certain nombre d'acteurs politiques francophones camerounais, c'est la conviction qui est la mienne que l'enracinement démocratique puis la cohésion nationale d'un pays aussi divers et pluriel comme le Cameroun, tient précisément dans l'approfondissement de la décentralisation, puisque "le retour au fédéralisme" semble tabou.

C'est en effet en noyant ce dernier dans une escroquerie politique, sociale, et économique présentée comme un "État unitaire" que l'on a progressivement créé les conditions de la crise actuelle, qui peut amener - si on continue à faire la politique de l'autruche en usant uniquement de la répression policière - à la sécession du Cameroun.

Joël Didier Engo, Président du CL2P

Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques (CL2P)

logocl2p
http://www.cl2p.org

 

 

© Franklin Nyamsi

PÉTITION: BARBARIES ET SAUVAGERIE DU SYSTÈME BIYA

Camerounaises, camerounais, citoyens du monde entier,

Des évènements horribles, inadmissibles et insupportables se déroulent dans un pays d'Afrique centrale, le Cameroun.  Prétendument indépendant depuis 1960, le Cameroun est passé des mains de la sanglante dictature de Ahmadou Ahidjo, à l'actuelle de monsieur Paul Biya.

En 2016, le peuple (étudiants, militants des partis politiques, société civile, ....... ect) est bâillonné, interdit de s'exprimer pacifiquement d'une manière ou d'une autre. Les leaders d'opinion sont bastonnés, arrosés d'eau chaude et puante, les avocats sont tabassés, molestés, et traînés au sol comme de vulgaires objets.

L'apothéose de la barbarie et de la sauvagerie du régime de monsieur Biya (84 ans), dont l'objet est de faire peur, d'intimider, de traumatiser, et de restreindre toute liberté d'expression, afin de s'accrocher au pouvoir, après 34 ans de règne sans partage, s'est produite il y a 2 semaines à l'Université de Buéa: les forces de l'ordre écervelées, entièrement acquises à la défense du tyran Biya, se sont introduites dans le campus universitaire de l'Université de Buéa, ont VIOLÉ des jeunes filles, ont roulé des étudiants dans des ruisseaux d'eaux d'égouts et de merdes, ont tabassé, blessé, et humilié de jeunes étudiants qui ne demandaient qu'à manifester pacifiquement pour la suppression d'une nième taxe stupide qui leur était imposée.

Devant ces atrocités, devant cette nième violation des droits de l'homme par un individu qui ne vise que son maintien par la force au pouvoir, le MOUVEMENT "ALTERNANCE 2018" en abrégé (A18), lance une pétition pour recueillir un million de signatures (1.000.000) afin de pouvoir saisir l'Union Africaine et la Cour Pénale Internationale pour traduire monsieur Biya et ses sbires devant cette Cour, pour violation extrêmement graves des droits de l'homme.

REJOINGNEZ ET SIGNEZ CETTE PÉTITION AFIN QUE PRENNE FIN L'IMPUNITÉ EN AFRIQUE EN GÉNÉRAL, ET AU CAMEROUN EN PARTICULIER. POUR NOUS PERMETTRE ÉGALEMENT D'ENTREPRENDRE DES POURSUITES JUDICIAIRES AUPRÈS DE LA C.P.I, FAITES ÉGALEMENT UN DON.


Signer cette pétition:       http://www.petitions24.net/barbaries_et_sauvagerie_du_systeme_biya

Cameroun - Emeutes de Bamenda, Amnesty International: Le recours à une force excessive et meurtrière doit donner lieu à des enquêtes de toute urgence

L'intégralité du communiqué du 9 décembre 2016

Les autorités camerounaises doivent enquêter sur le recours à une force excessive et injustifiée ayant mené à la mort de deux à quatre personnes lors d’une manifestation à Bamenda, une ville du nord-ouest du pays, jeudi 8 décembre, a déclaré Amnesty International.

Des témoins ont signalé que des membres des forces de sécurité ont utilisé des balles réelles et du gaz lacrymogène en réaction à des jets de pierres, et ont dit avoir vu les corps de deux hommes qui avaient été abattus. Des articles de presse citant des sources policières indiquent qu’au moins quatre personnes sont mortes.

On a également vu les forces de sécurité répandre du gaz lacrymogène dans une zone semble-t-il sans relation avec les manifestations, et utiliser des balles réelles pour tirer en l’air.

« Les autorités camerounaises doivent faire la lumière sur les circonstances ayant fait des morts et des blessés, en ouvrant sans délai des enquêtes véritablement approfondies et impartiales. Les personnes dont on peut raisonnablement penser qu’elles ont une responsabilité dans ces décès doivent être traduites en justice », a déclaré Ilaria Allegrozzi, spécialiste de l’Afrique centrale à Amnesty International.

« Nous demandons aux autorités camerounaises de s’abstenir de recourir à une force illégale en réaction aux manifestations. Répondre à des faits de violence durant les manifestations en employant une force injustifiée ou excessive risque d’exacerber une situation déjà tendue et de mettre des vies supplémentaires en danger. »

Le matin du 8 décembre, des actions de protestation ont eu lieu à Bamenda afin d’empêcher la tenue d’un meeting du parti au pouvoir. Cela s’inscrivait dans la lignée de manifestations ayant débuté fin octobre 2016 dans plusieurs villes du sud-ouest et du nord-ouest anglophones du Cameroun, contre l’utilisation du français dans les tribunaux et les écoles.

Répondre à des faits de violence durant les manifestations en employant une force injustifiée ou excessive risque d’exacerber une situation déjà tendue et de mettre des vies supplémentaires en danger.
Ilaria Allegrozzi, spécialiste de l’Afrique centrale à Amnesty

Selon des informations reçues par Amnesty International, dans divers quartiers de Bamenda, les forces de sécurité ont tenté d’empêcher les rassemblements, et utilisé du gaz lacrymogène et des canons à eau pour disperser les manifestants. Vers 10 h 30 du matin, la police a érigé des barricades à l’entrée de l’avenue commerçante où des personnes commençaient à se rassembler. Des manifestants ont mis le feu à un poste de police entre 15 et 17 heures le 8 décembre.

Les forces de sécurité ont par ailleurs utilisé du gaz lacrymogène dans le principal marché de Bamenda alors que personne ne manifestait. Un témoin a expliqué à Amnesty International :

« Des vendeurs étaient assis à l’entrée principale du marché lorsque des policiers sont arrivés et ont décidé de casser des pare-brises, de faire tomber des vélos garés sur place et de répandre du gaz lacrymogène. »

« Les vendeurs disaient : nous ne savons pas ce que nous avons fait de mal, nous travaillons au marché, c’est tout. Lorsque les policiers ont lancé du gaz lacrymogène, vendeurs et badauds ont couru se réfugier au marché et ont fermé la porte principale à clé, et on pouvait voir toute la fumée et les émanations du gaz lacrymogène [à l’intérieur]. »

Complément d’information

Des avocats, des élèves et des enseignants sont en grève depuis des semaines pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une marginalisation de la minorité anglophone.

Au cours du mois écoulé, les forces camerounaises de sécurité ont soumis des manifestants non violents à des arrestations arbitraires, et ont recouru à une force excessive pour disperser des rassemblements à Bamenda et Buea, faisant plusieurs blessés et au moins un mort parmi les civils. Le 26 novembre, plus de 100 personnes ont été arrêtées à Bamenda.

Amnesty International peut pour l’instant confirmer que deux personnes sont mortes.

 Le bilan des manifestations de Bamenda revu à la hausse: 06 morts dont 04 déposés à la morgue de l'hôpital régional

Insoutenables images d'une répression aveugle et brutable des camerounais anglophones:

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