DOSSIER NOIR SUR LES EMPRISONNEMENTS POLITIQUES AU CONGO BRAZZAVILLE

N’oublions jamais que le silence est la pire des sentences pour un prisonnier politique. Non seulement il participe à la normalisation de sa détention arbitraire, mais concourt largement à la banalisation d’une culture du crime politique dans le pays, ici au Congo Brazzaville.

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Depuis plusieurs années, les observateurs avisés de la scène politique congolaise font état des emprisonnements politiques sous couvert d’une justice dite de droit commun au Congo Brazzaville sous l’interminable règne du dictateur Dénis SASSOU NGUESSO, sans avoir une idée précise sur l'ampleur du phénomène et des victimes dans ce pays bastion de la Françafrique.

Nous avons mené une investigation parallèlement à la campagne d’évacuation pour raisons sanitaires du plus emblématique des prisonniers politiques du Congo Brazzaville, le général Jean-Marie Michel MOKOKO, évacué au bout d’un insoutenable bras de fer entre le régime de Brazzaville et ses avocats, les ONG puis les activistes panafricains vers la Turquie, où il recevrait des soins dans la plus totale opacité.

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Un embastillement politique parfaitement huilé

Le mode opératoire de l’embastillement des détenus politiques au Congo Brazzaville présente des similitudes avec celui déjà observé dans les différentes satrapies de la sous-région.

En effet dans une démocratie, la justice est une grande institution qui joue à la fois le rôle de contre-pouvoir et de régulation sociale. Instrumentalisée, la justice congolaise comme celle des pays voisins a failli à cette mission essentielle. Elle est devenue un instrument de répression politique. Les règles de la procédure pénale universellement reconnues et incluses dans la loi Congolaise ont été régulièrement bafouées et sans états d'âme sous l’interminable règne de Dénis SASSOU NGUESSO. On y a ainsi observé :

  • La pratique de la disjonction de procédure par les juges d’instruction. Cela leur permet de saucissonner un dossier pour le renvoyer par petits bouts devant le tribunal. Résultat, le justiciable se trouve confronté à une multitude de procès programmés de manière à le maintenir indéfiniment en détention.
  • La détention qui devient la règle et non ce qu’elle doit être, une exception, et se double d’un refus systématique de mise en liberté provisoire.
  • Les délais de détention préventive et de jugement excessivement longs, la multiplication des renvois qui font durer les procès sur plusieurs années.
  • Une théâtralisation à outrance des arrestations avec le déploiement de dizaines de policiers et devant les caméras de la télévision dans le seul but d'humilier les suspects.
  • Une précipitation dans certains cas sans commune mesure avec une justice sereine.
  • L’institution d’une véritable présomption de culpabilité directement inspirée par le pouvoir exécutif., sous des motifs aussi divers et fallacieux tels que l’atteinte ou la complicité d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État, le terrorisme, ou les détournements de deniers publics.

Dans cet ordre de considérations, nous en venons à une définition du prisonnier politique adapté au contexte du Congo Brazzaville du dictateur Dénis SASSOU NGUESSO :

Nous considérons en effet comme prisonnier politique, toute personne qui serait en prison pour des motifs autres que ceux du droit commun (communément avancés) qui pourraient avoir servi de façade légale au déclenchement de son affaire.

Pour cela, nous avons retenus quelques critères:

1- La personne soutenue a été reconnue par les organisations internationales de défense des droits de l’homme comme étant un prisonnier d’opinion

2- La personne défendue est maintenue en prison au-delà de la peine qui a été prononcée contre elle par la justice.

3- Le justiciable fait face à une multiplication de procédures, dans une sorte de procès à tiroirs dont le seul but est de le maintenir en détention sans motif valable.

4- La détention dans une prison spéciale, autre que celle de droit commun

5- À ces catégories, nous ajoutons toute personne non liée à la politique mais qui a été emprisonnée non pas pour ce qu’elle a fait, mais pour ce qu’elle est. Mais aussi les disparitions forcées d’opposants ou de personnes suspectées d’émettre des opinions critiques contre le régime en place et dont les proches ont perdu toute trace de vie ou peuvent témoigner de leurs enlèvements par des brigades spécialisées.

Des emprisonnements politiques sans fin

Pour parvenir à les répertorier, nous avons sollicité la contribution de nombreux anonymes auprès desquels nous nous sommes engagés à préserver la confidentialité des échanges, puis à veiller au respect de leur intégrité physique et morale.

Grâce aux informations reçues, vérifiées et recoupées, nous procéderons à des publications successives de listes non exhaustives, qui pourront bien évidemment être modifiées au fil de l'évolution de la situation judiciaire et carcérale des différentes personnes citées.

C’est l’occasion pour nous de remercier tous les ressortissants du Congo Brazzaville qui ont ainsi bravé la peur et les menaces des représailles en nous faisant confiance; tout en encourageant tous les autres à en faire de même dans le strict respect qui nous incombe de leur anonymat.

N’oublions en effet jamais que le silence est la pire des sentences pour un prisonnier politique. Non seulement il participe à la normalisation de sa détention arbitraire, mais concourt largement à la banalisation d’une culture du crime politique dans le pays, notamment ici au Congo Brazzaville sous la tyrannie de Dénis SASSOU NGUESSO.

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LISTE DES PRISONNIERS, EMBASTILLÉS, ASTREINTS À NE PAS SORTIR

  1. PAULIN MAKAYA EMPRISONNÉ DEPUIS 23/11/2015
  2. JEAN NGOUABI EMPRISONNÉ DEPUIS 07/03/2016
  3. BRUNO NGOUABI EMPRISONNÉ DEPUIS 07/08/2015
  4. DIEUDONNÉ DHIR EMPRISONNÉ DEPUIS 27/03/2016
  5. MARCEL PIKA EMPRISONNÉ DEPUIS (31/06/2016)
  6. ANATOLE LIBONGO NGOKA EMPRISONNÉ DEPUIS 27/03/2016
  7. CHRISTINE MOYA EMPRISONNÉE DEPUIS 27/03/2016
  8. ANDRÉ OKOMBI SALISSA RÉSIDENCE SURVEILLÉE 03/04/2016
  9. RAYMOND EBONGA EMPRISONNÉ DEPUIS 10/2015
  10. RENÉ SERGE BLANCHARD OBA INTERDIT DE SORTIE 2 ANS
  11. MARION MICHEL MANZIMBA EWA NGO DISPARU 30/04/2016
  12. MARTIN MADEMANA EMPRISONNÉ DEPUIS 05/05/2016
  13. MODESTE BOUKADIA EMPRISONNÉ DEPUIS 01/2016
  14. JOSEPH KITSADI EMPRISONNÉ DEPUIS 11/05/2016
  15. NARCISSE MAZOUTA EMPRISONNÉ DEPUIS 03/2016
  16. ANTHYME MAHIMINA DISPARU 23/03/2016
  17. JEAN CLAUDE SITA EMPRISONNÉ DEPUIS 03/2016
  18. GEOFFROY DANGHAT EMPRISONNÉ DEPUIS 01/08/2015
  19. CYR NVOUBI EMPRISONNÉ DEPUIS 12/2014
  20. ALPHONSE ANTOINE SIMBA NDIMBANI EMPRISONNÉ 04/04/2016
  21. PAUL MARIE MABIALA EMPRISONNÉ DEPUIS 18/08/2013
  22. JACQUES BANAZALA EMPRISONNÉ DEPUIS 03/2016
  23. ANDY MBEMBA EMPRISONNÉ DEPUIS 11/2015
  24. JEAN MARIE MICHEL MOKOKO ÉVACUÉ EN TURQUIE POUR SOINS 30/007/2020
  25. SERGE MATSOUELE EMPRISONNÉ DEPUIS 23/11/2016
  26. JEAN DE DIEU KIKOUAMA EMPRISONNÉ DEPUIS 26/01/2015
  27. NARCISSSE MAFOUTA EMPRISONNÉ DEPUIS 26/02/2016
  28. CEDRIC LOUKOKI EMPRISONNÉ DEPUIS 28/04/2016
  29. SERGE ONDZAMBE EMPRISONNÉ DEPUIS 01/04/2016

LISTE DES PRISONNIERS DU FEU COLONEL TSOUROU

EN DÉTENTION À OUESSO

  1. MBANI JULIEN
  2. MOUANGA LAURENT
  3. KIMPALA CLÉMENT
  4. NGAMBOMI PATRICK
  5. MONGO SYLVAIN

Écroués le 16 décembre 2016 condamnés à 10 ans et 15 ans pour MBANI JULIEN

LISTE DES PRISONNIERS DU CDRC (dont la libération nous a été signalée après notre publication)

1er groupe

  1. MABIALA MPANZOU PAUL MARIE condamné à 7 ans, lieux de détention : Pointe-Noire 11 mois, Brazzaville 5 jours, Ouesso 4 ans et demi. Libéré après 5 ans et 4 mois. Même chose pour les 4 autres suivants condamnés à 5 ans:
  2. NTANDOU JEAN CLAUDE
  3. KIMANGOU JOSEPH
  4. MATIMOUNA MOUYECKET EULOGE
  5. LONDHET MOUSSA LANDRY condamné à 2 ans mais il a fait 5 ans et 4 mois en prison

2ème groupe

11 mois à Pointe-Noire, 5 jours à Brazzaville et Impfondo

  1. TSIAKA VALENTIN condamnés à 5 ans
  2. SILAHO RENÉ condamné à 5 ans
  3. BANANGOUNA DOMINIQUE MESMIN condamné à 5ans
  4. NGOMA SYLVAIN PRIVAT condamné à 2 ans

3ème groupe

11 mois à Pointe-Noire, Brazzaville le reste de la peine

  1. NZINGOULA MIAKAMONA SYLVAIN condamné à 7 ans
  2. BIBILA GILBERT condamné à 5 ans
  3. KIALOUNGOU PIERRE PLACIDE condamné à 5 ans
  4. MBANZA JUDICAËL condamné à 5 ans

4ème groupe

  1. MABOYI ALBERT condamné à 5 ans avec sursis

PRISONNIERS CONNUS PASSÉS PAR LA MAISON D’ARRÊT

  1. BALANDAKANA CHRISTINE ET SES DEUX ENFANTS
  2. BANANGADZALA JACQUES
  3. BANANGOUNNA MESMIN
  4. BATANGOUNA GUY BERTRAND
  5. BAZOLO YIMBOT
  6. BOUKADIA MODESTE (n'a pas bénéficié d'une libération mais d'une évacuation sanitaire vers la France grâce à l'intervention des Présidents Donald Trump et Emmanuel Macron)

ACTIVISTES DU MOUVEMENT RAS LE BOL INCARCÉRÉS À LA MAISON D’ARRÊT DE BRAZZAVILLE

  1. Céleste Nlemvo Makéla déféré à la Maison d’arrêt de Brazzaville pour Troubles à l’ordre public
  2. Parfait Mabiala Hojeij
  3. Franck Donald Saboukoulou
  4. Meldry Dissivouloud
  5. Guil Miangui Ossebi

ALORS AGISSONS SANS NOUS LAISSER PARALYSER PAR LA PEUR!!!

sassouffit

Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques – CL2P

http://www.cl2p.org

contact@cl2p.org

info@cl2p.org

33 6 41 30 95 46

cl2p

 

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