DISCRIMINATIONS INSTITUTIONNALISÉES: LE PROBLÈME ANGLOPHONE AU CAMEROUN

Par solidarité avec les ressortissants du Cameroun anglophone qui revendiquent - dans une certaine indifférence générale - la citoyenneté pleine et entière, nous ne diffuserons, pas plus que nous ferons la moindre allusion à la coupe d'Afrique des nations Féminine encours dans ce pays. Aucune nation ne s'est jamais construite par des jeux. Joël Didier Engo, Président du CL2P

La question anglophone au Cameroun / The Anglophone issue in Cameroon

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Source: la déclaration de l'alliance des forces progressistes du Cameroun du 22 novembre 2016

La grève conjointe des avocats et des enseignants de la partie anglophone du Cameroun motivée par diverses revendications longtemps ignorées, voire stigmatisées semble avoir atteint des proportions inquiétantes ces dernières heures.

En effet, les avocats du Common Law s’opposent farouchement à la dilution du système civil anglo-saxon au profit du Code Civil Napoléonien et revendiquent, entre autres, le respect du dualisme juridique de l’Etat du Cameroun, le retrait des magistrats francophones de leurs tribunaux, ainsi que la création d’une Chambre du Common Law à la Cour Suprême.

En face, le gouvernement du régime en place au Cameroun depuis 34 ans, par une communication pernicieuse de lavage de cerveau a longtemps travaillé à suggérer au subconscient collectif que les plaintes de cette partie de la population sont non avenues. Les enseignants ont emboité le pas aux avocats, revendiquant à cor et à cri, l’amélioration de leurs conditions de travail ainsi que le respect de leur système éducatif.


La symbolique du cercueil brandi par ces concitoyens est révélatrice du degré du courroux qui les anime. Aussi la propension de la soldatesque du régime à user de la brutalité à tort et à travers fait craindre le pire pour la stabilité de notre pays dont le tissu social est déjà fortement affaibli.

Le peuple camerounais, qu’il soit d’expression anglophone, ou francophone, a le droit en ces temps de démocratie proclamée à tout le moins, d’exprimer ses joies, ses craintes, ses oppositions, ces contrariétés en toute liberté dans la rue et sous l’encadrement des forces de l’ordre. Ne pas l’accepter, c’est être à contre-courant de l’histoire et de la dynamique des temps.

Si le régime dictatorial de Paul Biya ne le comprend pas aujourd’hui, alors il ne le comprendra plus jamais. Ses actes et ses décisions envers et contre le peuple souverain du Cameroun nous apportent la preuve au quotidien qu’il ne peut plus continuer à administrer, à diriger un peuple épris de liberté, de justice et de modernité, et dont les aspirations le dépassent.

LA QUESTION ANGLOPHONE

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Par ACHILLE MBEMBE
PUBLIE EN 2005

Il y a ceux qui veulent, purement et simplement, d’un État indépendant. Ce sont les sécessionnistes. Il y a ceux qui se battent pour un retour à un État fédéral. Ce sont les fédéralistes. Puis il y a ceux qui se contenteraient d’une large autonomie au sein de l’actuelle république. Ce sont les autonomistes. Voilà, pour l’essentiel, le contenu des revendications anglophones. Ces revendications sont, de toute évidence, de nature politique. Il faut pouvoir les distinguer les unes des autres. Le Cameroun aurait disposé, à Yaoundé, d’un gouvernement éclairé que la question anglophone aurait été traitée comme telle depuis le début.

Tel n’est malheureusement pas le cas, et il faut bien craindre que l’on ne soit rentré dans une phase de pourrissement – l’illusion s’installant peu à peu selon

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LE PROBLÈME ANGLOPHONE POUR LES NULS

Par Boris Bertolt

 

© Le journal Afrique sur TV5MONDE

En philosophie politique, le problème anglophone s'apparente aux luttes des minorités ou luttes pour la reconnaissance théorisées par Taylor, Honneth et Fraser. C'est à dire un groupe ayant une identité culturelle spécifique qui peut être la langue, la race ou le genre décide de revendiquer ses droits s'il s'estime opprimé ou marginalisé.

Le rôle de l'État n'est pas de nier l'existence de ces minorités ou du problème mais de mettre en place des politiques visant à pleinement renforcer leur appartenance.

C'est ce qu'on appelle les politiques de la différence ou politiques multiculturelles en vigueur dans de nombreux pays. Exemple, les politiques de quota répondent à cela. Mais au Cameroun, l'équilibre régional non seulement n'est pas respecté en terme de quota parce  que sont parfois les moins méritants qui sont coptés. Ainsi, se considérant comme une minorité au moins du point de vue linguistique vu leur specifité historique, les anglophones décident de poser des problèmes qui peuvent être nationaux sous leur propre perspective. Ils utilisent à cet effet ce que Gayatry Spivak reprise par Butler appelle l'essentialisme stratégique. C'est-à-dire s'appuyer sur une conception figée de l'identité pour poser des problèmes. C'est à dire, si aujourd'hui vu les mélanges il est difficile de savoir qui est bulu, ewondo ou Bamileke, de nombreux camerounais se sont installés depuis des décennies en zone anglophone. D'autres francophones ont épousé des anglophones et vice versa. Mais l'essentialisme stratégique ne tient pas compte de cela.

Pour tout résumer, au delà de quelques aspects, les anglophones sont pleinement conscients dans leur grande majorité que les problèmes d'eau, de routes, d'électricité, de nominations et autres sont les problèmes de tous les camerounais et toutes les régions. Mais ils sont minoritaires. La corruption, le tribalisme, le Pillage les énervent. Les francophones sont majoritaires et se taisent. Ils ne font rien. Quand un anglophone veut dénoncer devant les francophones ces derniers le voient plus comme un "Bamenda".

Sur cette base, fatigués de subir non seulement la discrimination culturelle, mais également la pauvreté chômage, corruption, incapables de se faire entendre par les francophones qui souffrent également ils décident de parler de leurs problèmes. C'est l'essentialisme stratégique......

Aux francophones maintenant de poser leurs problèmes. Les stratèges de Biya le savent.....

VIDEO. Cameroun : violentes manifestations d'anglophones dans le nord-ouest du pays

© ayah.p.abine

LES 3 COMPLICES DU PROBLÈME ANGLOPHONE

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Par Dieudonné Enoh Meyomesse, écrivain et homme politique camerounais

Ils sont trois qui, par leur comportement, ont empoisonné pour des décennies, la vie de notre pays. Pierre Messmer, Haut-commissaire de la République française au Cameroun, Ahmadou Ahidjo, premier Président du Cameroun, John Ngu Foncha, second premier ministre du Southern Cameroon, puis premier Vice-Président de la république Fédérale du Cameroun.


Pierre Messmer a suggéré à Paris la réunification par absorption pure et simple du Southern Cameroon, au profit de la France ; Ahmadou Ahidjo, obligé et protégé de Paris, a exécuté sans état d’âme les ordres de l’Elysée, d’autant que ceux-ci lui profitaient; et John Ngu Foncha, hanté par une invasion Igbo du Southern Cameroon, s’est jeté les yeux fermés dans les bras d’Ahidjo. Plus tard, il l’a regretté.

Aujourd’hui, à cause de ces trois compères, le mécontentement anglophone est un gros boulet que traîne le Cameroun à sa cheville. Il lui faudra des trésors d’énergie pour s’en défaire …

(Extrait)
La rencontre de la roublardise
de Foumban ou la conférence constitutionnelle de 1961.

Le «oui» l’ayant emporté sur le «non» au referendum, on se serait attendu à une véritable «table-ronde», pour reprendre un terme en vogue à l’époque, pour débattre en profondeur de l’union entre les deux «Cameroun», après 45 longues années de séparation. Contre toute attente, malheureusement, ce n’est guère cela qui s’est produit. En fait, Paris n’y trouvait aucun intérêt, or c’est lui qui conduisait les opérations, et décidait de tout. Il a plutôt décidé d’organiser, à la place, une simple «conférence constitutionnelle». C’est-à-dire quoi? Réponse: une conférence pour la répartition des postes, et rien d’autre. La réunification au bénéfice de Paris était déjà obtenue, il ne fallait plus rien y toucher. Laisser «ces Nègres» se rassembler pour réfléchir sur leur avenir commun, pas question. Paris l’avait déjà fait à notre place. Il ne fallait pas remettre en cause l’appartenance à la «zone franc» ; il ne fallait pas remettre en cause «l’assistance technique» française; il ne fallait pas remettre en cause la présence militaire française; il ne fallait pas remettre en cause le type de régime, à savoir, son inféodation à Paris; la forte concentration du pouvoir entre les seules mains du Président de la République, lui-même placé sous l’autorité de l’ambassadeur de France à Yaoundé; son caractère dictatorial; etc., etc., etc.


Pour cela, Paris s’est servi d’Ahidjo et de Foncha. Tous les deux s’étaient à plusieurs reprises rencontrés peu de temps avant, pour mettre au point le coup de force de leur maître désormais commun. Ainsi, tout ce que les naïfs délégués du Southern Cameroun ( ) avaient préparé pour la «conférence» comme points de discussion, a été balayé d’un revers de main par la délégation «francophone», autrement dit, par Ahidjo, et derrière lui, l’ambassadeur de France. L’installation de la capitale fédérale à Douala: niet! Buea et Yaoundé capitales des deux Etats fédérés: niet! L’adoption d’un nouveau drapeau et d’un nouvel hymne national: niet! Le retour à l’orthographe Kamerun: niet! Niet! Niet! Niet! Niet!

Pierre Messmer présente les choses de cette manière:

«… En exécution au referendum, une conférence constitutionnelle réunit les gouvernements à Foumban, en pays bamoun familier aux deux délégations, le 17 juillet (1961). Le Président Ahidjo, en position de force, présenta un projet de constitution faussement fédérale soigneusement préparé par ses juristes français. Ngu Foncha n’avait aucun contreprojet. En position de faiblesse puisque la population qu’il représentait ne dépassait pas le quart de celle du Cameroun français et moins encore en termes économiques, il accepta sans discuter » ( )


Deuxièmement, le Président Ahidjo ne se trouvait pas en position de force au cours de cette conférence parce qu’il détenait dans son cartable un projet de constitution confectionné par ses «conseillers techniques» français ainsi que l’avoue Messmer, en fait, ses véritables patrons, mais plutôt, parce que l’annexion du Southern Cameroon était déjà convenue d’avance avec Foncha, et des paquets de très volumineuses enveloppes avaient déjà été distribués aux délégués anglophones . ( )


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STATISTICAL PROOF OF CONSPIRACY TO ELIMINATE THE ANGLOPHONE LEGAL SYSTEM AND IT COMMON LAW VALUES.

By Celestin Atanga

Hard facts and the necessity of strike action.

Southwest Region.-

148 Magistrates in the Southwest-
58 francophone magistrates in the Southwest, making 39.2 %-

89 magistrates in legal department in the Southwest region. 54 of them are francophones. Making 60.7% of francophones.-

50 magistrates working in Buea (Bench & Legal Department) - 20 francophone Magistrates in Buea making 40 % of francophones.-

28 magistrates in the legal departments Buea, 20 of them are francophones. Making 71.4% of francophones.-

30 new bailiffs were appointed in January 2014 and 28 of them are francophones, making 93.2% of francophones.

NORTHWEST region:

- Thereare128 magistrates in the Northwest - 67 francophone magistrates in the Northwest. 52.3 %-

There are 97 Magistrates of the Legal Departments, 64 of them are francophones, making 65.9% of francophones.-

Thereare 45 Magistrates working in the Bamenda - 22of them are francophone, making 48.9%of francophones.-

27 magistrates in the Legal departments Bamenda, 21 of them are francophones. Making77.8 % of francophones.-

21 new bailiffs were appointed in January 2014 and all of them are francophones. Making 100% francophones.

Comparing major Regional head quarters: situation of Anglophones in Douala and Yaounde Courts compared with situation of Francophones in Bamenda and Buea.-

Thereare 119 Magistrates in the Courts of Douala.

Two (2) of them are Anglophones making1.7% of magistrates.-

There are 107 Magistrates in the Courts of Yaounde.

Two (2) of them are Anglophones making 1.9 %.- As a reminder, 49% of Magistrates in Bamenda and 40% of magistrates in Buea the Anglophone regional headquarters are francophones.

QUESTIONS:

Why are more francophones sent to our key jurisdictions and only an insignificant number of Anglophones sent to the francophone key jurisdictions? - at all there is blending of both systems, why are our Anglophone Magistrates only good for Tcholire, Ambam, Poli, Ntui, Kousseri, Yokadouma, Batouri,Tignere, etc.; and not considered good for Yaounde and Douala?

Why is it that almost all the newly appointed bailiffs in Anglophone Cameroon are civil Law trained jurists?
Do you think the envisaged appointment of Notaires will depart from this train if any?

These disturbing statistics should be forwarded to the press and all Anglophone personalities for the doubting Thomases to see.

You can fool some people sometimes, but you cant fool all the people all the times. This is just the beginning, we are soon to come up with the list of all the Head of Courts, Prisons, Police Stations and Posts, Gerdamemerie, Heads of Parastatals, Appointment in the Military, Police etc etc etc.

Why is the Language of the military only French in a Bilingual Country?
Why is French the Language of the Military Courts in a Bilingual Country?
Just imagine that the reverse was true, where English language takes the center stage, will our Francophone Brothers and sisters be silent?

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The 11 reasons for the Teachers' strike? Take a look at them again.

1. Our children who pass the GCE with quality grades cannot enter professional schools of their choice, while those who perform poorly fill all the spaces.

2. Francophones outnumber Anglophones in the professional schools in Anglophone Universities of Buea and Bamenda by a ratio of up to 90:10% in HTTTC Kumba, 90:10% in Medical School in Buea, 80:20% in HTTTC Bamenda whereas there are no Anglophones in these schools in Francophone Universities.

3. Anglophones who apply to read medicine are usually sent to Francophone universities, where operating becomes a serious challenge, and since they cannot cope, they give up.

4. As a result of this policy of discrimination and marginalization, government does train Anglophone technical teachers, and even the few Anglophones who are trained are sent to work in Francophone areas.

5. Government continues to send Francophones who do not master English to teach in Anglophone schools. The teachers teach in broken English, thereby confusing the students. As a result, many do not perform well in their final examinations.

6. The Universities of Buea and Bamenda have been francophonized and admissions into key faculties have been taken to Yaounde so that admission lists can be doctored.

7. Our children are compelled to write CAP, Probatoire and Baccalaureate in technical schools, with a tradition of poorly translated questions and massive failures on their part. Qualifications into professional schools and the universities, what a mockery to our certificates!

8. Our children who graduate from the university cannot get jobs; they have become bike riders and call-box operators and sim card vendors.

9. Lay private and confessional schools are doing so much to educative our children, but receive little or no subvention from Government. Even Religious Studies is mocked as a requirement for admission.

10. That the election and appointment of authorities of the Anglo-Saxon Universities of Bamenda and Buea should be in strict compliance of Anglo-Saxon norms.

11. The 1998 Law on the Orientation of education in Cameroon provides for the creation of an Education Board, but we are asking for separate boards which can address the needs of each subsystem.

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Cameroun - Revendications des syndicats d'enseignants anglophones: suite aux revendications des syndicats d’enseignants, un comité interministériel a été créé le 08 novembre. Malgré cela, les enseignants des Régions anglophones maintiennent une grève qui s'est transformée en émeutes dans le nord et le sud-ouest du pays.

Les principales résolutions adoptées lors de la première réunion du comité interministériel à Yaoundé:

1- Admission des étudiants dans les universités de tradition anglo-saxonne 

Conformément à l’article 1er alinéa 3 de la Constitution qui prescrit le bilinguisme sur toute l’étendue du territoire, l’unique contrainte d’admission d'un étudiant à un établissement relevant de ces universités est de remplir les conditions d’admission exigées par les textes en vigueur. En outre, dans l’optique de faciliter l’accès aux universités de tradition anglo-saxonne aux étudiants francophones et vice-versa, le Comité recommande aux recteurs et viceChancellors des universités d’État le renforcement des programmes de capacitation des étudiants dans les deux langues officielles.

2- Représentation des anglophones aux postes d’enseignants et de personnels d’appui 

A la lumière des statistiques dignes de foi et disponibles au Ministère de l’Enseignement supérieur, les participants ont constaté à l’unanimité que, jouissant de leur pleine autonomie, administrative et financière, les universités de Buea et de Bamenda recrutent prioritairement les enseignants et personnels d’appui ressortissants des deux régions anglophones, sans exclure les francophones méritants.

3- Respect du principe d’équilibre régional

Le Comité invite la communauté au strict respect de la Constitution qui prescrit le caractère bilingue de l’État et de l’unité nationale qui impose qu’il n’y ait pas d’École normale supérieure et d’École normale supérieure d’enseignement technique exclusivement réservées aux ressortissants d'une seule région. En vue de susciter assez de candidatures anglophones dans certaines filières, notamment en mathématiques, les participants recommandent qu'un accent soit mis sur la densification des programmes d’enseignement, la maximisation de la formation des enseignants et la sensibilisation des parents et des élèves du secondaire.

4- Durée et diplômes des enseignements techniques et généraux du sous-système anglophone de l'Enseignement secondaire

Les participants ont reconnu la nécessité d’appliquer les dispositions de l’article 16 de la loi N° 98-004 du 04 avril 1998 portant orientation de l’éducation au Cameroun, à savoir un premier cycle de 2 ans, sanctionné par des diplômes relevant du sous-système anglophone.

5- Mutations des anglophones dans les établissements scolaires francophones 

Conformément aux dispositions du statut général de la fonction publique, une nouvelle politique de mutations des lauréats des écoles normales est en cours d’implémentation au ministère des Enseignements secondaires, à l'effet de rationaliser lesdites mutations. Dans la poursuite de la recherche des solutions aux problèmes dont la pertinence a été reconnue, ce Comité demande à l’ensemble des membres de la communauté éducative nationale de vaquer sereinement à leurs activités, et de préserver un climat de paix et de sérénité en ce moment crucial où notre pays accueille une compétition sportive d’envergure continentale.

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The great march of freedom due to take place the 1st of December 2016 in Bamenda

La grève des avocats puis des enseignants anglopĥones vire inévitablement à une reveventication contre les discriminations et l'indépendance du Cameroun francophone. Peut-on encore l'éviter?

Dear anglophone brothers and sisters,

Our lawyers are fighting for their rights, (our rights),

Our teachers are fighting for their rights (out rights).

Are we just going to sit and let them fight for us? We are better than this.

What ever happened to the federalism our parents fought for?

What ever happened to our anglophone pride?

We want back our freedom.

We want to choose our leaders.

We want to manage our resources ourselves.

Who doesn't know Limbe seaport has the deepest natural harbour in west Africa?

Who doesn't know there is gold in Wum or petrol in Bakassi or iron ore and bauxite in Bui?

Who doesn't know south west soil is the most fertile in the sub region?

Stop saying "we are one or I want peace or I don't do politics". Get up and fight for your rights.

If you have ever been into a public office in Yaoundé and felt frustrated because you can't speak or understand French, then get up and fight.

If you have ever sat in a classroom and 3/4 of the lectures are in French then get up and fight.

If you have tilled the soil to educate your child just for him/her to come back and ask you to give taxi money, then get up and fight.

If a police officer has ever stopped you and spoken in French even if its broken French (because he is anglophone and French is the official language of the police force) then get up and fight.

If you hate corruption, marginalisation, and bad governance then this is the time to get your voice heard.

We the anglophones we don't want to keep being treated as third class citizens. We are a people with dignity and integrity and we refuse to be subdued. If you are an anglophone from the North West or from the South West, no matter where you reside, and you want to be a bought over, marginalised and coward then stay in the comfort of your house but if you want a better life for yourself, your child and for future generations , play your part by sharing this and preparing yourself for the great march of freedom due to take place as from the 1st of December 2016.

Remember freedom is never given, it is seized.*

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LA RÉPONSE DE Patrice NGANANG à Achille MBEMBE SUR LA QUESTION ANGLOPHONE: LE TALON D'ACHILLE

J’ai pris du temps pour vous écrire cette lettre parce qu’il me sera toujours difficile de vous apporter la contradiction. Vingt ans de lecture assidue de vos œuvres font qu’elles soient dans ce bagage qui m’a appris à penser différemment, et à questionner mes aines : même cette lettre-ci respire donc ma profonde dette envers vous. Elle en est l’expression. Pourtant je me suis rendu compte, après avoir lu une de vos récentes chroniques dans le journal Le Messager, que par honnêteté intellectuelle, j’avais l’obligation de vous dire que vous vous trompez : de vous le dire en tant que camerounais. C’est que la lecture de votre texte sur ‘la question anglophone’ n’a cessé de me hanter, pas à cause de la gravite de la question que vous abordez, mais à cause du manque de sérieux de votre argumentation. Mais peut-être avez-vous voulu tout simplement provoquer le débat ? Si c’était le cas, eh bien c’est réussi. Pourtant en même temps la désinvolture, je dirai d’ailleurs, le déraillement de votre argumentation sur la question anglophone, est symptôme de toute l’intelligence francophone camerounaise qui se retrouve toujours édentée devant ce sujet, et ne répond aux requêtes anglophones que par le silence coupable, le sourire agace ou le violent discrédit, et en cela, curieusement, comme vous, se range étonnamment dans le camp du pouvoir actuel dans notre pays, qu’elle combat pourtant si vivement ailleurs.

Quand une question est mal posée, les réponses qui lui sont apportées ne peuvent qu’être insatisfaisantes. Voilà à mon humble avis le problème de votre analyse. Car la question anglophone n’est pas une question de citoyenneté mais de droits des minorités. Les revendications politiques, vous le savez mieux que moi, parlent un langage bien singulier, mais dans la plupart des cas, la position extrême en leur sein, sert tactiquement à rendre un peu plus visible le cœur du problème qu’elles posent, et qui autrement n’aurait pas été entendu. Curieux il est ici, que vous qui avez ouvert notre intelligence a la sagesse du langage quotidien, vous fermez dans votre analyse de la question anglophone a cette conception des rues de Bamenda qui nous dit, ‘those who make peaceful change impossible, make violent change inévitable’, quant au fond, paraphrasée un peu, elle nous montre si clairement que la question anglophone ne se pose pas en trois voix qui s’opposent, mais qu’au contraire, ce sont ceux qui rendent l’autonomie des provinces anglophones, et de chacune des régions du Cameroun impossible, cela malgré la création d’un sénat chez nous, qui rendent le mouvement sécessionniste anglophone inévitable. Curieux il est, que vous dont la logique a su, pour analyser l’implantation de l’UPC et la revendication d’indépendance du Cameroun, se fondre dans la réalité souple de nos vies bancales, ne pouvez pas voir, mais le voulez-vous ?, que c’est la surdité de Yaoundé qui rend le radicalisme du Southern Cameroon National Council (SCNC) possible ; que c’est la politique de Biya qui lui donne les conditions de son existence ; et que c’est le lâche sourire d’Etoudi qui a rendu même la déclaration d’indépendance nécessaire le 30 décembre 1999 ! C’est de ce point de vue, dialectique, que la question anglophone se pose plutôt en termes d’une minorité qui veut avoir sa voix entendue : qu’elle se pose donc en termes de droits des minorités chez nous.

Il est fallacieux, bien sûr, de dire que revendiquer une identité anglophone est illogique à cause de la brièveté de l’expérience coloniale qui la fonde. Nous savons tous en effet que les identités sont construites par des conditions politiques et sociales précises. Fallacieux il est tout aussi, de croire que la question anglophone se dissoudra dans la commune mesure de la pluralité ethnique du Cameroun, par-delà la division bilingue de notre pays. C’est que vous, moi, nous tous avons l’obligation de distinguer les minorités dans leur caractère symbolique, du fait de leur existence sociale réelle et ethnique. Si en Allemagne, par exemple, des dizaines de groupes ethniques, les bavarois, saxons, thuringiens, rhénans, etc., tout comme une histoire bien particulière, ont rendu nécessaire une vision plutôt fédéraliste de la ‘République’, les habitants de l’ancienne Allemagne de l’est, les ‘Ossies’, n’ont eu besoin, eux, que de quarante ans, comme les anglophones de chez nous, pour se forger une différence qui, sans être ethnique, n’en est pas mois devenue politique et a d’ailleurs impose ses formes de représentation et d’action dans la sphère publique ; si les Etats-Unis sont un conglomérat de groupes, asiatiques-américains, italiens-américains, Chicanos, allemands-américains, africains-américains, etc., ce sont les Noirs qui ont entretemps acquiert, de par leur expérience particulière de l’exclusion, le statut de minorité symbole. Et le Nigeria : comment autrement entendre l’élévation des Ogoni au-dessus des quatre cent autres ethnies de cette fédération tumultueuse, sinon à cause de leur statut symbolique ? Entendons-nous : les anglophones au Cameroun sont dans la situation singulière d’être lies a une culture qui a l’échelle planétaire est clairement dominante, du moins par rapport au français, et de vivre en même temps une situation ironique de domines dans leur propre pays. Dans ce monde à l’envers qu’est le Cameroun, la majorité de fait devient ainsi minorité symbolique, comme, dans une autre échelle, les femmes, cette autre majorité de fait, sont une minorité symbolique en politique, et traitées comme tel en termes de droits.

Que vous ne voulez pas voir ces évidences est curieux, du moins pour moi qui ai l’habitude de la profondeur de vos analyses. Curieux encore plus lorsque vous voyez la proximité du Nigeria, qui donne une force de pression réelle, et donc un pouvoir dérive, à la minorité anglophone au Cameroun, comme un danger pour notre République, danger dont pour exprimer le vocabulaire, vous puisez dans les rancœurs entre la France et l’Allemagne (‘ennemi naturel’) qui ont coûté au monde trois cent ans de guerre et des millions de morts. Oui, curieux quand pour vous la solution à la question anglophone c’est autant l’approche guerrière que le renforcement par la violence de cette de République-ci que nous avons, et qui a déjà montré sa totale faillite, justement la question anglophone ! Je dis que votre position est curieuse, car elle ne tient pas en compte le fait que les revendications anglophones sont une quête légitime d’une autre forme de République, et donc, d’une Nouvelle République ; qu’elles sont ainsi ancrées dans une quête bien ancienne, dont pour nous vous avez trace l’histoire dans les pays bassa et sur les plateaux bamiléké, histoire qui pourrait sans peine remonter jusqu'à la lointaine dissidence de Douala Manga Bell et Martin Paul Samba en 1914. Le curieux de votre analyse m’oblige pourtant à vous poser quelques questions, car vous qui avez enseigne dans quelques-unes des universités les plus renommées de la planète, comment se fait-il qu’a votre pays qui n’arrive déjà pas à scolariser, à nourrir et à soigner sa jeunesse, vous proposez plutôt, pour résoudre la question anglophone, de se constituer une armée de frappe et une flotte aérienne pour terroriser ses voisins ? Est-ce pour nous faire rire ?

Comment se fait-il qu’a ce pays, le nôtre, à la paix déjà si fragile, vous qui avez si savamment analyse la logique violente de notre histoire, proposez comme futur l’exemple du Rwanda, ce pays meurtri et meurtrier qui n’a pas encore répondu du génocide qu’il a organisé dans la RDC ? Est-ce pour nous faire pleurer ? Oui, comment se fait-il que vous qui dans les revues internationales, êtes reconnu comme le chantre africain de la globalisation, dans un journal de votre pays, vous proposez plutôt la culotte courte du nationalisme belliqueux ? Est-ce pour nous irriter ?

Comment pouvez-vous vous tromper autant de fois dans un seul article ? Nous savons qu’aujourd’hui, la démocratie ne se mesure plus par la puissance de frappe qu’elle met à faire respecter sa rationalité, car sinon alors les Etats-Unis donneraient vraiment des leçons de démocratie à la terre entière, mais par l’urgence qu’elle met à respecter les droits des minorités. La France l’apprend à ses dépens ces derniers jours : nous le voyons. Or nous savons tous : la question anglophone est le talon d’Achille de notre démocratie. La République du Cameroun ne pourra jamais étaler sa grandeur en montrant la perfection de ses institutions, même si celles-ci sont bâties au bout du canon, même si celles-ci sont bâties sur la chair et dans le sang de nombreuses personnes ; mais c’est le support qu’elle apporte au droit à la différence, quelle que soit la forme dans laquelle celle-ci s’exprime, qui sera toujours l’étalon de mesure de sa sante politique. Or nous savons que notre pays est gravement malade, malade de la gestion de la question anglophone ! Comment le guérir ? Plus que la France dont le modèle de la République semble dicter votre analyse, c’est peut-être l’Allemagne qui vient d’élire comme chancelière une ‘Ossie’, de cette nouvelle ethnie allemande donc, nouvelle comme les anglophones sont une nouvelle ethnie camerounaise, qui devrait nous faire réfléchir. Nous en avons l’obligation !

Devant nos yeux, le Cameroun fabrique dans les anglophones, pas à pas des citoyens de second ordre. Demandez donc à chaque Camerounais s’il croit qu’un anglophone sera un jour président de la République du Cameroun, et sa réponse sera évidente : négative. J’ai posé cette question à Bamenda en mars 2005, à un parterre tant francophone qu’anglophone ; la réponse, unanime, n’a pas contredit mes soupçons. Et ceci n’est qu’un exemple. Or vous dont la vie s’est enrichie de l’expérience autant américaine que sud-africaine, qui donc avez vu de multiples visages du destin des minorités, quand vous serez au Cameroun, prenez le temps de vous promener dans le Sud- et dans le Nord-Ouest. Vous verrez qu’il n’y a rien de plus hideux, de plus arrogant, de plus scandaleux, de plus méprisable, car de plus bête, qu’un francophone, quand il est à Limbe ou à Buea, et je suis d’ailleurs sur que vous en reviendrez défenseur du SCNC, comme je le suis devenu. C’est qu’en réalité, vu l’évolution des choses, toute intelligence critique camerounaise ne peut que défendre la cause anglophone, et même être avocat du SCNC !

Au fond cette défense de la cause anglophone ne peut pas n’être qu’un geste de générosité : c’est un devoir intellectuel de gratitude, car qui n’a pas encore oublie, mais le pouvons-nous jamais ?, que les premiers Camerounais qui ont donné leur vie pour la démocratie sont morts, en mai 1991, à Bamenda, sait que ce sont avant tout les anglophones qui ont, en posant publiquement leur problème, fabrique notre présent. Ne nous trompons pas : la maturité de la démocratie chez nous sera atteinte, pas par l’invention d’une encore plus grande classe intellectuelle, d’une société civile donc, et surtout pas quand notre République coupera les jarrets aux anglophones
indépendantistes, achèvera d’emprisonner ses leaders, même quand ils sont des vieillards comme le Chief Ayamba Ette Otun, ou alors quand elle s’élancera dans une guerre régionale pour satisfaire la fierté de quelques-uns d’entre nous, mais quand elle aura bâti des structures pour gérer dans le dialogue les différences qui font le corps de notre société.

Si ceci passait jusqu’en 1991 par la légalisation effective de l’UPC, aujourd’hui c’est la reconnaissance des droits de la minorité anglophone qui en est la précognition, et cela nécessite en même temps, une vision de la République qui s’éloigne du modèle jacobin impose sur nos têtes par la seule France. Et n’est-ce pas ce que les anglophones nous demandent, en fin de compte ? Dans leurs voix étranges pour certains, parfois cacophoniques, paradoxales, mais dans la majorité toujours très paisibles et définitivement salutaires, ce que les anglophones revendiquent donc, et ceci, loin d’être une question, est une offre de solution au problème national camerounais ; ce qu’ils revendiquent donc, c’est d’être reconnus en leurs propres termes dans notre commune République : ils revendiquent le droit minimal de tout citoyen d’un Etat qui se respecte, et cela deviendra sans nul doute bientôt le seul gage pour maintenir la déjà si fragile paix civile dans notre pays. C’est que autant la question anglophone a aidé en 1991 à construire un Cameroun dans lequel aujourd’hui une pluralité de partis politiques, dont le longtemps interdit UPC, font bataille, bref, à démocratiser notre présent ; autant elle peut être au début de la destruction effective de notre pays dans le futur. Les modelés Erythréen, et même ivoirien, seraient ici des éventails. Plus que le silence coupable, le sourire agace ou le violent discrédit de l’intelligence francophone, c’est toute notre sagacité qu’elle interpelle, et encore plus, c’est notre soutien qu’elle attend.


Sincèrement,

Patrice NGANANG

Texte publie dans 'Contre Biya: Proces d'un Tyran, Editions Assemblage: Muenster, 2011, pp.52-56.

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