La Hongrie interdit le changement de sexe

Les conservateurs hongrois viennent d'interdire tout changement de sexe sur les papiers d'identité. C'est avec ce pays éclairé que s'est liguée l'Autriche pour bloquer une déclaration commune des 27 membres de l'Union européenne appelant Israël à renoncer à l'annexion des territoires occupés.

On avait beau s'être habitué, depuis dix ans que Viktor Orban est revenu au pouvoir, c'est toujours un choc: la Hongrie a fait un nouveau pas en arrière - vers "le Moyen Age", dixit Amnesty International -, en interdisant tout changement de sexe sur les papiers d'identité, même aux transsexuels qui ont subi un traitement hormonal ou une opération chirurgicale. Mardi 19 mai les 133 députés du parti Fidesz ont voté le petit doigt sur la couture du pantalon (ou de la jupe, bien que les femmes soient plutôt rares au Parlement de Budapest) une loi prescrivant que le sexe déterminé à la naissance, et enregistré comme tel par l'état civil, ne saurait être modifié.

Cette disposition vise non seulement les transsexuels, dont les demandes déposées auprès de l'administration resteront donc lettre morte, mais les personnes dont les caractères sexuels étaient ambivalents et qui se voient ainsi privées de toute liberté de choix. Des 65 députés de l'opposition de gauche et d'extrême droite, 57 ont voté contre, les autres se sont abstenus. Il s'agit d'une nouvelle pierre dans la construction d'une Hongrie fidèle à une vision archi-conservatrice des rapports entre hommes et femmes, qui veut bannir des universités tout enseignement de la "théorie du genre". Le gouvernement hongrois affirme qu'il ne cherchait que la clarté juridique, et que cette loi n'empêchera nullement "des hommes et des femmes de vivre conformément à leurs voeux". Et tant pis si un transsexuel se fait humilier ou agresser physiquement en présentant des papiers qui ne correspondent pas à son apparence...

Les organisations qui défendent les transsexuels sont consternées. "Nous n'avons pas de mots pour exprimer nos sentiments" a déclaré à l'agence Reuters la vice-présidente de l'Association Transvanilla Transgender, Tina Korlos Orban. "Des gens qui n'avaient plus depuis longtemps de pensées suicidaires, en ont de nouveau. Ils sont paniqués et veulent fuir la Hongrie pour un pays où leur identité sera reconnue". Selon David Vig, de la section hongroise d'Amnesty International, la nouvelle loi va renforcer l'intolérance et l'hostilité envers les transsexuels, elle est un retour au "Moyen Age".

C'est avec ce pays éclairé que l'Autriche du chancelier conservateur Sebastian Kurz, qui se distingue par ses positions pro-israéliennes, a uni ses forces afin de bloquer la semaine dernière une déclaration commune des 27 membres de l'Union européenne, exhortant le nouveau gouvernement israélien à renoncer à l'annexion des territoires occupés en Cisjordanie. Formé autour de l'insubmersible  Benyamin Netanyahou, ce gouvernement vient à peine d'entrer en fonction et il faut donc se garder de le "condamner d'avance": tel est l'argument officiel avec lequel Vienne, jusqu'alors championne du droit international, a justifié son attitude pour le moins surprenante. Tout en rappelant qu'elle est classiquement favorable à une solution négociée du conflit israélo-palestinien, fondée sur deux Etats. La résolution européenne a donc été adoptée par 25 pays, moins l'Autriche et la Hongrie.

Ironie de l'Histoire: suite à un jugement de sa Cour suprême rendu en 2015, Israël autorise le changement de sexe sur les papiers d'identité de ceux qui en font la demande, même lorsqu'ils n'ont subi ni traitement hormonal ni chirurgie. Une "clarification juridique"  qui ne cadre pas avec le conservatisme de Budapest.

  

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