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Billet de blog 1 déc. 2014

Les trucs et les rites contrepétulants. Mini-traité de Contrepet

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Parfois des abonnés peuvent trouver bizarres certaines petites phrases qu’ils rencontrent au détour de tel ou tel commentaire de l’auteur de ce billet.

Par exemple, dans le fil de Bruno Painvin :

http://blogs.mediapart.fr/blog/bruno-painvin/011214/sarkozy-le-trou-noir-de-la-republique

on lit ceci :

« Bravo Bruno pour ce portrait fidèle et sarcastique de ce petit Néron pompeux. »

Signé : Moël Jartin

Cette signature indique que la phrase recèle une contrepèterie.

Les lettres "é" et "eux" écrites en italiques grasses sont vouées à échanger leurs places. Cette permutation faite, on se rend compte que la nouvelle phrase n’est plus prononçable au Couvent des Oiseaux. C’est une contrepèterie « rabelaisienne »

Parfois, la présence d’une contrepèterie n’est signalée que par la signature Moël Jartin. Aucune lettre en gras n’aide au décryptage. Dans le même fil on lit ceci :

« Sarkozy a toujours été dominé par la Libye...

Moël Jartin

PS - Contrepèterie par déplacement d'une syllabe » ...

La « grassification » des lettres à permuter est remplacée par la simple indication du processus contrepétogène. L’ami Bruno a immédiatement donné la solution : « dominé par la Libye » devient « miné par la libido ».

Mais souvent, la signature « Moël Jartin » est seule à indiquer une présence contrepétulante.

Dernier cas de figure : pas de signature, mais les lettres migrantes sont grasses.

Sur une suggestion de l’ami Pipotin et pour ne pas laisser nos amis contrepétophiles débutants dans l’angoisse de ne pas savoir décrypter mes « petites phrases », j’ai rédigé le mini-traité de l’art de décaler les sons que voici.

.

Chapitre premier : classer les contrepèteries.

Mieux on flaire le type d’une contrepèterie, mieux on en découvre le mystère caché.

Contrepèteries de consonnes

Une thèse sur la bouffe

Contrepèteries de voyelles

Sarko ne sait plus communiquer sans agiter son camp

Contrepèteries de syllabes

Impossible d’emballer cet énorme Bacchus

Contrepèteries de fractions de mots

Ta pomme a un goût de pinard

Contrepèteries par déplacement de consonnes, voyelles, syllabes, etc.

Consonnes :Ce cru est c/oûteux (le « r » migre du cru et atterit à la place du /)

Voyelles : On ne manque pas de f/onds à Béziers

Syllabes : Des grains mordorés alimentent nos /bacs

Chapitre II : Décrypter les contrepèteries

Phase 1 : on repère le mot ressemblant à un mot « tabou » (mine, berge, fouilles, débiter etc.)

Phase 2 : on détermine la permutation ou le déplacement de lettre(s) qui mène au mot tabou (m-p, b-v ; f-c, etc.)

Phase 3 : on cherche dans la phrase le mot complice proche apte à fournir la ou les lettres désirées et à recevoir les lettres chassées (passable, dévalée, accolées, marc, chaîne, taille, etc.)

Phase 4 : on vérifie que la phrase apparue lors du décryptage est (grammaticalement) correcte et on la savoure en son for intérieur avec jubilation.

Exemple : « Le boulanger parle cru en agitant sa baguette. »

Phase 1 : le quasi tabou semble être « cru ».

Phase 2 : ce mot donne un tabou si on lui retire son « r ».

Phase 3 : la baguette du boulanger n’attend que cet « r » là pour se gonfler d’importance. Remercions la divine providence : la baguette avec son « r » pimpant nous offre un deuxième mot tabou.

Phase 4 : on savoure discrètement la solution :

« Le boulanger parle cru en agitant sa b/aguette. »

Chapitre III : Composer ses propres contrepèteries

Étape n° 1 : transition du décryptage vers l’invention : prenez une contrepèterie connue et tentez la nouveauté en gardant le tabou, la Chine, par exemple, mais en changeant de mot complice.

Les sino-contrepèteries connues pullulent :

-          Le fakir arrive à pied par la Chine

-          La Chine se dresse devant les Ni ppons

-          La Chine aime le  Pakistan

L’exercice consiste donc à débusquer des mots munis d’un « p », qui ne demandent qu’à le céder contre un « ch », et qui ne sont ni « paumer », ni « poids », ni d’autres termes maintes fois couplés à la Chine. La gageure est de trouver des vocables sino-contrepéto-compatibles jamais encore utilisés. Pote, paon, pieuse, pépé, pou, paniqué, épée… Tiens, tiens, tiens… L’épée… L’échée »… Lécher… Bingo ! Et vive les Jeux Olympiques 2008 :

« La Chine est bonne à l’é pée (à lé per). »

Étape n° 2 : développer l’instinct contrepétulant : à mesure des progrès, la méthode précédente paraît de plus en plus contraignante et artificielle puisque le mot tabou est imposé.

Exemple : à la radio, à propos des frasques de Berlusconi, vous entendez : « vieux gras ». Impossible de ne pas penser au quasi-homonyme « viagra ». Substitution « eu » - « a ». On ne manque pas de mots contenant un « » et aptes à l’échanger contre un « eu » pour des muer en « tabou » : bar, cas, caté, catarrhe (Cathare), gars, mâle, tricard, etc. Allons-y gaiement :

 « La nymphette  parle de vieux gras et de triste cas. »

Étape n° 3 : l’enchaînement des contrepèteries.

Nous avons quitté Berlusconi (burlesque honni, laid, biscornu) et sa nymphette au moment où il l’embrassait*. Holà !, « nymphette » fait penser à « nympho ». Tiens, tiens… Il se profile une contrepèterie « ette » - « o ».  Vite un mot apte à subir la substitution inverse. L’instinct et le « métier » fournissent un mot propice : « bureau ». L’anecdote s’étoffe :

« En épongeant ses bureaux, la nymphette de Berlu parle de vieux gras et de triste cas. »

Ces frasques se déroulent en Italie où elles choquent finalement peu de gens. La nymphette ne ressent « aucun malaise dans la Botte ». Mais Berlu ne tient pas ses promesses et se méfie des dons coûteux*. La demoiselle pétillante ne tirera de lui que des fripes* : « Le vieux roublard ne lui offrira que deux pauvres festons. » Reste à trouver un titre à cette historiette. Il s’agit des frasques de Berlu qui a besoin de viagra, et la demoiselle est jolie. Un titre s’impose :

FRASQUES SANS LAIDEUR

Ne ressentant aucun malaise dans la Botte, la nymphette avide de galop parle de vieux gras et de triste cas : le roublard ne lui a offert que deux pauvres festons. La nymphette n’épongera plus ses bureaux.

Le Canard Enchaîné, 5/8/09

NB : Les trois phrases ornées d’un astérisque recèlent des contrepèteries qui se sont glissées dans cette glose presque à l’insu du plein gré du rédacteur.

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