M'est arrivé un message privé d'un abonné dont je tairai évidemment le nom, le 7 mars à 23 heures 25 :
"Bonjour, pourquoi ce goût immodéré pour les contrepèteries ? Cela m'intrigue ... Vous n'aimez pas les mots tels qu'ils sont ?"
J'en ai pris connaissance le 8 mars dans l'après-midi et, à 17 heures 45, j'ai envoyé cette réponse
"Bien sûr que si, cher Monsieur.
C'est pour cela que je joue avec eux. Les mots ont en eux une si jolie musique que je me sens des envies immodérées d'en composer.
Et nous sommes plusieurs centaines de milliers d'amoureux des mots à faire de même depuis que le Canard Enchaîné publie chaque semaine un "Album de la Comtesse" regorgeant de contrepèteries d'actualité. Et ce, depuis 64 ans, dans la lignée de Rabelais soi-même qui publia la première contrepèterie écrite en 1537, sauf erreur, au chapitre 16 de son Pantagruel. L'art du contrepet est presque semi millénaire.
De ce fait, nous autres contrepéteurs immodérés sommes un peu les bouffons des temps modernes qui brocardons malicieusement les puissants de ce monde.
Cela s'appelle le rire de résistance.
À consommer sans modération.
Désolé que cela vous intrigue
Très bon dimanche, cher Monsieur."
L'abonné intrigué est revenu à la charge ce même 8 mars à 19 heures 23 avec cette question bien sentie:
"Mais s'agit-il d'un pet ?"
J'ai répondu à 20 heures 26 après une excellente côte de charolais arrosée d'un gouleyant côte du rhône :
"Nullement.
Pas plus qu'un contrevent n'est un vent, ni un contresens, un sens.
De grands éditeurs comme Robert Laffont (collection "Bouquins") ou encore les Presses Universitaires de France (collection "Que sais-je ?") qui ont publié des livres sur la contrepèterie pensent le plus grand bien de ce qu'ils nomment eux même un genre littéraire.
Le grand Raymond Queneau s'y est adonné, et Apollinaire en était un virtuose. Or, ces deux immenses écrivains aimaient beaucoup les mots, ce qui infirme votre premier message.
À mon tour d'être intrigué : pourquoi posez-vous ces questions pour le moins bizarres ?
Ce début de débat m'intéresse.
Je vais publier nos échanges (sans vous nommer) dans un billet afin que d'autres abonnés puissent y participer.
Vous serez bien évidemment le bienvenu si cela vous chante."
Voilà. Le débat est lancé avec ces deux angoissantes questions :
Un contrepéteur aime-t-il les mots tels qu'ils sont ?
Un contrepet est-il un pet ?