Quand la langue devient l'alibi d'un conflit d'intérêt

Mediapart, qui a choisi de ne pas payer la TVA au taux légal jusqu'en 2014 est-il persécuté par Bercy qui lui demande de régler ses arriérés ? Un journaliste culturel de Mediapart présente cette controverse comme étant "un bras de fer linguistique" avant de finir par fermer son article aux commentaires.

Tel Maître Jacques, personnage moliéresque tantôt cocher, tantôt cuisinier, un personnage bien connu céans s'exprime tantôt comme chroniqueur-producteur d'une chaîne culturelle publique, tantôt comme rédacteur sur un site privé.

Ce mélange des genres, que de mauvaises langues assimilent à un conflit d'intérêt, vient de connaître une sorte d'apothéose. Le producteur-cocher-rédacteur-cuisinier a livré deux fois le même plaidoyer pro domo : sur les ondes de la radio publique.et dans les colonnes du site de son employeur privé :

https://blogs.mediapart.fr/antoine-perraud/blog/201215/amnistie-ou-egalite-fiscale

Ce morceau d'anthologie de moderne casuistique commence par cette phrase ornée d'un superbe passé simple comme l'affectionne un autre personnage moliéresque, un certain Trissotin :

"Nous assistâmes cette semaine à un bras de fer linguistique, à propos d’un amendement voté puis retoqué par le Parlement"

Pourquoi user de cette expression "bras de fer linguistique" alors qu'il s'agit d'un bras de fer relevant d'une brûlante actualité juridico-fiscale : Mediapart, qui s'est permis de ne pas payer la TVA au taux légal jusqu'en 2014, subit-il une odieuse persécution de la part de Bercy qui lui demande de régler ses arriérés ? 

Notre Maître Jacques contemporain est roué : vu que son émission radiophonique s'intitule "Tire ta langue" et non "Ne paie pas ton oseille et tire-toi", il a trouvé subtil de parer cette histoire de gros sous du terme hautement culturel "linguistique". Ce tour de passe-passe lui a permis de fourguer une controverse purement juridico-fiscale concernant un contribuable privé, à la chaîne publique culturelle qui abrite sa chronique.

Qu'on se le dise. Selon ce roué Maître Jacques du vingt-et-unième siècle, savoir si Mediapart subit ou non une odieuse persécution de la part de Bercy qui lui demande de régler ses arriérés est un débat "LIN-GUI-STI-QUE"

Souhaitant me faire une opinion sur ce grave problème de paiement partiel de TVA, j'ai fouillé dans les coins et déniché entre autres ceci :

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/arnaques-a-la-tva-17-mds-d-euros-echappent-a-l-etat-chaque-annee-22-12-2015-5394027.php#xtref=https%3A%2F%2Fwww.google.fr

Extraits :

"17 milliards d'euros échapperaient chaque année au fisc français à cause de fraudes à la TVA, selon une information publiée mardi par le quotidien Parisien, qui assure s'être procuré une note confidentielle auprès des services de Bercy.
[...]
Parmi les techniques utilisées par les fraudeurs, le mécanisme du carrousel de TVA, une arnaque sophistiquée qui s'est "multipliée depuis la création du marché unique européen, notamment dans les secteurs du commerce, des composants électroniques, de la téléphonie mobile et du textile", selon des documents publics du Ministère de l'Economie.
Elle nécessite la coordination de plusieurs entreprises au sein de l'Union qui permet à terme d'obtenir une déduction ou un remboursement de TVA sur une livraison intracommunautaire, alors que la TVA n'a jamais été reversée au Trésor public.
Au moment où le fisc réclame le paiement de la TVA, les entreprises fraudeuses se sont déjà évaporées et les trop-perçus de TVA ont été détournés.
Autre technique plus simple, la "fraude à la caisse enregistreuse", qui consiste pour des commerçants à effacer une partie des recettes via des logiciels frauduleux installés sur les caisses de paiement."

Mediapart, chevalier blanc de son état ne pouvait, quant à lui, se permettre de frauder le fisc. Dès sa parution, il a cru habile de contourner la loi en vigueur à cette époque : il a payé sa TVA à un taux minoré, non légal, en espérant le vote ultérieur d'une nouvelle loi entérinant ce taux minoré, suivi d'une amnistie fiscale rétroactive.

 

Dans un autre fil,

https://blogs.mediapart.fr/joelmartin/blog/061115/un-mauvais-coup-du-fisc-non-une-application-de-la-loi

une abonnée enfonce astucieusement le clou :

"En l'occurence, Médiapart a agi comme j'aurais pu le faire en plantant du cannabis dans mon jardin et en arguant que j'obtiendrais raison un jour puisqu'alcool et cigarette sont autorisés."

Allez savoir pourquoi, "Maître Jacques-Trissotin" a fini par fermer son article aux commentaires. Mais le débat "linguistique" peut fort bien se poursuivre sur ce fil.

Abonnées, abonnés, bienvenue, quelle que soit votre opinion.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.